14 Mai 2018

Guinée: Elhadj Boubacar Diallo - "On distribue les gros marchés aux amis du président"

interview

Alors que l'opposition entame ce lundi 14 mai une journée ville morte après son retrait des négociations, la mouvance présidentielle campe sur sa position: pas question de discuter des résultats des élections locales du 4 février. Le bras de fer entre les deux forces politiques semble se plonger dans une durée encore indéterminée.

Elhadj Boubacar Diallo, président du Parti pour la paix et le développement parle de blocage. Au cours d'un entretien qu'il a accordé à Aminata.com, il accuse la mouvance présidentielle de refuser tout compromis devant trouver à des solutions négociations. Le leader du PPD appelle la population à la mobilisation pour sauver la démocratie qui est en "danger". Lisez.

 l'opposition vient d'annoncer la suspension de sa participation au comité de suivi. Qu'est-ce qui a motivé votre décision?

C'est le fait qu'il y a un blocus par la mouvance. Actuellement, nous avons beaucoup de points de divergence. L'un des points clés, c'est le contentieux électoral. Nous voulons qu'on regarde purement et simplement les PV issus de ces bureaux de vote qu'ils puissent rectifier ce qui a été fait. Ils disent que les magistrats se sont déjà prononcés, il n'y a pas de recours. Quand vous vous prononcez en violant les articles 84, 85 et 86 du code électoral et vous voulez entériner, cela que nous ne sommes pas d'accord.

C'est un premier aspect. Le deuxième, quand chacun est resté sur ses positions, finalement, les partenaires techniques et financiers ont intervenu. Ils ont fait deux propositions. La première c'était de voir exactement est-ce que les réclamations de l'opposition étaient fondées. Et si tel était le cas de restituer alors au niveau des quartiers en se basant sur les résultats réels issus des bureaux de vote.

C'est-à-dire restituer à chacun ce qu'il a gagné. Donc, partout où on a gagné et s'est vérifié que c'est nous qui avons gagné, c'est nous qui allons désigner le chef du quartier. Au niveau des exécutifs [des Mairies] pour couper la poire en deux, ils ont dit ne modifier pas ce qui a été prononcé par la CENI même si nous avons été volés dans ces communes.

A titre d'exemple, à Dixinn, à cause de manipulation des résultats, l'UFDG a perdu trois élus. Donc, qu'on allait laisser ces trois élus à nous de voir comment négocier entre élus pour voir qui va être maire. Jusque-là c'est difficile à avaler mais nous avons dit qu'au nom de la paix qu'on accepte.

Mais Elhadj Diallo, c'est quand même extraordinaire de modifier des résultats déjà proclamés par la CENI

Mais si cette proclamation est basée sur des faux résultats? Mettez-vous à la place des partis politiques. Aujourd'hui on dit qu'on accepte, c'est officiel mais ce qu'on qualifie d'officiel est faux.

Les législatives qui arrivent, comment voulez-vous qu'on convainc les gens à la base de voter. Ils vont dire que ce n'est plus la peine de voter parce que même si on vote et on sécurise, le pouvoir peut modifier en collaboration avec la CENI et les autres. C'est décourageant quand même. Ça tue la démocratie.

Est-ce que notre démocratie est en danger?

Je dirai oui, notre démocratie est en danger. Vous savez même au temps du régime de Lansana Conté on n'a pas vu autant de pression sur les opposants, autant de pression sur la société civile qu'aujourd'hui. Alpha Condé qui est venu par la démocratie, par le vote, aujourd'hui c'est lui qui menace plus la démocratie que n'importe qui.

La stratégie de manifestation est-elle payante?

Je pense que oui. Vous-même vous avez suivi ce qui se passe. Ils essaient d'infiltrer des gens. On essaie de nous coller au dos. Qui doit sécuriser les manifestations? C'est les forces de l'ordre. Nous, nous organisons des manifestations pacifiques.

Mais vos manifestations coûtent chères à l'économie nationale

Ce n'est pas notre faute. Je vais vous donner un exemple. Quand il y a la dictature les libertés publiques sont confisquées. Quand elles sont confisquées l'économie est stable parce qu'il n'y a pas de manifestation.

Regardez comment toutes les grandes dictatures ont fini. C'est par des révoltes. Quand le peuple est trop opprimé, quand il y aura le ras-le-bol le peuple se révolte et casse tout pour se libérer. Nous ne voulons pas arriver là.

L'affaire Bolloré défraie la chronique dans plusieurs pays. Qu'en pense votre parti, le PPD?

Mieux vaut faire la lumière sur cette affaire. Heureusement que ce n'est pas venu de la Guinée. On aurait préféré que ça vienne de la Guinée, que la justice se saisisse. La justice guinéenne est aux mains de l'exécutif. La justice française s'est saisie. Il y a eu une communication du gouvernement.

Je salue déjà du fait que le président de la République dit qu'il porte plainte pour dénonciations calomnieuses. Il y a le chef de file de l'opposition qui demande l'ouverture d'une enquête parlementaire.

Le Chef de l'Etat est d'accord alors quoi de mieux? Nous n'avons pas de position à prendre à ce niveau, tout ce qu'on veut, ce que lumière soit faite sur cette affaire pour éclairer la lanterne de tous les Guinéens.

Pendant la présidentielle de 2015 vous étiez très actif pour la réélection du président Alpha Condé. Qu'est-ce qui explique votre revirement vers l'opposition?

Vous savez les situations de 2015 et aujourd'hui sont totalement différentes. En 2015, nous sommes partis sur un constat. En 2013 et 2014, la situation était difficile. On était bloqué à cause d'Ebola. On a vu ce que le gouvernement et le Pr. Alpha Condé ont fait à cette époque pour développer la Guinée.

Nous avons estimé en 2015 qu'il avait commencé beaucoup de choses et pourquoi ne pas lui donner la chance de finir. Après la présidentielle, nous avons vu un revirement total. Et on n'était pas écouté. On a voulu nous prononcer là-dessus mais le parti au pouvoir, le président lui-même était dans la logique de fermeté.

Nous avons estimé qu'on ne peut plus continuer vu la direction que prend le pays. Du point de vue des libertés publiques. Donc, nous avons estimé que ce n'est pas la peine de continuer dans ce sens. Autre chose qui nous a aussi motivés de quitter le RPG. Quand il s'agissait des élections communales, nous avons estimé qu'en tant que nouveau parti de présenter notre propre liste dans certaines circonscriptions.

Ce que le pouvoir ne voulait pas. Ils voulaient qu'on soit tous RPG. Notre conseil politique s'est réuni et nous avons estimé que ce n'était pas possible. Nous avons écrit officiellement que nous n'étions pas d'accord pour cela. Le parti au pouvoir a dit dans ce cas chacun va de son côté.

Quelqu'un que vous avez soutenu dans des élections comme la présidentielle, quelqu'un qui se comporte comme ça, nous avons décidé d'évoluer avec nos propres moyens. On a quitté la mouvance et nous sommes restés un bon moment et finalement l'opposition nous a demandé de la rejoindre.

Monsieur le président, malgré une forte croissance économique selon un rapport du Fonds monétaire international, le Guinéen tire le diable par la queue. Qu'est propose le PPD pour sortir le pays de la pauvreté?

Cette croissance est tirée du secteur minier. Il y a beaucoup de compagnies minières. Même dans ces zones, les autochtones revendiquent tous les jours vus les conditions dans lesquelles ils vivent. Donc la croissance économique d'un pays et le bien être d'un pays devait aller normalement ensemble.

Mais avec ce pouvoir ce n'est pas ce que nous voyons. Les populations restent pauvres parce que cette richesse ne revient pas directement au niveau des ménages.

Nous proposons qu'il y ait plus de redistribution au niveau de masses locales. Par exemple le pouvoir est en train d'investir dans l'agriculture, c'est salutaire car les revenus vont directement dans les ménages. Il y a certains projets qu'il faut saluer.

Nous sommes de l'opposition certes mais il y a des projets qu'il faut saluer. Mais la réalité est que la plupart de ces gros marchés c'est des amis du président qui y raflent. Est-ce que ces retombées vont directement au niveau des populations locales, je ne pense pas. C'est ce qui fait qu'il y a plus de pauvreté.

Lors des dernières élections communales, vous avez eu un conseiller à Ratoma et deux conseillers à Labé. Les législatives se profilent à l'horizon. Comment se prépare votre parti?

On se prépare bien avec nos moyens. On communique très peu parce que nous privilégions les portes à portes et l'implantation à la base. C'est ce que nous sommes en train de faire. On n'est pas comme les autres partis qui ont des gros moyens. Nos militants à la base et nos responsables, chacun se bat pour qu'on puisse nous implanter petit à petit.

Quand vous parlez des élections communales, personne ne pouvez s'attendre de ce qu'on a eu là. Nous avions 52 listes prêtes mais les moyens financiers ne nous permettaient pas. Nous avons évalué le coût d'une élection locale à plus forte raison nationale, c'est très lourd pour des partis comme le nôtre. Nous estimons qu'il faut travailler à la base pour réduire ce coût.

C'est ce qui a fait lors de ces élections locales nous avons eu la chance avec le travail d'avoir un élu communal à Ratoma malgré tous les grands partis étaient là. Il y a certains qui sont sur le terrain avant nous qui n'ont même pas eu un conseiller.

Votre mot de la fin

Je profite de cette interview pour vous remercier d'abord et remercier tous nos militants, nos sympathisants et responsables et invité le peuple de Guinée à plus de vigilance et à se mobiliser. Ce pays appartient à tous les Guinéens. Revendiquons nos droits, travaillons dans ce sens. Travaillons pour que nos droits soient respectés parce que ce pays nous appartient tous.

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