24 Avril 2018

Afrique: Vincent Bolloré gardé à vue - Condé et Faure éclaboussés depuis Paris

Photo: Observateur paalga
Vincent Bolloré, Président-directeur général du groupe Bolloré

Vincent Bolloré finira-t-il par se noyer dans les eaux des ports de Conakry ou de Lomé, dont il est le concessionnaire ? C'est la question que l'on ne peut manquer de se poser depuis l'annonce de la mise en garde à vue du milliardaire français hier mardi 24 avril à Nanterre dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de « corruption d'agents publics étrangers ».

L'industriel breton patron du groupe Bolloré Africa Logistics est l'objet d'une information judiciaire qui vise à déterminer s'il a usé de ses activités de conseil politique dans l'obtention de la concession des ports de Conakry (Guinée) et de Lomé (Togo).

Havas, filiale du groupe Bolloré, qui a conduit la communication du candidat victorieux Alpha Condé durant la campagne présidentielle guinéenne de 2010 puis celle du président togolais Faure Gnassingbé, se serait livrée à des sous-facturations contre l'obtention de la gestion desdits ports. Et le timing des opérations de concession est accablant pour le patron de Canal+ :

élu président en novembre 2010, le président Condé résilie en mars 2011 la convention de concession du terminal à conteneurs du port de Conakry octroyée en 2008 pour une durée de vingt-cinq ans à Getma au profit de son « ami Bolloré » ;

en 2010, année de la réélection de Faure Gnassingbé, la gestion du terminal à conteneurs du port de Lomé est concédée à... Bolloré pour une durée de trente ans.

Des concomitances de faits qui n'ont pas manqué d'aiguiser le soupçon des juges Aude Buresi et Serge Tournaire.

Serge Tournaire, ça ne vous dit rien ?

Il s'agit du même magistrat qui a ferré cet autre gros poisson du marigot politico-économique hexagonal, Nicolas Sarkozy, aujourd'hui inculpé pour financement illégal de sa campagne 2007 par des fonds libyens.

Faut-il croire que la fin des haricots a sonné pour l'ancien président français et ses amis du CAC40, dont Bolloré celui-là même qui avait mis son jet privé et son yacht personnel, le Paloma, à la disposition d'un Sarko fraîchement élu ?

C'est vrai, ce n'est pas demain que l'on verra la tête du célèbre Breton trôner sur le tableau de chasse de la justice française. Mais à l'allure où vont les choses, la 9e fortune de France en 2015, selon un classement « Challenges », a de quoi crier : « Ma doue beniget ! » (1), l'étau judiciaire se resserrant davantage autour de lui :

- Juillet 2012 : ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris ;

- avril 2016 : perquisition de la tour Bolloré de Puteaux, siège du groupe Bolloré Africa Logistics ;

- avril 2018 : placement en garde à vue. En attendant la mise en examen ?

On n'en est pas encore là et rien n'indique qu'on y sera un jour.

D'ailleurs le groupe Bolloré et son P-DG se sont toujours défendus de tout acte de corruption dans l'obtention de la concession des ports de Conakry et de Lomé. Même son de cloche dans la capitale guinéenne, où un communiqué officiel tente de réfuter les soupçons qui pèsent contre « l'ami Vincent ».

Mais force est de reconnaître qu'il y a comme quelque chose de pourri dans l'empire africain de Bolloré. Les deux marchés juteux obtenus dans la foulée de l'élection et de la réélection des présidents guinéen et togolais ont de quoi interroger une opinion publique témoin des comptes et mécomptes des groupes industriels et commerciaux de l'ancienne métropole perçus comme des têtes de pont de la politique française sur le continent noir.

Souvenons-nous de l'affaire Elf : en 1994, une enquête de l'ancêtre de l'Autorité des marchés financiers (AMF) a permis de découvrir l'existence d'un vaste système de corruption qui a favorisé l'enrichissement des cadres du groupe pétrolier ainsi que la rémunération de dirigeants africains.

Depuis sa création, Elf est restée « un véritable bras séculier d'Etat, en particulier en Afrique (...). Une sorte d'officine de renseignements dans les pays pétroliers », avait confié un de ses P-DG, Loïk Le Floch-Prigent.

Comme quoi, avec cette nouvelle affaire Bolloré, il n'y a finalement rien de nouveau sous le soleil de la Françafrique ou « France-à-frics » dont le logiciel semble imprimé dans du marbre. Les chefs d'Etat de gauche comme de droite ont beau se succéder à l'Elysée et promettre à l'envi une rupture avec les « pratiques d'un autre âge », le réseau tissé par Jacques Foccart continue de régir les relations entre l'Afrique et la France.

Mais puisque nous parlons de Bolloré, terminons en disant que la boue dans laquelle il se débat entachera l'image déjà peu reluisante des présidents guinéen et togolais. Les répliques du nouveau séisme judiciaire français atteindront inexorablement Conakry et Lomé.

Et s'il y a un homme qui doit certainement boire du petit-lait, c'est le président béninois, Patrice Talon, qui entend éconduire Bolloré du projet de construction du tronçon ferroviaire de 1000 kilomètres reliant Cotonou à Niamey.

(1) Expression bretonne signifiant « Mon Dieu !»

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