9 Mai 2018

Sénégal: Appel au dialogue du président Macky Sall sur la gestion du pétrole et du gaz - L'opposition ne parle pas le même langage

Photo: sudonline
Le président sénégalais Macky Sall

L'appel au dialogue lancé par le chef de l'Etat, Macky Sall, autour de la gestion des ressources gazières et pétrolières semble diviser l'opposition dite «significative». En effet, après les positions toutes tranchées des leaders de Pastef, Ousmane Sonko, et du parti Act, Abdoul Mbaye, qui ont systématiquement rejeté la main tendue du président de la République, c'est au tour du Pds et du parti Rewmi de dire «niet» à un quelconque dialogue avec le régime en place.

Ce qui n'est cependant pas le cas pour certaines formations politiques opposées au pouvoir actuel, notamment le Parti de l'unité et du rassemblement (Pur) et le M2C, ex-allié de Bokk Gis-Gis qui posent des préalables à tout dialogue. Cela, même s'ils restent convaincus de la haute portée des questions de pétrole et de gaz.

ISSA SALL, COORDONNATEUR DU PUR : «Si nous recevons une correspondance... .nous allons en discuter»

Nous sommes un parti responsable. Avant de dire quoique ce soit, nous devons être saisis officiellement. Normalement, quand quelqu'un vous invite à quelque chose, il doit vous saisir et vous dire «je vous invite sur ceci ou cela». En principe, ce sont des correspondances qui sont adressées aux concernés, avec des termes de référence clairs.

Si nous recevons une correspondance, avec des termes de référence clairs, en ce moment, nous allons en discuter au niveau du directoire pour voir la conduite à tenir. Le président a fait des appels comme avant d'ailleurs. Notre position n'a jamais changé.

Avant, quand il avait appelé pour le dialogue autour du processus électoral, nous avons été invités avec une lettre officielle. Quand on a reçu la correspondance, nous avons dit que nous allons y aller sans conditions. Ce n'est pas parce Massamba ou Mademba veut ou ne veut pas partir.

Mais, quand on s'est rendu compte qu'ils (les membres de la mouvance présidentielle-ndlr) ont parlé du parrainage et que cela ne nous a pas intéressés, nous avons arrêté notre participation au dialogue. On a compris qu'il (Macky Sall-ndlr) a utilisé la présence de certains partis pour faire ce qu'il veut. Ce qu'on en a déduit, c'est que nous sommes en face de personnes qui ne sont pas sincères.

Parce qu'il y a eu plusieurs propositions sur la table, sortant de ce dialogue, et que le président de la République a pris ce qui l'a intéressé et veut l'imposer aux Sénégalais. Maintenant, il ne serait pas exclu qu'il ait besoin d'avaliser certaines choses au niveau du pétrole et du gaz. C'est des a priori simplement.

Mais, les contrats du gaz et du pétrole intéressent tous les Sénégalais. Nous n'avons pas d'a priori. Mais, avant qu'on aille encore une fois, il faut qu'on sache quelle est la quintessence de la chose.

Pour le moment, rien n'est clair. Si c'est pour y aller pour qu'on nous dise qu'on va négocier sur les nouveaux contrats et qu'on ne nous montre pas les contrats déjà signés, cela ne nous intéresse pas.

Certains disent que c'est trop tard. Moi, je trouve que rien n'est trop tard. Aujourd'hui, si tous les contrats sont sur la table et que les gens se rendent compte que ces contrats ne nous intéressent pas, on essaiera de voir.

ASS BABACAR GUEYE, SECRETAIRE NATIONAL CHARGE DES ELECTIONS DE REWMI :«Nous ne sommes intéressés ni de près ni de loin par cet appel-là»

Je pense que la position du président Idrissa Seck et de Rewmi est une position sans ambigüité. Elle est très claire. On n'a pas confiance au président de la République et on ne répondra pas à son énième dialogue. Parce que lui-même ne croit pas ce qu'il dit et ce qu'il fait. Ce n'est pas après avoir signé des accords contre les intérêts du peuple, qu'il veut tendre la main aux citoyens et aux acteurs politiques pour en parler.

Je pense que c'est derrière nous et que le seul combat qui vaille aujourd'hui au niveau de Rewmi, c'est de mobiliser toutes nos forces pour le faire partir de ce pays-là.

C'est aussi simple que ça. Là nous sommes formels, nous ne sommes intéressés ni de près ni de loin par cet appel-là. Aujourd'hui, le seul combat qui vaille c'est celui qui doit le pousser à revenir sur sa décision de promulguer cette loi de parrainage. C'est ça l'actualité. Vraiment, il est en train de créer des pare-feu pour nous divertir.

Mais, nous rejetons cet appel. Même si c'est une question de pétrole et de gaz, les dés sont déjà pipés. Nous pensons qu'il est trop tard pour revenir sur ce qui a déjà été fait, écrit à l'insu des populations.

Comme je l'ai dit, le dialogue que nous devons faire, c'est celui que nous comptons faire au lendemain du 24 février 2019, avec le peuple. Pour revenir sur tout ce que le président Macky Sall a fait de mal et en cachette contre les intérêts du peuple.

Mais, ce dialogue-là ne nous intéresse pas du tout. Le président Idrissa Seck l'avait dit de façon très claire avant de partir. Donc, pas de dialogue avec quelqu'un qui ne croit pas à sa parole, qui n'est pas sincère dans ce qu'il fait et dans ce qu'il dit. Ce n'est pas la peine de dialoguer avec lui. C'est un climat de confiance qui est déjà vicié.

DOUDOU WADE, EX-PRESIDENT DU GROUPE PARLEMENTAIRE MAJORITAIRE DU PDS : « L'appel du président, aujourd'hui, ne mérite pas une réponse »

Moi, très honnêtement, je ne sais pas à qui s'adresse le président de la République. Est-ce que vous savez à qui il s'adresse ? Si on ose espérer, c'est que le président est encore dans le flou, dans la tromperie. Le président n'est pas sérieux avec nous. Il s'adresse à qui ? Aux associations, aux indépendants, aux politiques, aux hommes d'affaires, aux privés nationaux ? Il y a tellement d'acteurs qui sont concernés.

Est-ce que le président a une fois respecté son appel ? La première fois que l'opposition a répondu à son appel au Palais, sa première décision dans l'euphorie, c'était de dire «Je décrète ce jour, journée du dialogue». L'a-t-on déjà fêté ? Je vous le dis, il l'a oublié. C'est seulement 3 jours après qu'un de ses conseillers lui a dit «Monsieur le président, vous avez la journée du dialogue».

Il a répondu : « je l'avais oubliée». Le président n'est pas sérieux. Je pense qu'il n'est pas loin de nous organiser un «Macky Show». Rien n'est sincère avec le président. Il est en train de trouver des superflus pour cacher sur tout ce qu'il a fait de mauvais, sur la dilapidation de nos ressources.

Le président ne peut pas, après avoir distribué du pétrole à son frère, à ses cousins, à ses tantes et à lui-même, venir nous dire : «venez, on va discuter sur le reste».

On le laisse assumer le tout et on verra après. Moi, je pense que l'appel du président, aujourd'hui, ne mérite pas une réponse. Je n'ai rien contre lui, mais quand le président nous dit qu'il a oublié la journée qu'il a décrétée lui-même, ça pose problème. Il avait dit qu'il y aurait des discussions avec les leaders des partis. Il n'y a jamais eu de discussions.

On aurait pu, depuis très longtemps, régler ces problèmes-là. Quand vous avez une telle ressource, avec le retard que nous avons aujourd'hui, si nous devons gérer le pétrole pendant des générations, il était normal qu'on puisse rencontrer la classe politique, les acteurs économiques, le privé national, l'Etat du Sénégal lui-même, discuter et arrêter un plan qui va se projeter sur 30-50 ans.

C'est pour cette raison d'ailleurs que notre Constitution a prévu les Lois-programmes, qui sont des lois spécifiques, qu'il faut discuter avec la classe politique, obligatoirement avoir l'avis du Conseil économique et social. Mais, vous ne pouvez pas, avec votre frère et votre épouse, discuter déjà et puis dire que c'est terminé. En résumé, la réponse est que le président n'est pas sérieux».

ABDOULAYE SECK, EX-ADMINISTRATEUR DE BOKK GIS GIS, PRESIDENT DU MOUVEMENT CONSCIENCE CITOYENNE (M2C) : «Il faudrait nécessairement que les préalables soient réglés»

Le dialogue est un processus. Il y a des termes de référence qu'il faut définir avec tous les acteurs et qu'on permette d'abord à ces acteurs de se prononcer sur ces termes de référence avant d'entrer dans le fond du sujet.

Mais, si on convoque des gens à un dialogue comme ça, je pense que c'est une cérémonie de présentation d'un programme ou d'un projet. Un dialogue sincère qui doit polariser un ensemble d'acteurs doit obéir à un processus.

On n'appelle pas des gens pour la validation de ce qu'on doit faire. Mais, on les appelle en amont pour pouvoir discuter d'abord de l'ordre du jour, du problème sur lequel on doit parler.

C'est-à-dire qu'il y ait des termes de référence clairs, avec des convocations. Les gens donneront leurs observations par rapport aux termes de référence qui ont été retenus. Ceci étant fait, les bases d'un dialogue sont déjà posées...

Pour donner plus de chance à cet appel du président de la République sur ces questions hautement stratégiques qui continueront à réguler une bonne partie de la marche du pays d'ici 50 ans... il faudrait nécessairement que les préalables soient réglés. J'ai entendu dire qu'il y a une date qui a été déjà arrêtée. Est-ce que ces préalables-là sont réglés ? Je ne pense pas.

DEPUTE MAMADOU LAMINE DIALLO, PRESIDENT DE TEKKI : « Cet appel à la concertation sur le pétrole et le gaz est un énième bluff... »

Mamadou Lamine Diallo, président du mouvement Tekki et député de la treizième législature est formel. L'appel à la concertation autour des ressources naturelles (gaz et pétrole) lancé par le chef de l'Etat ne tient pas la route. Aussi l'a-t-il fermement fait remarquer dans la question économique (la Qes Tekki) qu'il pose toutes les semaines au gouvernement.

Dans celle d'hier, mardi 8 mai 2018, le parlementaire qui s'interrogeait sur la posture de l'Ofnac avec l'affaire Franck Timis a noté : « En vérité, le Président Macky Sall a déjà signé ses accords avec les compagnies étrangères en violation de la Constitution qui dit bien que les ressources naturelles appartiennent au peuple.

Cet appel à la concertation sur le pétrole et le gaz est un énième bluff qui cherche à faire avaliser ces accords avec la Mauritanie et faire oublier le scandale de l'affaire Petrotim ».

Dans la foulée, Mamadou Lamine Diallo indiquera : « Comme toujours, les appels à la concertation du Président Macky Sall sont destinées à faire avaliser une décision déjà prise ; affaire Karim Wade et élections au Hcct, cartes biométriques et parrainage ».

Le député de Tekki de revenir par ailleurs sur l'affaire Frank Timis en rappelant « qu'avec la bénédiction du gouvernement, le sieur Franck Timis de Petrotim et Timis Corporation, impliqué dans le gaz de Saint-Louis et Cayar, a porté plainte contre les dirigeants de l'opposition après les avoir insultés ».

Suffisant pour dire sans fioritures : « Voilà un dossier que l'Ofnac devrait clarifier pour le peuple sénégalais qui demande la transparence comme le stipule la Constitution ».

En savoir plus

Dialogue national autour de la gestion du gaz et du pétrole

Macky Sall n'en démord pas dans son appel à un dialogue national autour de la gestion du gaz et du… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.