15 Mai 2018

Burkina Faso: Construction aéroport de Donsin - «S'il y a un début de travaux, nous allons l'interrompre » (Albert Dipama, représentant des jeunes de Tabtenga)

Les habitants du village de Tabtenga ont exposé les difficultés qu'ils vivent sur leur nouveau site de relogement de même que les promesses non tenues par la Maîtrise d'ouvrage de l'aéroport de Donsin (MOAD). Ces questions minent le démarrage des travaux d'où un tête-à-tête afin de trouver un terrain d'entente. Si l'autorisation a été accordée par les vieux, elle n'a cependant pas rencontré l'assentiment des jeunes pour qui tout début de travaux sera stoppé s'ils n'obtiennent pas plus d'assurance. Explications.

Ils ont dû quitter leurs anciens logis et des terres cultivables pour se retrouver sur un nouveau site. Cependant, les conditions de vie dans ce nouveau biotope ne sont pas toujours aisées. C'est, du reste, ce qu'a affirmé un des porte-parole des habitants de Tabtenga au cours du tête-à-tête avec le haut-commissaire de l'Oubritenga et des responsables de la MOAD. Ils ont dénombré, entre autres doléances, la nécessité pour eux d'avoir de nouveaux espaces cultivables, des châteaux d'eau, l'ouverture du dispensaire, un terrain de sport, des mesures d'accompagnement pour les femmes qui exploitaient le quartz pour subvenir à leurs besoins.

A ces préoccupations s'ajoutent les promesses faites par la MOAD qui n'ont pas encore été tenues : ce sont la clôture du lieu de culte, le déplacement des tombes, la construction de caniveaux, la formation en agriculture, en élevage et en maraîchage qui avait débuté. Des revendications que certains ont érigées en conditions sine qua non de tout début de travaux

. En janvier courant, des entreprises ont été renvoyées, d'où la tournée d'information dans la dizaine de villages concernés par le projet, qui englobe 4400 ha. Le haut-commissaire de l'Oubritenga, Kouliga Albert Zongo, déclare à l'assistance que le gouvernement burkinabè a aussi des doléances envers les populations affectées : elles sont relatives aux travaux qui n'ont pas encore débuté depuis une dizaine d'années alors qu'il y a eu des négociations au préalable et des indemnisations. Il souhaite qu'elles comprennent que s'il n'y a pas de début de travaux, le projet ne pourra pas non plus avoir des ressources financières pour les épauler, avant de leur rejeter la balle.

«Aidez le gouvernement à vous aider !»

Des voix s'élèvent de nouveau pour énumérer d'autres difficultés sans répondre à une question posée auparavant : «Avons-nous l'autorisation de commencer ? Oui ou non». Pour étancher la soif de l'auditoire, Romual Sawadogo, le responsable aux questions environnementales et sociales de la MOAD, fait le point de l'ensemble des doléances dont ils avaient déjà connaissances. Sur la question des terres cultivables, il précise que 133 ha ont été acquis et estime qu'il est préférable de les distribuer aux personnes les plus nécessiteuses. Pour ce qui est de l'infrastructure de santé, les équipements sont, selon ses propos, déjà disponibles, mais l'heure est à la recherche d'un autre site, plus sûr, afin que les investissements soient pérennes.

Concernant le terrain de sport, il ne pense pas que les entreprises qui travailleront sur les lieux vont refuser d'aménager un espace pour permettre aux jeunes de pratiquer des activités physiques. Ses réponses n'ont visiblement pas convaincu grand monde puisque les intervenants ont multiplié de plus belle les préoccupations au lieu de réagir sur la question en suspens. Morceaux choisis : «La saison des pluies s'annonce, où allons-nous cultiver ? Vous demandez nos prières et nos bénédictions, pourrons-nous avoir accès à notre site sacré pour nos rites ? Est-ce que... ». Il n'en fallait pas plus pour susciter cette réaction du haut-commissaire : «Vous nous égrainez des préoccupations et rien que des préoccupations

. Qu'en est-il de la question posée ? Répondez à notre préoccupation également. Tant qu'il n'y aura pas de début de travaux, il n'y aura pas non plus de financements pour vous accompagner. Aidez le gouvernement à vous aider», martèle Kuiliga Albert Zongo. Aussitôt fusent des murmures, des discussions se mènent dans des groupes. Une personne du troisième âge affirme en filigrane avant de dire clairement que le projet peut débuter tout en prenant en compte les revendications qu'il faut travailler à satisfaire.

L'accord obtenu, la délégation échange de chaleureuses poignées de main avant de s'éclipser aux environs de 16h. Mais la décision annoncée ne fait pas l'unanimité. Le représentant des jeunes de Tabtenga, Albert Dipama, s'offusque : «Les négociations ont été menées avec nos parents et ceux qui avaient des femmes. Ces derniers ont été recensés et ont eu des maisons. Beaucoup de jeunes étaient célibataires. On avait des terres cultivables qu'ils ont prises contre "l'argent de la cola", il a été dit que sur nos nouveaux sites, nous en aurions d'autres.

De nos jours, beaucoup se sont mariés, ils n'ont pas de maison, n'en parlons pas de terre cultivable. Nous aurions souhaité que la délégation parte, que nous prenions le temps de nous concerter. L'accord donné par les vieux ne nous convient pas. Nous ne sommes pas contents, le haut-commissaire ne doit pas vouloir qu'on aille dans le sens de ses intérêts au détriment de ceux de la majorité. Si nous n'avons pas l'assurance que chaque jeune aura un petit espace pour construire sa maison, nous n'accepterons pas de début de travaux. S'il y a un début de travaux, nous allons l'interrompre».

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