24 Mai 2018

Congo-Kinshasa: Parcs de Virunga et de Salonga - Une campagne pour dénoncer l'exploration et l'exploitation pétrolières

L'initiative de la société civile, annoncée lors d'une conférence de presse à Kinshasa, vise la défense des aires protégées et prévoit des actions sur les plans local, national et international.

« Si l'on arrive à exploiter le pétrole dans ces sites, nous devons mettre une croix sur la conservation de la nature en RDC. Si nous perdons les deux sites, il n'y aura plus de conservation de la nature dans le pays », a déclaré le représentant de la société civile environnementale au Conseil économique et social, René Ngongo. Ces propos traduisent les inquiétudes de la société civile face à la décision du gouvernement de déplacer partiellement les limites des parcs nationaux de Virunga et de Salonga, en vue d'y mener des opérations d'exploration et d'exploitation pétrolières.

Pour extérioriser ces inquiétudes et lutter en vue de défendre ces sites, la société civile environnementale a décidé de mener des actions concrètes en direction du gouvernement, de la population environnante et celle dont la survie dépend de ces parcs, des sociétés pétrolières convoitant l'exploitation dans ces sites et les gouvernements de leurs pays d'origine ainsi que l'opinion internationale. La conférence de presse animée, le 24 mai, au Cepas à Gombe marque donc le début de cette campagne qui prévoit des actions sur les plans local, national et international.

Dans son action, la société civile environnementale a rappelé au pays ses engagements internationaux pris dans le cadre de la conservation de l'environnement. « C'est le pays qui avait amené ces sites pour entrer dans la liste du patrimoine international. Aujourd'hui, pour prendre une décision de ce genre, la RDC devra se référer aux engagements et accords auxquels elle a adhéré et qui gèrent ce secteur », ont soutenu les membres de ces organisations de la société civile (OSC), notant que ces deux sites convoités se trouvent depuis plusieurs dizaines d'années déjà dans la liste du patrimoine mondiale de l'Unesco.

Les impacts néfastes et inévitables

Relevant les impacts néfastes et inévitables de cette activité dans les limites actuelles de ces deux aires protégées, la société civile environnementale de la RDC recommande au gouvernement, particulièrement à la commission interministérielle permanente de l'économie, des finances et de la reconstruction, de mettre un terme au processus de déplacement des parcs nationaux et des sites de l'Unesco. Ces ONG attendent également du gouvernement de tout mettre en œuvre en vue de finaliser les engagements pris au niveau international en matière du climat, de la forêt et de la biodiversité, de renforcer le cadre légal sur l'exploration et l'exploitation pétrolières en RDC, en vue de garantir la protection de l'environnement et les droits communautaires.

La société civile a aussi exhorté le secteur privé, dont les entreprises pétrolières, à respecter les standards internationaux et les normes internationales environnementales qui interdisent toute opération d'exploration et d'exploitation pétrolières dans les parcs du patrimoine mondial, à engager un dialogue social avec les communautés riveraines avant le lancement de tout projet pétrolier dans le pays, à mener des études d'impact environnemental et social avant toute opération contractuelle dans un Etat fragile.

Les partenaires au développement ont, quant à eux, été appelés à appuyer techniquement et financièrement la demande des OSC pour la protection et la valorisation des parcs nationaux, sites du patrimoine mondial en RDC, à partager les informations sur les initiatives d'exploration et d'exploitation pétrolières et les normes internationales y afférentes avec les OSC particulièrement, subordonner toute aide à la RDC au respect des engagements et accords qu'elle a ratifiés.

Plusieurs centaines de signatures attendues

Cette déclaration faite au cours de la conférence de presse a été préparée depuis le début de ce mois. Les organisateurs de cette action attendent les signatures des autres organisations basées en provinces pour déposer les copies auprès des personnalités, structures et institutions visées. La société civile attend d'elles concrètement leurs interventions en vue de « sauver ces sites, listés dans le patrimoine mondial ».

Mais déjà, en présentant ces parcs et en montrant leur importance, les OSC ont déploré les pertes en vies humaines enregistrées par le gestionnaire de ces sites, l'Institut congolais pour la conservation de la nature dans le rang de son personnel. La dernière en date est celle de l'écogarde Rachel Masika, tuée alors qu'elle protégeait deux touristes dans le parc. « En agissant comme cela, c'est comme si on disait que tous ces Congolais sont morts pour rien », a regretté le coordonnateur du Réseau ressources naturelles, Joseph Bobia.

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