18 Mai 2018

Cameroun: La 46ème Fête Nationale de l'Unité dans un contexte de violences

La violence dans les deux régions anglophones du Cameroun dure depuis octobre 2016. Les scènes de tortures, d'exécution et de déplacement des populations font l'actualité dans le nord-ouest et le sud-ouest.

Un homme présenté comme général de l'armée sécessionniste violemment frappé à la machette sur la plante des pieds, arrosé d'eau, et recevant des coups secs de bottillons à la tête. La scène s'est déroulée récemment, ce qui a ravivé les critiques portées contre l'armée camerounaise.

Sa violence dans sa guerre contre Boko Haram ou les accusations de violation des droits de l'homme dans la crise anglophone sont de plus en plus dénoncées au Cameroun. En réaction, le ministre camerounais de la Défense a rendu public, mardi (15 mai), un communiqué déplorant la situation et promettant de punir les militaires qui ne respecteraient pas les droits humains et le droit de la guerre.

"Quelle est la force de ce communiqué ? Quelle est la crédibilité d'un communiqué qui parle au futur alors que des gens ont commis des actes que tout le monde a vu. Là-bas, on n'a pas besoin d'un procès pour établir qu'un soldat est monté sur la tête d'un individu avec ses pataugas. Ou qu'on a frappé un citoyen, la plante des pieds avec une machette, et versé de l'eau pour qu'il se sente le plus mal possible. Ce sont des choses qui sont concrètes et qu'on a vues. On connaît l'unité qui était là-bas", déclare Jean-Baptiste Sipa défenseur des droits humains qui estime que cette sortie du ministre ne suffit pas pour rassurer les défenseurs des droits humains.

Le mea culpa des autorités

Si le gouvernant a fait son mea culpa sur cette atrocité, Jean-Baptiste Sipa pense néanmoins que l'incident ne suffit pas pour discréditer toute l'armée. Le responsable de la communication de l'armée camerounaise, le colonel Didier Badjeck, l'a répété cette semaine : "Suivant l'observation du droit de la guerre, et suivant le respect des droits de l'homme, je vous dis, sur le terrain, qu'il nous arrive de prendre des blessés de Boko Haram et même des blessés de cette crise du nord-ouest et du sud-ouest, de les prendre en charge. Je vous mets au défi : allez dans les hôpitaux militaires, vous allez les voir, couchés, soignés. C'est cette armée-là aujourd'hui, dont on dit qu'elle commet des exactions?", a déclaré M. le colonel Badjeck dans une émission diffusée sur la télévision nationale.

"Des milliers de Camerounais sont coincés entre les sécessionnistes et les forces de l'ordre", affirmait le président de la Commission nationale des droits de l'homme et des libertés, en décembre dernier à Yaoundé, lors de la présentation d'un rapport sur les droits de l'homme au Cameroun.

Jean-Baptiste Sipa en attribue la première responsabilité au gouvernement : "Non, c'est extrêmement grave parce que le premier comportement du gouvernement est un comportement laxiste, qui favorise ce qui est en train de devenir une guerre civile, et qui risque de devenir une guerre génocidaire. Parce qu'à partir du moment où les Camerounais commencent à se distinguer entre eux par la tribu, l'ethnie, et que les sécessionnistes posent des actes manifestement tribalistes, exclusifs, pour chasser certains Camerounais de chez eux, ça montre que le conflit est en train de dégénérer en une vaste violation de tous les droits."

Des traitements inhumains

Différentes ONG de défense des droits humains comme l'International Crises Group et Amnesty International dénoncent le fait que des centaines de personnes restent détenues dans des conditions inhumaines et sans jugement dans le cadre la crise anglophone et de la lutte contre Boko Haram.

La Commission nationale des droits de l'homme et des libertés relève dans sa classification que ces violations des droits de l'homme restent dominées par la difficulté des Camerounais à accéder à la terre, l'absence de meilleures conditions de travail, les arrestations arbitraires, la torture, les atteintes à la vie, à l'intégrité physique et morale de la personne.

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