10 Mai 2018

Burkina Faso: Pourquoi je suis végétarien ?

Quand je vois tous ces carnivores se bousculer chez le boucher-grilleur de la place, je perds l'appétit. Parfois, je me demande avec quoi il assaisonne sa viande pour susciter tant de boulimie.

Il y a même des « rapaces de classe » qui atterrissent chaque jour vers dix heures pour dévorer de la « bonne chair ». Pendant que le grilleur en sueur s'égoutte sur le tas de viande au feu, les inconditionnels voraces des lieux s'impatientent. Il y en a même qui se font servir de la viande à peine cuite pour assouvir les désirs pressants et gloutons du monstre qui les habite. Ils tireront les morceaux comme de l'élastique avant de les avaler au forceps, en cascade. L'odeur du piment et de l'huile cramée font couler leurs narines béantes et à force de s'acharner sur l'intrépide morceau qui ne veut pas se laisser faire, ils se mordent les lèvres en vrac. A la fin du « massacre », le champion de la « mal bouffe » trimballe sa bedaine jusqu'à sa rutilante 4x4 et démarrer en trombe en rotant entre les vitesses. Pour lui, il vient de bien manger ; pour lui, il n'est pas n'importe qui, mais à quel prix ?

En vérité, l'impénitent dévoreur de bonne chair vient de s'alimenter à la poubelle. Cette viande qu'il a avalée a été trimballée à moto de l'abattoir à la table du boucher. Perchée sous les pieds sales du « transitaire », elle a balayé les rues poussiéreuses de la capitale ; elle a emporté toutes sortes de saleté et de microbes avant d'arriver sur les grilles du malsain festin. Il y en a qui transportent ces viandes dans des taxis motos sans se gêner de transporter des clients aux « pieds noirs ». Certains crachent par-dessus la carcasse suintante, littéralement assis sur les bons morceaux. Une fois à destination, la viande n'est même pas lavée ; elle est servie comme telle dans le panier de la ménagère ; elle est grillée à la sauvette et servie aux plus pressés des clients. En matière de santé publique, c'est déplorable, mais le phénomène à problème se porte bien et n'intéresse personne. En termes de bienséance, sous d'autres cieux, on ne peut imaginer que de la viande saine quitte un abattoir pour traîner dans la crasse jusqu'à l'assiette de l'honnête citoyen. Peu importe qu'elle passe au feu ; combien de microbes meurent au feu et combien parviennent à chuter dans le ventre du mangeur insouciant ? Finalement, y a-t-il un service en charge de l'hygiène chez nous ? Y a-t-il une autorité qui veille sur la santé des populations ?

Depuis que la viande est devenue un chiffon transporté en haillons, je suis devenu végétarien. Je grignote des crudités et des céréales, loin de la chair infecte et indigeste. Depuis que la viande se balade dans nos rues comme un vagabond nauséabond, je boude le boucher et ses carcasses de crasse. Depuis que l'autorité ferme les yeux sur le phénomène de la viande errante, je suis déçu du rôle précaire des garants de la santé publique. En attendant que les mauvaises pratiques hygiéniques ne cessent, je mets une croix sur la viande aussi tendre soit-elle. Tant pis si elle est marquée du sceau de l'abattoir, c'est illusoire ! A quoi sert de certifier la qualité sanitaire d'une viande au départ pour la retrouver à l'arrivée digne d'un merdier ? Pourquoi cette indifférence coupable face à une pratique qui ne nous honore pas ? Quand on veut vraiment émerger du lot, il faut assainir nos mentalités en nous imposant de bonnes règles de conduite. Mais de quoi je me mêle quand dans ce pays, des vendeurs ambulants de viande grillée se promènent dans la poussière pour servir les morceaux pimentés d'une avidité insoucieuse ? Cette chronique n'est pas écrite pour couper l'appétit des mangeurs de viande ; elle n'a pas non plus l'intention de salir l'image du boucher aux mains propres ; elle tire simplement la sonnette d'alarme sur les tares d'une société de plus en plus irresponsable ; elle met à nu ce qui est déjà visible mais que l'on refuse de voir en détournant le regard. J'irais moi-même chasser en brousse mon gibier s'il le faut, mais ne me tendez pas un morceau de viande ambulante. Je me rabattrais sur le poulet local s'il est à portée de main. A contrario, tant qu'il y aura du haricot et des crudités, je croquerai à pleines dents la vie en mode végétarien.

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