21 Mai 2018

Burkina Faso: Colonel Ousmane Traoré - «Des compatriotes sont allés se radicaliser avec la ferme volonté d'installer un katiba à l'Est »

interview

Qualifiée de zone rouge, la région de l'Est a longtemps été en proie à l'insécurité, notamment au grand banditisme. C'est à ce fléau que les populations du Gulmu sont habituées. Cependant, au regard des modes opératoires des récentes attaques de Natiaboani et de Nassougou, tout porte à croire que les assaillants sont de la nébuleuse terroriste.

Si cela venait à être confirmé, ce serait donc une première dans la région. Pour éclairer la lanterne des populations, Sidwaya a réalisé un entretien avec le gouverneur de la région de l'Est, le Colonel Ousmane Traoré.

D'entrée de jeu, quelle analyse faites-vous de la situation sécuritaire qui prévaut dans la région de l'Est ?

La situation sécuritaire dans la région de l'Est évolue en dents de scie. Depuis 2015, notre région a été classée zone rouge par des analystes occidentaux du fait de la montée de l'insécurité, notamment du grand banditisme. Depuis lors, nous nous sommes attelés à juguler ce phénomène qui entrave tout élan de développement. Cela a amené le gouvernement et les populations à développer des initiatives.

Le renforcement des capacités d'intervention des Forces de défense et de sécurité (FDS) et l'avènement des groupes d'autodéfense, en l'occurrence les Koglweogo, en sont quelques résolutions. Ce qui a permis en 2016 de réduire considérablement le grand banditisme.

Par la suite, nous avons eu vent de la présence probable de terroristes dans la région. Plus tard, ces rumeurs ont commencé à se préciser avec les attaques de Natiaboani et de Nassougou.

Selon les investigations qui y ont été menées, des compatriotes, notamment des fils de la région, sont allés se radicaliser au Mali et sont revenus avec la ferme volonté d'installer un katiba (une unité terroriste) à l'Est. Et la zone qui a été choisie par ces extrémistes est la bande forestière qui va de Foutouri (province de la Komondjari) au Parc W.

Face à cette situation, il y a de quoi s'inquiéter d'autant plus que la vastitude de la région et l'importante ressource forestière dont elle regorge pourraient favoriser l'émergence du phénomène. Quelles sont les mesures prises pour étouffer cette nouvelle gangrène et éviter que la région devienne la risée des forces du mal ?

Très vite, nous avons alerté le gouvernement sur la question et avons renforcé notre coopération en matière d'informations avec nos voisins du Niger. La présence de terroristes dans notre zone a été confirmée par nos amis du Niger à la suite d'une attaque d'une de leurs unités de gendarmerie en janvier dernier.

En fait, à la suite de riposte des FDS nigériennes, une partie des assaillants a traversé la frontière du Burkina Faso et s'est installée dans la forêt de Foutouri. Sur instruction du gouvernement, des actions ont été entreprises afin de stopper cette intrusion dans la bande forestière.

Le tiers de la région est constitué de forêt. Si nous n'y prenions garde, toute l'activité économique de cette partie du Burkina risque d'être bloquée pour longtemps. Car, le site qu'ils ont choisi leur donne l'avantage du camouflage, tant la forêt est dense et vaste.

Peut-on dire avec certitude que les attaques de Natiaboani et de Nassougou sont l'œuvre de l'hydre terroriste ?

Au stade actuel des enquêtes, nous pouvons confirmer que les attaques de Natiaboani et de Nassougou ont été perpétrées par des terroristes. Aux lendemains de l'attaque de Nassougou, les FDS ont mené, pendant deux semaines, une opération que nous avons baptisée « opération Nakartougou ».

Avec le soutien du gouvernement, les investigations ont permis d'identifier et d'interpeller des personnes suspectes que nous avons transférées en justice afin que les responsabilités soient situées. Le bilan de cette opération fait également état d'un blessé dans les rangs des FDS à la suite d'un accident de tir.

 L'année 2018 est marquée, également, par la crise de Matiacoali. Quelle dissection faites-vous de cette situation qui oblige les FDS à intervenir sur plusieurs fronts ?

La crise de Matiacoali vient comme un grain de sable qui enraye la dynamique des FDS parce qu'elle crée un second front auquel elles font face.

Cela me fait de la peine de parler de ce problème alimenté, sans doute, par des agendas politiques cachés. Il est évident que derrière cette crise, ce sont des acteurs politiques qui s'affrontent et qui instrumentalisent la population. Nous devons savoir raison garder et fédérer nos énergies pour affronter le terrorisme.

Qu'est-ce qui est prévu par le gouvernement pour relever le défi sécuritaire dans la région?

Depuis deux ans, nous avons attiré l'attention des acteurs sur la nécessité de prévoir des opérations spéciales de sécurisation de la région de l'Est pour prévenir toute éventualité. Aujourd'hui, la réalité est là. Du Sahel, le problème de sécurité a glissé sur l'Est.

En termes de perspectives, la question sécuritaire de la région ne saurait être soustraite du contexte national. Les mesures à prendre doivent concerner tout le pays en ce sens qu'aucune localité n'est épargnée.

Du reste, des actions sont en réflexion et dès que les acteurs commis à la tâche seront prêts, nous passerons à l'offensive.

Face à cette guerre asymétrique, quelles sont vos attentes des initiatives locales de sécurité, en l'occurrence les Koglweogo ?

Nous attendons d'elles leur disponibilité à collaborer franchement avec les FDS et à leur apporter toute information utile. Du reste, il faut reconnaître que les Kglweogo ont joué un rôle important lors de l'opération « Nakartougou » parce qu'ils ont donné des renseignements ayant permis d'identifier et de mettre aux arrêts des individus.

Malheureusement, ils y ont payé un lourd tribut parce que deux des leurs ont été fauchés par les forces du mal. Au demeurant, nous sollicitons l'accompagnement de l'ensemble des communautés de notre région. Chaque citoyen doit avoir le réflexe de dénoncer aussitôt tout fait insolite et suspect.

 Avez-vous une pensée à l'endroit des Forces de défense et de sécurité (FDS) qui, jour et nuit, se battent, souvent au prix de leur vie, pour la sécurisation de la région ?

Je voudrais saluer la disponibilité des FDS et leur engagement à mes côtés dans cette guerre contre l'insécurité dans notre région.

Au moment où nous avons lancé l'opération « Nakartougou » nous ne savions pas où trouver l'argent pour prendre en charge le personnel déployé sur le terrain. Le moyen roulant que nous avions était non seulement insuffisant, mais aussi inadapté à ce type de mission.

Malgré cela, toutes les unités se sont mobilisées et ont accepté d'aller sur le terrain avec les moyens de bord. Ce sont des engagements forts et c'est ce que le gouvernement et les populations attendent d'eux. Ils sont les derniers remparts sur lesquels ces populations de la région comptent pour vivre dans la quiétude.

L'insuffisance d'effectifs et de moyens d'intervention des FDS entrave leur efficacité sur le terrain. Comment expliquez que l'on veuille engranger des résultats probants sans y mettre les moyens qu'il faut ?

La sécurité coûte cher. Le déploiement des unités nécessite beaucoup de moyens aussi bien financiers, humains que logistiques. Dans cette guerre contre le terrorisme, le Burkina Faso y est engagé depuis maintenant quelques années.

Et la prise en charge quotidienne du personnel, la dotation en carburant, l'entretien et le renouvellement du matériel nécessitent de la ressource conséquente.

Pourtant entre les revendications syndicales que je me garde de juger et les contraintes de sécurité et de développement, il y a forcément un arbitrage à faire.

C'est cet arbitrage qui donne souvent l'impression que la question sécuritaire n'est pas prise en compte par le gouvernement. Mais je puis vous assurer qu'aucun membre du gouvernement ne dort actuellement par rapport à la situation dans la région de l'Est parce qu'ils sont tous concernés.

 En tant que première autorité administrative de la région, quel message vous tient à cœur ?

Je voudrais saluer la disponibilité du gouvernement tout entier qui est à l'écoute de nos préoccupations. Nous avons été contraints, parfois, de joindre au téléphone certains membres du gouvernement à des heures tardives au sujet de cette question sécuritaire.

Nous avons reçu successivement les ministres en charge de la sécurité, de la défense et de l'environnement ainsi que le chef d'état-major de l'armée de terre à Fada N'Gourma. Ils sont venus remonter le moral des troupes et rassurer les populations. Tout cela dénote de l'intérêt que le gouvernement accorde à la question sécuritaire dans la région.

Je voudrais inviter les agents publics de l'Etat à la sérénité. Il est vrai que nous subissons des pertes physiques et beaucoup de stress moral, mais nous sommes convaincus que la dynamique dans laquelle nous sommes engagés permettra de ramener la quiétude dans notre région. Quelle que soit la situation, nous ne devons jamais baisser les bras.

Car, la paralysie de l'administration est l'objectif principal de ces extrémistes. Nous demandons à l'ensemble de la presse de nous aider à donner l'information juste.

Souvent les réseaux sociaux nous devancent sur le terrain avec des informations qui n'ont pas été recoupées et qui contribuent à apeurer et à paniquer davantage les populations. Les services spécialisés des médias doivent aller vers l'administration et les responsables des FDS pour prendre l'information juste et la relayer telle.

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