11 Mai 2018

Mali: Abbé Alexandre Denou - « Votez en adultes »

L'Abbé Alexandre Denou, secrétaire général de la Conférence épiscopale, a animé mercredi une conférence de presse au Centre Djoliba, sur le contenu de la lettre des évêques du Mali.

« Ecrire une lettre pastorale aux fidèles et aux personnes de bonne volonté, fait partie de la mission des évêques. Le Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, dit qu' « il appartient à l'Eglise, d'annoncer en tout temps et en tout lieu les principes de la morale, même en ce qui concerne l'ordre social, ainsi que de porter un jugement sur toute réalité humaine, dans la mesure où l'exigent les droits fondamentaux de la personne humaine ou le salut des âmes ». Dans celle ligne et fidèles à leur mission de veille, de prière et d'intercession, en référence à Ezéchiel 33,7-9, qui dit : « je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël.

Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : "Tu vas mourir", et que tu ne l'avertis pas, si tu ne lui dis pas d'abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite, et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. » Les évêques du Mali ont toujours parlé au Peuple malien, dans leur rôle de sentinelles, pour le bien de la Nation.

Ainsi, concernant les élections, il est d'usage, qu'à chaque suffrage général, la Conférence Episcopale, adresse une parole à la Communauté catholique et à tous les Maliens de bonne volonté. Elle a écrit une lettre en 1997, en 2002, 2007 et en 2013. Dans ces lettres, elle avait mis l'accent sur l'importance du vote, la représentation utile, le comment faire la politique autrement, la réconciliation, et la consolidation de l'unité nationale. Cette année, elle nous invite à laisser Dieu façonner en nous une mentalité nouvelle pour un Mali nouveau. Cet appel est pressant pour elle car les élections générales de 2018 coïncident avec la célébration du cent-trentième anniversaire de l'Eglise au Mali.

La mentalité nouvelle que les évêques nous invitent à avoir se décline essentiellement en deux points. Avant de présenter ces points, ils ont d'abord dressé la liste des défis que nous avons à relever ; parmi lesquels il y a par exemple : La perte du sens du Bien Commun qui met même à mal l'unité nationale ; L'incivisme qui compromet dangereusement le vivre ensemble. Les évêques, conscients des progrès réalisés, n'ont pas manqués de féliciter le peuple malien pour les avancées notables constatables. Ainsi, La mise en place des autorités intérimaires dans certaines régions du Nord ; La collaboration entre les parties signataires de l'Accord malgré les difficultés ; L'organisation et la tenue d'élections régulières malgré quelques reports ; sont des actions positives qui signifient que quelque chose se fait.

Pour qu'il y ai d'autres avancées, les évêques nous invitent d'abord à nous réapproprier un élément de notre hymne national qui dit : Débout sur les remparts, nous sommes résolus de mourir pour l'Afrique et pour toi Mali ». Par ce rappel, les évêques entendent rappeler la mission de sacrifice qui incombe à tous pour le pays. Chaque fille et fils du pays doit être prêt(e) à donner sa vie pour le Mali. Notre Bien Commun : le Mali, doit passer avant les intérêts individuels et particuliers. Dans la crainte du nom de Dieu, tout citoyen malien doit se considérer comme un serviteur du pays.

Aussi, les évêques ont-ils décidé de nommer Théodule les personnes auxquelles ils s'adressent. Le nom Théodule signifie Serviteur de Dieu, Esclave de Dieu. Ils veulent dire aux Maliens, que leur premier devoir est de servir le Mali et non de se servir du Mali. En rendant service à leurs sœurs et frères Maliens, ils rendent service à Dieu. Les évêques nous interpellent donc en ces termes : Es-tu « débout sur les remparts » ? Es-tu « résolu » de mourir pour le Mali ? Es-tu prêt à te sacrifier pour la liberté, l'unité nationale l'intégrité territoriale, la souveraineté de l'Etat, sa forme républicaine et son caractère laïc ?

Ils nous invitent ensuite à un vote adulte, c'est-à-dire à voter selon notre conviction propre et de façon éclairée. Ils nous disent ceci : Mon cher Théodule, Peuple du Mali, Serviteur de Dieu, je te demande d'exercer ton pouvoir de vote de façon éclairée. Pour ce faire, il est important, même indispensable pour ton avenir et celui du pays que tu votes et que tu votes selon ta conviction comme le disent les Bambara : « ne mako t'a la, ne mako t'a la, o de bε maakolon kε jama ɲεma ye », c'est l'indifférence qui porte au pouvoir un dirigeant indigne. Evite de voter suivant la consigne de quelqu'un d'autre, car la consigne de vote t'infantilise. Si tu dois te tromper que ce soit sur la base de ta propre conviction. « Fili ka da i ka tiɲε kan ».

Dans le public auquel s'adresse la lettre, c'est à dire la Communauté catholique et tous les Maliens de bonne volonté, les évêques ont ciblés certains organes et personnes auxquelles ils ont adressé des paroles particulières au nom de tous. Ainsi, ils ont parlé directement aux partis politiques, aux organes électoraux, aux parties prenantes de l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger, aux femmes, aux jeunes, aux leaders religieux et à la société civile.

Prenons par exemple ce qu'ils disent aux leaders religieux dont ils font parties : Serviteurs de Dieu que nous sommes en premier lieu, notre mission n'est pas de diviser le pays mais de révéler à nos concitoyens le visage du Dieu d'amour que nous portons en nous.

Ils disent ceci aux parties prenantes de l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger : que votre oui soit oui. La parole sans les actes est une parole morte, comme la foi sans les actes est une foi morte (cf. Epître de saint Jacques 2,17). Ainsi, je vous invite à donner vie à l'Accord par des actes concrets. Votre bonne foi doit se démontrer par la défense de notre Bien Commun : le Mali.

La lettre se termine par un appel à la conversion du cœur. Celle-ci est l'affaire de chacune et de chacun, avec le soutien de Dieu qu'on peut invoquer, par exemple à travers la prière de saint François d'Assise, pour la paix.

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