4 Mai 2018

Tunisie: Une obligation de taille

La réforme des entreprises publiques, sujet de débat très intense entre les différents partenaires sociaux. Entre restructuration et privatisation, les scénarios sont multiples et ne sont pas assez bien digérés de part et d'autre. Mais cette réforme doit être menée tant bien que mal parce que les pertes des entreprises publiques pèsent lourdement sur l'économie tunisienne et deviennent un lourd fardeau pour un pays qui vit des difficultés économiques énormes. Un sujet qui a été débattu longuement lors de la conférence organisée, hier, par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), en présence du chef du gouvernement, Youssef Chahed.

Le diagnostic est connu. Les entreprises publiques connaissent des difficultés financières colossales, dues en grande partie aux recrutements successifs opérés ces dernières années et essentiellement aux augmentations salariales faramineuses. Selon Tarak Cherif, les chiffres officiels montrent des pertes cumulées des entreprises publiques estimées à 7 milliards de dinars, les subventions d'exploitation à plus de 10,5 MDT sur la période 2014-2016, avec 5,8 MDT pour la seule année 2015. Leur contribution au PIB est à peine de 9,5% en 2016 contre 13% en 2010.

"Les solutions existent : restructuration, PPP, ouverture du capital ou privatisation. Il faudrait mettre en place une feuille de route pour relancer les entités publiques. De nos jours, la régle incontournable dans tous les pays et dans toutes les économies est celle de la compétitivité, qui est une condition sine qua non de la pérennité et du développement des entreprises", lance-t-il.

Pour Youssef Chahed, chef du gouvernement, la communauté nationale ne pourra plus supporter le poids des pertes cumulées des entreprises publiques. "Ce poids exige leur sauvetage pour leur permettre de poursuivre leur rôle économique. Le principal garant de la pérennité d'une entreprise est son rendement et sa capacité à faire face aux défis internes et externes", a-t-il signalé. M. Chahed a indiqué que le gouvernement a préparé des programmes de réforme adaptés à chaque entreprise, en faisant participer toutes les parties concernées, se basant sur quatre grands axes principaux, à savoir la gouvernance interne, la gouvernance globale, la restructuration financière et les ressources humaines. "Notre objectif est de traiter les dossiers au cas par cas et de soutenir la compétitivité des entreprises", insiste-t-il.

Situation critique

Pour M. Chokri Hassine, directeur général du suivi de la productivité des entreprises publiques à la présidence du gouvernement, il existe plusieurs causes de détérioration des entreprises publiques, à savoir l'absence de vision sur le rôle des entreprises publiques, les faiblesses de la gouvernance globale du secteur public économique, les faiblesses également de la gouvernance interne des entreprises publiques et du dialogue social avec la multiplication des grèves. Il s'agit également des faiblesses de la responsabilité sociétale et la multiplication des mouvements sociaux ainsi que l'augmentation du nombre de salariés économiquement infondé et les augmentations salariales non étudiées.

Selon un diagnostic quantitatif et qualitatif de la performance des entreprises publiques, réalisé par le cabinet Ernst & Young en collaboration avec la Conect, 60 entreprises ont eu un accroissement de leur chiffre d'affaires de +8,4 millions de dinars, 4 entreprises ont maintenu le même niveau et 28 ont connu une baisse de leur chiffre d'affaires de -2,4 millions de dinars. Selon Noureddine Hajji, Country managing partner Ernst & Young Tunisie, 5 entreprises sont à l'origine de 89% de la baisse des revenus des entreprises publiques. Il s'agit de l'Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap), du Groupe chimique tunisien (CGT), de Tunisie Télécom, de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et d'El Fouledh. De même, au niveau des résultats, M. Hajji a indiqué que 50 entreprises sur les 92 analysées présentent des résultats reports négatifs totalisant 5,524 millions de dinars dont 11 parmi elles représentent 78% du total des résultats reportés négatifs.

En outre, il a souligné que le rendement du portefeuille "Entreprises publiques" dans son ensemble a considérablement baissé depuis la révolution avec des revenus du portefeuille qui diminue à raison de 24% par an depuis 2011, des marges, à la base négatives, et se dégradent au fil des ans atteignant -11% en 2016. "Elles présentent un coût annuel considérable à la communauté, passant de 1,5 milliard de dinars en 2010 à 3,3 milliards de dinars en 2016. Pour remettre les entreprises publiques dans une situation normale, l'Etat doit payer 6,5 milliards de dinars sur la base de la situation à fin 2016", a-t-il affirmé.

Programme de réformes

De son côté, Tawfik Rajhi, ministre auprès du chef du gouvernement chargé des grandes réformes, a signalé, lors de la clôture de la conférence, que la réforme des entreprises publiques exige un changement du mode de réflexion sur le rôle de l'Etat, en développant une stratégie "actionnariale" de l'Etat et son rôle dans l'économie. "Réduire la réforme à la question de la privatisation est non constructif", rétorque-t-il, ajoutant qu'il est important de procéder à la pédagogie de la réforme. M. Rajhi a souligné que la première version du programme de réforme des entreprises publiques date de 2015. Mais ce qui a fait débat est l'axe de la restructuration financière et la question du classement des entreprises publiques.

"Nous avons développé un programme d'action et nous procédons à la mise en place d'un comité de pilotage pour la mise en place des réformes. Nous pensons à un décret-loi pour la création d'une unité centralisée de gestion des entreprises publiques. Nous allons procéder également à la révision de la fameuse loi 89-9 gérant le statut des entreprises publiques pour la moderniser et la professionnaliser à l'instar des banques. Notre objectif est aussi d'institutionnaliser le dialogue social pour le rendre plus efficace", explique-t-il.

Le ministre a indiqué également que l'intervention de l'Etat pour la réforme des entreprises publiques devra se faire par le haut du bilan, en augmentant le capital pour que la démarche soit plus efficiente. Cette intervention distinguera entre les entreprises stratégiques qui seront sujettes à un assainissement financier, les entreprises stratégiques dans des secteurs concurrentiels qui seront concernées par une ouverture du capital et les entreprises non stratégiques dans des secteurs non concurrentiels dont on procédera à la privatisation totale.

Etat des lieux des entreprises publiques

- Valeur ajoutée/PIB : 9,5% en 2016 contre 13% en 2010

- Résultats nets cumulés : -1116 MD en 2016 contre +1.176 MD en 2010

- Pertes cumulées 50% entreprises : 6.500 MD en 2016 contre 1.880 en 2010 sans tenir compte des caisses sociales

- 22 entreprises avec capitaux propres négatifs (KP -2.900 MD en 2016 contre capitaux 400 MD)

- Augmentation de la masse salariale de 2.580 MD en 2010 à 4.000 MD en 2016 (+55% contre une baisse de la VA de 1,5% sur la même période)

- Subventions : 1.826,5 MD en 2016, 5.851 MD en 2014, 2.600 MD en 2010 et 2015

- +80 % d'augmentation de la MS dans certaines entreprises entre 2010 et 2016 (GCT, CPG, Rnta, Sndp, Cnss, Cnam et T.Auto... )

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