23 Avril 2018

Ile Maurice: «Il y a des Mauriciens SDF en France»

interview

Dans quelle mesure une exposition d'artistes fait-elle entendre la voix de Maurice à Paris ?

Deux jours après mon arrivée, mon premier rendez-vous officiel était avec l'Association France-Maurice (NdlR, qui a organisé l'exposition des artistes Mauriciens à la mairie du 6e arrondissement, à Paris). L'exposition était initialement prévue pour fin 2018. Après discussions, la date a été avancée pour coïncider avec les 50 ans de l'Indépendance.

C'est donc vous qui avez proposé que l'exposition ait lieu dans le cadre du cinquantenaire ?

Oui, parce que j'ai trouvé que c'est une très bonne initiative de réunir des artistes peintres à Paris.

Concrètement, quelle est la contribution de l'ambassade de Maurice à cette expo ?

Tout d'abord, nous y sommes associés. Ensuite, nous contribuons du point de vue logistique.

Des détails ?

Nous partageons les frais...

Vous avez donné combien ?

Nous ne donnons pas d'argent, nous partageons les dépenses.

Vous ne donnez pas des sous parce que l'ambassade n'en a pas les moyens ?

Nous avons un budget pour les célébrations de l'Indépendance.

Quel en est le montant ?

C'est exceptionnel, parce que ce sont les 50 ans de l'Indépendance.

Combien ?

Cela tourne autour de Rs 1,4 million. C'est le budget de l'ambassade pour les célébrations durant toute l'année.

Qu'est-ce qui figure au calendrier des célébrations ?

Nous avons commencé le 11 mars. J'étais en Italie pour rencontrer des consuls potentiels.

Dans quelle ville ?

J'étais à Florence, surtout à Cattagna.

Y aura-t-il un consulat là-bas bientôt ?

Voilà. Il y a une forte communauté mauricienne là-bas.

Combien sont-ils ?

Les chiffres ne sont pas toujours exacts. Entre 3 000 à 4 000. À Cattagna, une semaine avant la fête de l'Indépendance, on en a profité pour chanter l'hymne national et couper un gâteau quadricolore. Le 11 mars, Chantal Menessier, photographe et reporter freelance, qui m'a confié qu'elle a visité Maurice 46 fois, a fait une projection de vidéo et de photos prises à Maurice. Cela s'est passé à Seine-Port, dans le sud de Paris. La célébration officielle a eu lieu le 29 mars, au Pavillon Dauphine. Nous invitons les autorités françaises, les ambassadeurs et autres diplomates, la diaspora mauricienne aussi.

Combien de Mauriciens y a-t-il en France, d'une part, et à Paris, d'autre part ?

Je ne saurais vous dire. Nous n'avons pas de chiffres exacts. Il paraît qu'on tourne autour de 100 000 Mauriciens en France et facilement la moitié est à Paris. On se base sur les visites que nous recevons à l'ambassade et les informations recueillies par les trois consulats à Béziers, Marseille, où il faut renouveler le consul, et à Bordeaux. Ce qui m'étonne, c'est que jusqu'à présent, il n'y a pas de consulat à Strasbourg. Il faudrait l'envisager. J'étais étudiant à Strasbourg, il y a une trentaine d'années, et il y avait déjà beaucoup de Mauriciens dans cette ville. Le nombre a dû augmenter.

Et les clandestins dans tout ça ?

À l'époque où j'ai étudié en France, à la fin des années 80, il y avait beaucoup de clandestins. Cinq sur dix. Maintenant, il y en a nettement moins. Je rencontre des Mauriciens en vacances pour une durée déterminée en France, mais pas de clandestins.

Vous pensez que ces gens vous auraient dit qu'ils sont en situation irrégulière ?

La personne elle-même non, mais par personnes interposées, on arrive à le savoir. Jusqu'à présent je ne suis pas tombé sur un clandestin, ce qui veut dire que le nombre a drastiquement diminué. C'est un bon signe.

Vous êtes en poste depuis sept mois. Le très récent cas de disparition d'un Mauricien, qui a connu une fin heureuse, a-t-il été votre première crise à gérer ?

Non, il y en a eu d'autres. Le jour de l'Armistice, le 11 novembre, j'étais en route pour une messe quand j'ai reçu un appel. Je n'ai jamais su qui c'était. C'était une voix paniquée. Elle m'a dit que le Club M, l'équipe de foot, était bloquée à l'aéroport, parce qu'elle avait raté son avion pour le Togo.

Qu'avez-vous fait ?

On s'est renseigné et on s'est déplacé le soir. Effectivement, l'équipe était là, complètement perdue. On a pu lui trouver un hôtel, non loin de l'aéroport, en attendant le prochain vol prévu le lendemain. Au retour, quand ils sont repassés par Paris, on les a accueillis à l'ambassade. J'étais content d'avoir pu les aider.

Avez-vous eu d'autres urgences ?

On dit que l'on n'a pas besoin de visa pour venir en France (NdlR, pour les séjours de moins de 90 jours). Mais il y a quand même des critères à respecter. À n'importe quel moment, on peut vous demander où vous êtes hébergé. Quelles sont vos ressources financières ? Si vous n'avez aucun certificat d'hébergement validé par la mairie, là, c'est les problèmes. Souvent, des Mauriciens ont un parent qui leur a simplement dit qu'ils pouvaient dormir chez lui, ou alors, ils ont une lettre rédigée par ce parent. Mais ce n'est pas valable. C'est toujours au dernier moment que l'on est sollicité.

Que pouvez-vous faire ?

Nous avons des contacts. Nous allons vers les parents en France pour leur demander de faire le nécessaire. Nous alertons les autorités pour leur dire que les procédures sont en cours.

En sept mois, avez-vous eu plusieurs cas comme cela ?

Quatre ou cinq. Jusqu'à présent, les problèmes ont pu être résolus. J'ai peur qu'un de ces jours, quelqu'un ne soit déporté.

Revenons au volet culturel. Pendant longtemps, l'ambassade a eu un attaché culturel en la personne de l'auteur Jean Georges Prosper. Qui le remplace aujourd'hui ?

Personne.

Vous avez un profil de littéraire, on peut dire que vous occupez vous-même de cela ?

On va dire ça comme cela. J'ai un penchant pour la culture.

Bien qu'il n'y ait pas de profil déterminé, le vôtre est atypique dans la diplomatie mauricienne. Comment s'est passée la transition du milieu universitaire (directeur de l'Alliance française puis directeur de l'université des Mascareignes) à l'ambassade ?

Ma proximité avec la culture française aide beaucoup. J'ai vécu en France pendant sept ans, je connais les problèmes des Mauriciens ici. C'est plus facile pour trouver des solutions.

Un exemple ?

À mon arrivée à Paris, beaucoup de diplomates m'ont demandé «vous étiez où avant» ? Quand ils ont su que c'était mon premier poste, ils m'ont demandé si je n'étais pas un peu dépaysé. Alors que pas du tout. Autrefois, quand je disais à des amis à Maurice que je connais Paris plus que Vacoas, ils disaient, «tu frimes». Quand j'étais étudiant, j'ai traversé Paris plusieurs fois de la Porte d'Orléans à la Porte de Clignancourt. C'est possible en une journée.

Sinon, les gens viennent avec des problèmes qui ne sont pas des problèmes. Tous les jours, il y a au moins 25 personnes qui viennent à l'ambassade pour le renouvellement d'un passeport, le rapatriement d'un corps après un décès. À l'ambassade, on est bien rôdé pour cela.

Parfois, nous sommes sollicités dans le cas d'un Mauricien qui n'a plus de ressources financières. Mais à l'ambassade, on n'a pas de fonds pour cela. On est quand même humain. On oriente la personne vers ceux qui pourraient l'aider. J'espère pouvoir fédérer les différentes associations mauriciennes pour s'en occuper. C'est typiquement mauricien : quand il y a une association qui germe, au bout d'un certain temps, il y en a deux, qui deviennent quatre. Partout dans le monde où il y a des Mauriciens, cela se passe ainsi.

Il y a des situations dans lesquelles l'ambassade ne peut se permettre d'intervenir. Par exemple, j'ai appris qu'il y a des Mauriciens SDF, c'est étonnant, mais il y en a.

À qui ou à quoi devez-vous ce poste d'ambassadeur ?

On m'a contacté.

Avez-vous donné un coup de main lors des élections générales de 2014 ?

Je ne suis pas actif politiquement.

Vous n'avez pas d'amitiés ?

J'ai toujours été impliqué sur le plan social, dans plusieurs associations. Membre fondateur du Lions Club de Rivière-Noire, je m'impliquais également à Rose-Hill (NdlR, sa ville natale). Je n'étais pas inconnu.

Selon vous, qui votre profil a-t-il attiré ?

Les décideurs.

Qui exactement ?

Je pense que c'est le Premier ministre lui-même.

Vous le connaissez personnellement ?

Comme beaucoup d'hommes politiques. J'ai eu l'occasion de le rencontrer dans des fonctions.

Quand on vous a proposé le poste, vous avez dit oui tout de suite ?

J'ai été agréablement surpris. C'est un paradoxe. Vous faites beaucoup de choses à Maurice, parfois ce n'est pas reconnu. François Foti, alors ambassadeur de France à Maurice, m'a appelé pour me de- mander si j'avais quelque chose contre une reconnaissance. C'est là que j'ai été fait Chevalier de l'ordre des Palmes académiques. Pareil, quand on m'a proposé le poste d'ambassadeur.

Vous n'êtes pas membre d'un parti ?

Mon travail à l'université des Mascareignes me l'interdisait.

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