18 Mai 2018

Sénégal: Procès Imam Ndao et co-accusés - Les avocats de la défense dénoncent un « dossier vide »

Avec le réquisitoire du procureur qui a requis des peines allant de 20 ans à la perpétuité, les avocats de la défense étaient très attendus pour le début des plaidoiries. Imam Ndao et ses 29 co-accusés sont poursuivis pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, entre autres.

Presqu'à l'unanimité, ils ont qualifié le dossier de « vide ». Selon Me Mamadou Guèye, un des avocats de Mouhamed Ndiaye, « que ça soit les enregistrements sonores ou les documentaires, rien n'a été authentifié ». « On veut nous inscrire dans la paranoïa des pays occidentaux », a-t-il plaidé. Alors que le procureur a requis la perpétuité contre son client, la robe noire a estimé que celui-ci est victime de son attachement à la religion. « Quand il s'est rendu dans le fief de Boko Haram, il était motivé par sa volonté d'apprendre davantage dans sa religion. Personne ne peut prouver qu'il y était pour autre chose », a-t-il dit. Quid des entraînements qu'il y aurait effectués? « Il s'est entraîné à Boko Haram, mais c'était sous la contrainte », a relativisé l'avocat.

Défendant la cause d'Ibrahima Diallo contre qui le procureur a requis la peine des travaux forcés à perpétuité, Me Ngoné Thiam a déclaré que si son client s'est rendu au Nigéria, « c'est pour échapper à la pauvreté ». « Ce sont des jeunes qui ont du mal à trouver du travail chez eux. Alors qu'au Nigéria, on applique la charia qui exige le partage des richesses. Ces jeunes ne partageaient pas l'idéologie de Boko-Haram. C'est une fois au Nigéria qu'ils ont su qu'ils étaient dans le fief de Boko Haram. Et, ils ont eu des problèmes pour revenir au Sénégal. Le ministère public n'a aucune preuve sur ce qu'il accuse Imam Ndao et Cie. Il faut apporter des preuves tangibles », a-t-elle affirmé. D'après l'avocate, c'est quand son client s'est rapproché d'une des épouses de Matar Diokhané pour lui prêter de l'argent pour qu'il finance un projet « dont il a par la suite remis une partie à Imam Ndao que les déboires ont commencé ». « Est-ce que c'est un crime ? Il n'y a aucune preuve tangible », a-t-elle clamé.

Mohamed Ndiaye, un cas particulier

Né en 1984, Mohamed Ndiaye, qui a eu à atterrir dans le fief de Boko Haram, est, selon son avocat, victime de son enfance perturbée. « Il a été arraché à ses parents à l'âge de deux ans, puis confié à son grand-père qui vivait dans la précarité. Il avait décidé d'être pêcheur. Il s'est marié à l'âge de 23 ans et il a des enfants. C'est un garçon qui n'avait pas de repère. Il n'a pas de résistance. Il était la proie facile des agents recruteurs. C'est dans ce sillage qu'il a rencontré Aboubacry Guèye qui l'a convaincu d'aller combattre auprès de Boko-Haram. C'est dans ce contexte qu'il n'a pas pu résister à la force de ces recruteurs. Et, il est parti. C'était une erreur de sa part. Mais, il ne savait plus quoi faire. Il a voyagé dans des conditions éprouvantes jusqu'à atterrir dans le fief de Boko-Haram. On a fait croire aux jeunes désœuvrés que la charia est la solution à leurs problèmes», a-t-il fait savoir.

La démence d'Abou Hakim Mbacké

De tous les prévenus, Abou Hakim Mbacké Bao est celui qui attire le plus les attentions. Regard fuyant, réponses parfois décalées. Pour son avocat, ses réactions s'expliquent. De son point de vue, celui qui est dépeint comme étant un expert en explosifs est atteint de démence. « Si vous le regardez bien, vous remarquerez qu'il n'est pas normal. J'ai fait une demande de son dossier médical à l'hôpital Fann et au Pavillon spécial où il a été interné. Mais, je n'ai jamais eu de réponse. Il ne jouit pas de ses facultés mentales. On ne peut pas le condamner à perpétuité alors qu'il ne jouit pas de toutes ses facultés. Pire, comment quelqu'un qui a échoué au bac à deux reprises peut-être expert en explosif », a-t-il demandé.

Et toujours selon l'avocat, si Abou s'est rendu au Mali, c'est parce que les recruteurs ont compris qu'il était dans une extrême précarité et ils l'ont piégé. « Il subvenait difficilement aux besoins de sa famille. On lui avait promis des financements au Mali. C'est une fois là-bas qu'il a été arrêté et contraint de suivre la formation. Comment l'accuser de financement du terrorisme alors qu'il ne détenait que 200 dollars ? Il faut une expertise psychiatrique », a estimé Me Elhadji Basse.

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