1 Juin 2018

Tchad: Le système judiciaire en ébullition

Photo: Dany Danzoumbé/IRIN
Dans les rues de N'Djamena capitale du Tchad

Au Tchad, c'est tout le système judiciaire qui est vent debout. Un mouvement de colère parti de la ville de Doba dans le sud du pays, lorsque, le 22 mai, des gendarmes ont tiré sur un avocat et ses clients, dans l'enceinte du palais de justice. Les avocats se sont alors mis en grève. Ils ont été rejoints par les huissiers et notaires et depuis ce jeudi par les magistrats.

A l'issu d'une assemblée générale, ce jeudi, à Ndjamena, les magistrats ont décidé de se lancer avec effet immédiat dans une grève illimitée. L'évènement qui eut lieu, il y a une dizaine de jours, à Doba remet en cause à leurs yeux « la primauté de la loi sur la force ». « Inadmissible », assure le secrétaire général de ce syndicat, Djonga Arassi.

Avant toute reprise, ils exigent donc du gouvernement la libération des trois prévenus relaxés par un juge à Doba et arrêtés de nouveau par les gendarmes. Ils demandent aussi la destitution puis l'arrestation du gouverneur et du commandant de la légion de gendarmerie de Doba, à l'origine de ce scandale, selon le syndicat.

Toutes les professions libérales liées à la justice ont donc décidé de prolonger d'une semaine la grève des prétoires, comme l'explique le secrétaire général de l'Ordre des avocats, Jean Sirina : « Nous avons décidé de reconduire la grève pour une semaine parce que ces autorités jusqu'à ce matin sont en fonction. Elles ne sont pas inquiétées. C'est pourquoi nous reconduisons le mot d'ordre de grève, non plus pour trois jours, mais pour une semaine, jusqu'à ce que ces autorités soient démises de leur fonction et mises immédiatement à la disposition de la justice pour le compte de leurs actes. Si on n'a pas ce préalable, nous n'allons pas reprendre la robe. C'est clair ».

Véritable ras-le-bol des syndicats

L'incident, qui met le feu aux poudres, est survenu dans le sud du pays. Ce jour-là, un juge relaxe pour défaut de charges trois hommes accusés d'association de malfaiteurs et qui croupissaient en prison depuis neuf mois. Leur avocat va les chercher en voiture à la maison d'arrêt de Doba. Trois véhicules remplis de gendarmes se lancent alors à sa poursuite, en tirant sur le véhicule, selon le syndicat des magistrats.

L'avocat parvient à se réfugier dans la cour du palais de justice de la ville, mais les gendarmes s'y engouffrent à leur tour en tirant dans tous les sens. Ses trois clients auraient été bastonnés avant d'être emmenés par les gendarmes, qui les détiennent depuis lors dans leurs cachots, selon toujours ce syndicat qui fait part de son « ras-le-bol » devant la multiplication de tels incidents.

Le ministre tchadien de la Justice, Djimet Arami, a déploré cet incident : « C'est un acte qui ne me semble pas du tout compatible avec la mission de la justice. Alors il y a une mission de l'inspection générale des services judiciaires et de la gendarmerie qui a été envoyée sur le terrain. Les avocats vont vite en besogne parce que là il faudrait attendre que le rapport soit fait et puis que les responsabilités soient fixées. Certainement, il va y avoir la réaction du gouvernement ». Il appelle donc à la patience.

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