21 Mai 2018

Tunisie: «Une affaire de famille» rafle une Palme d'or très méritée

Le jury de la compétition officielle de la 71e édition du festival de Cannes, présidé par l'actrice australienne Kate Blanchett, a favorisé dans son palmarès les films qui se sont focalisés sur les minorités et la souffrance humaine. Et l'on comprend que la Palme d'Or a été attribuée, comme nous l'avons pronostiqué, au si touchant et émouvant «Une affaire de famille» du Japonais Hirokazu Kore-Eda qui a braqué sa caméra, avec grâce et délicatesse, sur une famille de marginaux qui recueille une enfant maltraitée. «Cannes est un endroit où l'on reçoit beaucoup de courage. Je ressens l'espoir que les mondes qui s'affrontent peuvent peut-être se rejoindre», a déclaré le réalisateur en recevant son trophée.

Une Palme d'Or spéciale a été accordée, d'autre part, au grand Jean-Luc Godard pour son film «Le livre d'image». Une première dans l'histoire du festival. La présidente du jury déclarant qu'il s'agit «d'un artiste qui a fait avancer le cinéma et a toujours repoussé les limites, cherchant, sans cesse, à définir et à redéfinir le cinéma. Pour la première fois de l'histoire du festival nous allons remettre une Palme d'Or spéciale à Jean-Luc Godard». Il était temps, ainsi, de réparer cette injustice en décernant, enfin, une récompense suprême à celui qui renouvela, avec ses pairs de «La Nouvelle Vague», le cinéma mondial. Une Palme largement méritée, tel un couronnement de parcours d'un auteur-réalisateur qui réinvente le cinéma à chacun de ses films, de vrais pépites cinématographiques, à preuve «Pierrot le fou» (affiche de cette édition) , «A bout de souffle», «Le mépris», etc.

Le grand prix, de son côté, a été octroyé à «Blackkkklansman» du réalisateur américain spike Lee, un film politique qui traite à la fois du racisme et du nazisme et de tous les extrémismes. Pourtant ce film conventionnel n'a pas suscité outre mesure l'enthousiasme de la critique internationale ni des festivaliers. Mais comme nous l'avons dit, ce film se focalise sur les minorités et les souffrances générées par la ségrégation et la violence.

Les larmes de Kate Blanchett

Concernant le prix du jury décerné à «Capharnaüm» de la Libanaise Nadine Labaki, nous avons appris que Kate Blanchett a été très touchée, au point d'écraser quelques larmes, par le thème du film et les conditions de vie de ces enfants de la rue. D'où ce prix. En recevant son prix, la réalisatrice a fait une longue tirade dans le but d'attirer l'attention du monde du cinéma sur les enfants, abandonnés dans la rue, livrés à eux-mêmes et maltraités. Elle a qualifié son opus «de petit film fait à la maison et en famille». Cela tout en rendant hommage aux enfants de la rue «qui lui ont ouvert leur cœur et raconté leur souffrance». Et d'ajouter : «Je pense à la petite Sidra (Sahar dans le film), qui a probablement passé sa journée debout à travailler dans la rue, tout en se défendant contre les insultes et les offenses, puis de rentrer à la maison pour laver le linge, la vaisselle, préparer à manger pour la famille», Labaki a avoué ne pas avoir de solution : «Je n'ai pas réussi à sauver Sidra (Sahar dans le film) de la rue, ni Mayssoun, et je ne sais pas de quoi sera fait demain pour Zain (l'enfant, héros de son film, qui l'accompagne partout), mais je sais qu'il ne faut plus continuer à tourner le dos et rester aveugle à la souffrance de ces enfants qui se débattent comme ils peuvent dans ce capharnaüm qu'est devenu le monde». Et de conclure : «Je crois que le cinéma peut changer le monde et qu'il n'a pas uniquement pour rôle de divertir et de faire rêver». Puis, la réalisatrice a dédié son film, d'abord, à son pays, Le Liban, «qui malgré tout ce qu'on lui reproche, a-t-elle affirmé, accueille le plus grand nombre de réfugiés dans le monde, alors qu'il n'a pas les moyens pour faire vivre ses propres citoyens». Et de dédier, ensuite, son film à tous les acteurs, qui ont joué leur propre rôle, et à toute l'équipe du film.

Le prix de l'interprétation masculine, comme nous l'avons pronostiqué, a été décerné à l'acteur italien Marcello Fonte pour son rôle dans «Dogman» de Matteo Garrone. Une vraie performance d'acteur qui mérite largement cette récompense.

Autre prix bien vu, celui de la mise en scène accordé au cinéaste polonais Pavel Pawlikowski pour son film «Cold War», une œuvre forte et maîtrisée aussi bien sur le fond que dans la forme. Une touchante histoire d'amour impossible dans une époque impossible, la guerre froide.

Le prix du scénario ex aequo a été, très justement, octroyé à «Lazarro Felice» de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher et à «3 visages » de l'Iranien Jafar Panahi qui a coécrit le film avec Nader Saeivar, absent du festival, car assigné à résidence en Iran, cette récompense est une manière de dire non à la censure à l'encontre des idées et des arts.

Et c'est à l'actrice kazhakhe Samal Yeslyamova qu'a échu le prix de l'interprétation féminine pour son rôle dans «Ayka» du russe Sergey Dvortsevoy qui présente des allures de documentaire. Il faut dire qu'il s'agit également de minorité à travers la peinture de la condition misérable et éprouvante d'une immigrée clandestine kirghize, résidant, illégalement, en Russie. L'actrice a déclaré, émue «c'est un moment mémorable dans ma vie».

Cependant, un film oublié du palmarès qui n'est autre que «Leto» du Russe Kirill Serebrennikov qui a, pourtant, enthousiasmé la croisette par cette chronique musicale du rock underground en Russie, dans les années de l'avant-perestroïka et de la chute de l'Union Soviétique.

Faisons, également, remarquer que le cinéma français présent à travers, pourtant, quatre films, soit «Les filles du soleil» d'Eva Husson, «En guerre » de Stéphane Brizé, «Plaire, aimer et courir vite» de Christophe Honoré et «Un couteau dans le cœur» de Yann Gonzalez, n'a obtenu aucune récompense, n'étant pas arrivé à séduire le jury, il faut dire que ces opus n'ont réellement pas convaincu, ni la critique internationale ni le public cannois.

La caméra d'Or, qui récompense un premier long-métrage, toutes sections confondues, a échu au long métrage «The Girl» du réalisateur flamand Lukas Dhont, «Un film qui murmure, à travers l'histoire d'un corps qui se libère et nous libère», a commenté la présidente du jury de la caméra d'Or, la réalisatrice, Ursula Maeier.

Enfin, la Palme d'or du court métrage est revenue de manière méritée à «Toutes ces créatures» de l'Australien Charles Williams, un film-métaphore sur l'état du monde, bien réalisé, tandis qu'une mention spéciale a été attribuée à «On the Border» du Chinois Wei Shujun.

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