21 Mai 2018

Afrique de l'Ouest: Présumées exactions des FDS au Sahel - Une guerre sale peut-elle être... propre ?

« Le jour, nous avons peur de l'armée, et la nuit des djihadistes ».

Le titre du rapport de Human Rights Watch (HRW) portant sur la lutte contre le terrorisme au Burkina en dit long sur la peur qui habite les populations de la partie septentrionale du pays. Une région prise depuis maintenant trois bonnes années entre les tentacules de la pieuvre djihadiste, coupable des pires abominations.

En face, l'armée burkinabè ne serait pas non plus toute blanche. «Exécutions extrajudiciaires», «mauvais traitements», « arrestations arbitraires » de présumés terroristes entre 2017 et 2018 sont en effet des griefs que retient HRW contre nos FDS dans un document qui jette un pavé dans une mare déjà très ensanglantée : depuis 2016, le Burkina a subi 80 attaques qui ont fait plus de 130 morts.

L'ONG américaine affirme avoir élaboré son rapport sur la base de témoignages qui font parfois état de corps de personnes « ayant souvent les yeux bandés et les mains liées » et qui auraient été vues pour la dernière fois avec des forces de sécurité. Au moins 14 exécutions sommaires auraient été ainsi rapportées par les témoins.

Quoi qu'on puisse en dire ou en penser, l'organisation de défense des droits de l'homme est dans son rôle de veille. Et il importe que les Etats victimes du péril islamiste ne perdent pas leur âme en tombant dans la boue, et en se rendant coupables des mêmes cruautés et dénis de droit que ceux qu'ils combattent.

La tentation est d'autant plus forte que les militaires, gendarmes et policiers, accusés à tort ou à raison de ne rien faire pour protéger les populations éprouvées, peuvent vouloir à tout prix exhiber des scalps enturbannés pour au moins donner l'illusion que le « Sahel est sous contrôle », pour reprendre la phrase malheureuse prononcée par le ministre des Transports, Vincent Dabilgou, lors d'une conférence de presse de la majorité au lendemain de l'inhumation du préfet d'Oursi, froidement abattu par des individus armés.

Le risque est qu'en voulant faire feu de tout bois, on fasse tomber des innocents sous les balles de leur propre armée et que cela entrave davantage la difficile collaboration entre les forces de l'ordre et les populations. Sans oublier que les victimes de ces bavures peuvent rejoindre les groupes terroristes par soif de vengeance.

En tout cas, le ministre de la Défense, Jean-Claude Bouda, a beau jeu d'affirmer que le gouvernement s'engageait à mener des enquêtes sur « tous les cas d'exaction cités qui n'avaient pas auparavant été portés à sa connaissance ». Volonté de transparence s'il en est sans qu'on sache pour autant jusqu'où ira cette volonté de faire la lumière sur ces affaires embarrassantes.

Cela dit, respect des droits de l'homme pour respect des droits de l'homme, pour la majorité des habitants du Sahel, pour toutes les victimes du terrorisme et leurs proches, et pour une très grande partie des Burkinabè, ce droit-de-l'hommisme à tous crins de HRW sonne comme une hérésie.

Comment en effet respecter la présomption d'innocence et les droits de l'homme dans une guerre asymétrique par nature sale, avec des cellules dormantes, des complicités locales où précisément le paisible citoyen le jour peut la nuit se transformer en terroriste sanguinaire ?

En un mot comme en mille, un conflit asymétrique peut-il être aussi propre que l'enseigne le droit de la guerre ? C'est la question fondamentale qu'il faut se poser même si elle ne vaut pas absolution des péchés qu'auraient éventuellement commis nos FDS qui ont payé un si lourd tribut à la lutte contre le salafisme au Burkina et au « Sahelistan » d'une manière générale.

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