26 Mai 2018

Cameroun: Conditions d'hygiène désastreuses - La mort rôde dans les prisons camerounaises

Emmanuel Ngong a failli passer de vie à trépas dans sa cellule de la prison de Mbanga, à soixante kilomètres de Douala. Il n'a été transporté dans un centre de santé que quelques heures avant sa mort. «Il était malade depuis longtemps et abandonné par sa famille. On s'est débrouillé avec nos modestes moyens pour l'aider. Hélas... », se désole Jean jacques Kwedi, chef du bureau de la discipline à la prison de Mbanga.

Ici, les malades reçoivent les premiers soins dans une cellule sans lit où ils dorment sur le sol nu. Ils ne sont transportés à l'hôpital qu'à l'initiative de leurs parents ou à l'article de la mort, faute de moyens. Sans infirmerie, le pénitencier n'emploie qu'un infirmier.

La promiscuité qui y règne (300 personnes pour 150 places) favorise le développement de diverses maladies. Environ 80 personnes s'entassent dans de minuscules cellules que ventilent deux trous d'aération. La fosse de l'unique WC à leur disposition déborde dans la minuscule cour de la prison et charrie des odeurs nauséabondes. «Nous nous servons régulièrement de ce bâton pour pousser les excréments en dehors de la prison. Tant pis pour les riverains», nous indique un prisonnier. «Ce sont ces pires conditions qui rendent les gens malades ici», ajoute-t-il. «Il faut être chanceux pour rentrer en prison et en ressortir en bonne santé même quand vous avez le soutien de vos parents», constate Jean-Jacques Kwedi.

Phénomène généralisé

Les détenus de la prison de Douala, l'un des pénitenciers les moins mal lotis du pays ne sont pas épargnés. A Mbanga comme ici où existe une infirmerie, on ne dispose que des médicaments de première nécessité qui sont, en outre, insuffisants face à la forte demande, les conditions de détention favorisant toutes sortes de maladies (tuberculose, paludisme, diphtérie, choléra, maladies de peau, fièvres

intermittentes). Chaque prison reçoit une dotation financière pour les soins des détenus.

Celle de Douala encaisse 4 000 000 Fcfa pour près de 3000 pensionnaires (un peu plus de 1300 par prisonnier) contre 600 000 Fcfa pour la prison de Mbanga (2 000 par prisonnier). Trop insuffisant.

Les règles minima pour le traitement des détenus adoptées par les Nations Unies à Genève en 1955 recommandent des installations sanitaires pouvant permettre au détenu de satisfaire ses besoins naturels au moment voulu, d'une manière propre et décente. «Les installations de bain et de douche doivent être suffisantes pour que chaque détenu puisse être mis à même et tenu de les utiliser... » Selon le même

document, chaque établissement pénitentiaire doit disposer d'un médecin qualifié. «Pour les malades qui ont besoin de soins spéciaux, il faut prévoir le transfert vers des établissements pénitentiaires spécialisés ou vers des hôpitaux civils».

Le coup de pouce des ONG

La mortalité est cependant en baisse dans quelques prisons locales et notamment à Douala, grâce à l'appui de la GTZ, un organisme allemand de coopération internationale. De 99 cas de décès en 2005, la prison de Douala n'en a enregistré que 29 en 2010. «De plus en plus souvent , il se passe un mois voire deux, sans que l'on enregistre un mort «, se félicite le Dr Amougou Ello, médecin de la prison de Douala. «Jusqu'en 2004, il y avait beaucoup de désordre, et tellement de décès dus au Sida et à la tuberculose. Le taux de prévalence de la tuberculose dans cette prison était de trente cinq fois supérieur à celui de la population globale», ajoute-t-il.

A Douala comme dans plusieurs autres prisons du pays, l'appui de la GTZ permet de plus en plus d'examiner tout nouveau détenu. «Nous avons institué une visite systématique pour tous les prévenus dès leur incarcération. Le nouveau détenu a au plus tard 48h pour être examiné par le corps médical.

Ce qui nous permet de dépister, dès leur entrée, les malades porteurs de tuberculose et ceux porteurs du VIH. L'autre but est de dépister chez ces nouveaux détenus des antécédents de pathologie chronique telle l'hypertension, le diabète, le cancer, etc. «, explique le Dr Amougou Ello. Une pratique qui rejoint les recommandations des règles minima pour le traitement des détenus.

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