30 Mai 2018

Burkina Faso: Démantèlement réseau terroriste à Rayongo - 8 jours après, certains hésitent à rentrer chez eux

Une semaine après l'assaut mené par la gendarmerie contre une cellule terroriste à Rayongo, la quiétude n'est toujours pas totalement revenue dans ce quartier situé à la périphérie sud-est de la capitale. La preuve, certains habitants ne sont pas encore retournés chez eux.

Il y a dix jours de cela, peu de monde connaissait le nom de ce quartier situé aux confins de l'arrondissement 11 de Ouagadougou. A la faveur d'un récent lotissement, des villas de tous standings y ont pourtant poussé au milieu des habitats modestes des autochtones.

Isolé, calme, le quartier s'est développé loin des grands axes. La principale route, bordée de pylônes haute tension de la SONABEL, qui y mène est d'ailleurs peu carrossable.

Le 22 mai 2018, Rayongo va sortir de l'anonymat et se retrouver sous les feux des projecteurs : l'unité spéciale de la gendarmerie y a pris d'assaut, dans la nuit, une des nombreuses villas en location où s'était retranchée une cellule terroriste attirée sans doute par le biotope idéal de la zone.

Bilan : trois terroristes abattus, un capturé, un pandore tué et un nom, Rayongo, désormais couvert de sang. Une mauvaise publicité dont aurait aimé bien se passer le Rayong Naaba Boulga. Une semaine après les faits, le chef est amer mais n'exprime ses états d'âme qu'après nous avoir offert l'eau de l'étranger dans une calebasse bien de chez nous.

Cet acte d'hospitalité accompli, le ton devient moins amical : « Qui vous a envoyés ? Pourquoi c'est maintenant que vous venez ? ». « Sa majesté » reproche aux autorités politiques et administratives, aux journalistes et aux militaires, qui passaient devant sa cour pour monter au front, précise t-il, de ne lui avoir pas accordé tous les égards dû à son rang.

«Personne, jusqu'au moment où je parle, n'a mis pied dans ma cour ni même essayé de m'entendre. Ça ne sert à rien que je m'exprime maintenant ».

Naaba Boulga n'acceptera finalement de mettre un peu d'eau (de puits) dans son vin que grâce à l'intervention d'un vieux du quartier et au trésor de diplomatie déployé par notre photographe, Emmanuel Ilboudo, qui n'est pas Nakombs-naaba de Tanghin pour rien. Mais tout son tact n'a pas suffi à convaincre son pair de se faire photographier.

« J'ai entendu les tirs à l'aube. J'ai alors demandé à ma famille de se barricader », raconte le dépositaire des coutumes. Il se souvient d'avoir décroché son téléphone plusieurs fois au lever du jour pour rassurer des interlocuteurs, qui appelaient parfois de l'extérieur du pays, à qui parvenaient les rumeurs les plus folles sur la situation qui prévalait dans sa localité. « Rayongo n'a pas changé, c'est toujours le même quartier. Est-ce que quand vous êtes venus, quelque chose vous est arrivé ?», demanda-t-il.

« Pourvu que ce soient de bons voisins ! »

C'est vrai que ce petit coin de Ouagadougou avait retrouvé sa tranquillité en cet après-midi du 30 mai 2018. Les journalistes ont remballé depuis belle lurette caméras et appareils photos et la présence militaire autour de la planque des terroristes dont l'entrée est barrée désormais par une tôle, n'était plus qu'un souvenir.

Les balles ont creusé de nombreuses meurtrières dans le mûr à travers lesquelles on peut voir le bazar qui règne à l'intérieur après la fouille minutieuse des lieux par les enquêteurs, en témoignent les pavés renversés.

Dans le voisinage, tout le monde se souvient de quelle technique de survie il a employée lorsque les balles sifflaient : « Je me suis blotti sous le lit » ; « Mon mari s'est caché derrière une planche, il n'y avait plus de place pour moi » ; « On est resté éveillé et on a prié ».

Autant d'histoires racontées avec toujours une pointe d'amusement, maintenant que l'orage est passé. La peur, elle, reste pourtant présente. « Il y a des habitudes qui ont changé : on ne traîne plus dehors, tard la nuit », confie Latif, un lycéen. « Je me boucle désormais à double tour les soirs », souligne, pour sa part, Djénéba Coulibaly qui vend des légumes et des condiments devant la demeure prise pour cible.

Elle nous apprend que certains habitants des autres villas en face de la planque des terroristes ne sont toujours pas revenus chez eux malgré le temps passé. « Je les comprends, ils ont eu très peur », soupire la commerçante qui garde toujours un œil sur ses gamins qui jouent à proximité.

Mamounata Nikiéma, une voisine venue acheter des tomates fraîches, se souvient d'une discussion qu'elle a eue avec Djénéba quelques jours après l'arrivée des terroristes.

« Un jour on a vu un véhicule devant la porte. On se réjouissait d'avoir enfin des voisins. Et on s'était dit : pourvu que ce soient de bons voisins ! » La suite ? Elles apprendront par les coups de feu, comme tous les habitants du quartier, que leurs nouveaux voisins n'étaient pas des enfants de chœur.

Malgré la dizaine de jours qu'Abdoulaye Sawadogo, le cerveau, et son groupe infernal ont passée dans leur repaire, les deux femmes ne verront leurs visages qu'après leur mort, lorsque les corps de trois d'entre eux giront dans la rue. Reclus, ils n'avaient pas en effet de contact avec le voisinage. Pas même une seule fois, ils ne sont allés chez le boutiquier du coin pour quelques achats que ce soient.

Deux jeunes croisés dans un grin assurent, eux, avoir quelques fois aperçu les locataires de la fameuse villa : « Souvent vers 23h, je les voyais en train de causer devant la porte » ; « j'ai vu un jour le big (Ndlr : le gros) en train de faire du footing ».

Du footing ? Sans doute pour être en forme le jour où ils allaient passer à l'action. Dieu merci, l'Unité spéciale de la gendarmerie ne leur en a pas laissé ce loisir.

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