13 Mai 2018

Burundi: Qui veut flinguer le référendum de Nkurunziza ?

Photo: The Citizen
Photo d'archives

Choc, inquiétude, colère et questionnement sont les sentiments prédominants au Burundi, quelque 72 heures après l'attaque meurtrière d'un village, Buganda, dans la province de Cibitoke au nord-ouest du pays. Des assaillants non encore identifiés y ont fait un carnage dans la nuit de vendredi à samedi dernier, causant la mort de 26 personnes. Ils se seraient enfuis par la suite vers la RDC voisine sans qu'on sache quelles sont leurs motivations.

Mais, à moins d'une semaine d'un référendum constitutionnel contesté, dans un pays où l'opposition politique est bâillonnée, les libertés d'expression et d'association sévèrement limitées, les regards se tournent vers les adversaires, pour ne pas dire plus, du régime en place à Bujumbura.

A force de réduire les espaces démocratiques dans le pays, le président Pierre Nkurunziza les aurait-il poussés à opter pour une violence perlée dont l'attaque de Buganda ne serait qu'un début ?

De là à penser que la perturbation du référendum constitutionnel prévu ce 17 mai est dans leur ligne de mire, il y a un pas vite franchi par ceux qui s'inquiètent des dérives autocratiques aux allures théocratiques du régime du pasteur-président, Pierre Nkurunziza.

En effet, il n'y va pas du dos de la cuillère, le pasteur-président, pour sacrifier la concorde nationale sur l'autel d'un pouvoir personnel prétendument messianique.

Tout y passe ou presque pour construire un pouvoir fort concentré en ses mains, lui qui s'est octroyé un troisième mandat présidentiel en 2015 en violation de la Constitution, de la lettre et de l'esprit des accords d'Arusha qui avaient mis fin à la guerre civile dans le pays.

Ne voilà-t-il pas qu'avant la fin de la prolongation du match, ce troisième mandat présidentiel indû, l'illuminé, ou plutôt l'illusionné professeur d'éducation physique, impose comme une séance de tirs au but à son opposition, dans un drôle de match où le résultat est connu d'avance.

De fait, ce référendum constitutionnel aux forceps est un déni de démocratie et Pierre Nkurunziza a tout faux de se prendre pour le Moïse, voire le Messie, d'un Burundi à conduire par la chicotte vers la Terre promise d'un puritanisme évangélique.

Dire alors que la sanglante attaque au nord-ouest du pays est l'émanation fumigène d'un Burundi dont la situation sociopolitique est comparable à un volcan qui sommeille est un euphémisme.

En tout cas, l'alerte est prise très au sérieux par les autorités qui ont renforcé les dispositions sécuritaires dans cette région du nord-ouest et promis d'anéantir « les terroristes » auteurs de cette attaque, selon Alain-Guillaume Bunyoni, le ministre de la Sécurité.

D'une latitude à l'autre, à chacun sa définition des terroristes. Ceux du ministre burundais de la Sécurité sont ces assaillants qui ont ciblé des familles de policiers dans une province d'où sont originaires beaucoup de hauts gradés de l'armée qui faisaient partie de l'ex-rébellion, aujourd'hui au pouvoir à Bujumbura.

Dès lors, même si ces présumés terroristes n'ont pas revendiqué leur attaque, elle ressemble fort à un carton rouge-sang brandi contre le référendum constitutionnel du 17 mai prochain. En effet, si la nouvelle Constitution était adoptée, Pierre Nkurunziza pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2034.

Une éternité pour ses opposants qui, tout en condamnant les meurtres de 26 innocents, appellent à un sursaut de la communauté internationale contre une recrudescence probable de la répression contre leurs sympathisants. On attend de voir non sans s'interroger : Et si Pierre Nkurunziza, avec ce référendum, jouait le match de trop ?

En savoir plus

L'attaque d'un village du nord-ouest du Burundi soulève beaucoup de questions

Au Burundi, après le choc, c'est l'heure des questionnements. 26 personnes ont été tuées et… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2018 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.