12 Juin 2018

Rwanda: Carte postale / Rwanda, d'une histoire tragique au «grand bond» en avant - Mille et un «clichés» du pays des mille collines

24 ans après le génocide, le Rwanda cherche à se départir de son histoire tragique. Le pays est en pleine croissance économique avec un taux annuel d'environ 8%. La particularité de ce pays, c'est aussi la propreté de toutes ses villes et le civisme de ses citoyens. Un bémol toutefois, à côté de cette vie pleine d'avancées, certaines populations, surtout celles du monde rural, restent confrontées à une très grande pauvreté

LE RWANDA, UN PAYS A LA BEAUTE SPLENDIDE

En cette matinée de dimanche, alors que le pays est encore enveloppé d'un amas de nuages, le Boeing de la compagnie Kenya Airways, qui assure la liaison Nairobi/ Kigali/Bujumbura, se pose enfin sur le tarmac de l'aéroport international du Kigali. Le voyage a été long... très long même. Il aura fallu environ 13 heures pour rallier Kigali au départ de l'Aéroport International Blaise Diagne de Diass (AIBD). Le temps de vol bouclé, les Boeings de la compagnie Rwandair au sol sur le tarmac de l'aéroport international de Kigali montrent qu'on est bien arrivé. Le pays de Paul Kagamé séduit ses visiteurs grâce à cette beauté qui vous attire. Ses maisons aux toits rouges en forme de pyramide, sur lesquelles dardent les rayons d'un soleil peu ardent, se dressent majestueusement perchées sur les collines. Kigali est en plein essor économique, en atteste les nombreux nouveaux bâtiments. En dehors de la ville, c'est une végétation luxuriante, des arbres taillés par une experte main divine, des ruisseaux qui courent le long des campagnes, qui plongent le visiteur dans un havre de paix au milieu d'une nature bien verdoyante. La particularité du Rwanda c'est cette verdure présente tout au long de l'année. Il y pleut quasiment tout le temps. Le pays des Mille collines reste en permanence avec cette verdure naturelle qui fait bien des jaloux. Le Lac Kivu y coule dans sa partie frontalière avec la République démocratique du Congo, dans la province Est.

L'HOSPITALITE, UNE REALITE BIEN RWANDAISE

Un Sénégalais qui voyage au pays de Paul Kagamé n'a pas besoin de visa. Une entente entre les deux pays qui traduit sans nul doute la considération des Rwandais envers le peuple Sénégalais. Le contrôle rigoureux de la police des frontières s'estompe après la présentation du passeport sénégalais. Les nombreuses questions sur l'objet de la visite cèdent la place à un rire amical et quelques mots en français pour s'enquérir de la vie à Dakar. Les Rwandais sont accueillants. La tradition du pays voudrait que l'invité soit reçu par des chants et des danses. Seuls ou en groupe, les habitants de la campagne font de l'accueil de l'invité un moment de communion.

LA PAUVRETE DANS LE MONDE RURAL, LA FACE HIDEUSE DU RWANDA

L'histoire dramatique du Rwanda, victime d'un génocide qui a causé la mort de 800.000 personnes, est une marque indélébile dans la vie du pays de Paul Kagamé. Le pays tente vaille que vaille de se relever de cette atrocité. Des politiques de développement sont menées pour lutter contre la pauvreté. Cependant, la faiblesse des revenus est très perceptible en milieu rural. A Kibuye, un village dans le district de Muhanga, la pauvreté est telle que certaines familles ne peuvent pas assurer les trois repas de la journée... Le quotidien des enfants en souffre. Affamés, leur scolarité en fait les frais. En parcourant le Rwanda, il est très facile de rencontrer des gens, tous âges confondus, qui laissent apparaître des signes de fatigue. En bicyclette ou à pied, on les aperçoit à la tâche. Le quotidien de l'enfant issu de familles pauvres au Rwanda n'est pas de tout repos. Ils sont mal vêtus, pieds nus et très souvent incapables d'être nourris à leur faim. Au Rwanda, il existe des personnes vulnérables, pauvres au point d'être marginalisés ou de se cacher du public. Une dame trouvée dans un village dans le district du pays raconte qu'elle ne bénéficiait d'aucune considération à cause de la faiblesse de ses revenus. C'est avec l'argent qu'elle commence à gagner petit à petit, provenant du projet initié par le Programme alimentaire mondial (Pam), qu'elle s'est payé une vache, une machine à coudre et a pu inscrire ses enfants à l'école. La vie au village dans les coins les plus reculés du Rwanda n'est pas facile pour plus d'un.

174.922 REFUGIES ACCUEILLIS AU RWANDA

En fin d'avril 2018, 174.922 réfugiés ont été recensés au Rwanda. Parmi eux, 75.262 Congolais, dont 8727 demandeurs d'asile. 90146 réfugiés burundais sont aussi accueillis au Rwanda. A l'Est du pays dans le district de Gastibo, un camp de réfugiés congolais accueille 15.907 pensionnaires dont 4156 chefs de ménages, 14.533 refugiés et 1374 demandeurs d'asile. 99% des personnes qui vivent dans le camp sont des Congolais originaires du Nord Kivu. Ils viennent aussi des provinces au Sud de Kivu et de l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

L'accès au camp n'est pas facile. Selon le porte-parole des refugiés de ce camp Justin Byiringiro, le lieu manque de tout. Le poste de santé ne peut pas accueillir les malades souffrant de certaines pathologies. Les habitants du camp de Nyabiheke ne peuvent pas exercer d'activités génératrices de revenus à part le commerce. Ils n'ont pas accès à la terre, de l'avis de Justin Byiringiro. L'accès à l'emploi dans les centres urbains n'est pas facile non plus. Bâti sur environ 6 hectares, le camp s'est révélé trop exigu pour accueillir tout son monde. A l'avenir, le cimetière risque d'être plein sans qu'un autre espace ne soit trouvé. L'aide humanitaire dont bénéficient les réfugiés n'est pas toujours accessible aux demandeurs d'asile. Par conséquent, ces derniers ont du mal à survivre. Pour le directeur du camp, André Fouganez, le Rwanda étant un petit pays avec de nombreux ressortissants désireux de revenir, il est difficile d'octroyer des terres à des réfugiés venus d'autres pays. Pour l'administrateur associé chargé du terrain de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, Edem Akpaklil, bien qu'il existe une loi pour permettre aux refugiés d'accéder au marché de l'emploi, les gens ne veulent pas leur donner du travail. Assurer tous les repas quotidiens est quasi impossible pour de nombreuses familles qui vivent dans le camp de Nyabiheke.

Le programme alimentaire mondial y distribue une dotation céréalière par jour aux femmes enceintes et aux enfants âgés de moins de deux ans. Florence Mumaranza, une mère de huit enfants, raconte qu'en cas de non éligibilité, la famine s'installe. « Je souhaiterai que tout le monde puisse bénéficier de ce programme. En ce qui me concerne, pendant les périodes où je ne suis pas éligible, je réduis mes repas quotidiens. Les enfants dorment affamés». Florence Mumaranza est actuellement éligible parce qu'elle est mère d'un enfant d'un mois. La préoccupation de Florence est partagée par Aline Ngirankanama, une jeune femme de 32 ans. Après la période concernée, elle réduit la quantité de nourriture. A cause de la famine et de la malnutrition qui guettent les enfants, elle souhaite que l'aide soit étendue aux enfants vivant avec le Vih, aux tuberculeux et à ceux souffrant de maladies chroniques. Les enfants issus du camp fréquentent l'école. L'assistance s'y fait aussi par l'octroi d'un plat quotidien à base de bouillie. Selon les autorités rwandaises, les réfugiés n'ont certes pas accès à la terre, mais ils sont libres de tout mouvement. Mieux, un programme est annoncé pour accroitre leur chance d'avoir un emploi

Niamirambo, le quartier des Sénégalais

L es ressortissants ouestafricains, notamment les Sénégalais et les Maliens établis à Kigali, vivent à Niamirambo. Estimés à une cinquantaine, les Sénégalais s'activent dans le commerce et la couture. Des boutiques au nom de la cité religieuse de Touba, des tissus conçus selon la mode sénégalaise, s'offrent à la vue du visiteur. Niamirambo se distingue de par son mélange culturel. Les communautés y vivent en harmonie. Niamirambo, est le quartier où on l'on retrouve la communauté musulmane de la capitale rwandaise. La souvenir sénégalais au Rwanda, c'est aussi le capitaine Mbaye Diagne. Au musée du génocide, un espace lui est réservé. Très peu connu, ou pas assez au Sénégal, le capitaine Mbaye Diagne est un héros au Rwanda. « Il a sauvé beaucoup de personnes pendant le génocide. Le peuple rwandais lui sera éternellement reconnaissant », soutient un jeune homme rencontré non loin de l'ambassade de Suisse à Kigali.

ORDRE ET PROPRETE

Dans la soirée du dimanche 27 mai 2018, à quelques heures de la tombée de la nuit, dans la capitale rwandaise, me promenant au bord de la route, j'ai fortement senti ces regards furtifs dont je faisais l'objet très souvent et qui m'ont souvent poussée à me remettre en question. Qu'ai-je fait d'anormal pour mériter autant d'attention ? L'équation est vite trouvée. Je marchais à côté des voitures, chose peu commune au pays de Paul Kagamé. Habituée à me faufiler parmi les voitures et les nombreux obstacles sur le trottoir, j'ai ramené, sans vraiment m'en rendre compte, mes mauvaises habitudes, dans un pays où la réalité est tout autre. Oui, la différence est palpable. Dakar n'a rien de Kigali. Dans cette capitale, il est impensable de marcher au bord de la chaussée. La population est plutôt habituée à laisser la route aux voitures et aux motos pour arpenter les trottoirs qui existent et qui sont dédiés aux piétons. Et il est aisé d'y circuler. Il n'y a ni tabliers encore moins de mendiants. La voie est libre, propre, bordée de fleurs et d'arbres bien taillés. Ce n'est pas trop dire que d'affirmer qu'il fait bon vivre à Kigali tellement la ville est propre. Aucun animal ne divague, aucune mouche ne vivote, aucun mendiant ne t'oblige à lui accorder quelque attention. La saleté et les sachets plastiques y sont bannis. Cette propreté n'est pas spécifique à la capitale.

Partie au Rwanda pour un programme qui m'a amenée à faire le tour du pays en cinq jours, je n'ai pas vu le moindre désordre dans toute mon odyssée. Tout est propre. Même dans les villages les plus reculés, il est impensable de voir la moindre immondice. Les villageois sont aussi dans cette logique. Dans les villes, il y a des collectes d'ordures, alors que les campagnards, eux, sont obligés d'enterrer leurs déchets. Malgré tout, ils se soumettent à cette politique de propreté. Le nettoyage, au-delà des lieux d'habitations, est une réalité au Rwanda. En voyageant à l'intérieur du pays, il est très fréquent de voir des femmes balayer le long de la route. La propreté, l'ordre, c'est une mentalité que les Rwandais ont acquise. « Au début, les gens se disaient que c'est impossible, maintenant ce n'est plus le cas. Tout le monde se sent concerné », dit Jean Claude, un fonctionnaire rwandais du Système des Nations unies. C'est que la propreté du Rwanda préoccupe son président, Paul Kagamé. Et pour cela, il n'hésite pas à sanctionner les élus qui n'ont pas été à la hauteur de leurs engagements. « Fréquemment des rencontres sont organisées autour du président. Tous les élus y participent.

Le président Paul Kagamé profite de ces assemblées pour analyser les différents engagements des uns et des autres. En cas de manquements, le fautif est démis de ses fonctions », explique Jean Claude. Le système de transports, lui aussi, est bien organisé. Les motocyclistes portent des casques et des gilets. Le port du casque est aussi obligatoire pour le client. Depuis 14 ans, l'usage des sachets plastiques est interdit au Rwanda. Contrairement au Sénégal, toute la population s'est soumise à cette directive. « Les gens disaient qu'il n'est pas possible de vivre sans les sachets. Maintenant, ce n'est plus le cas. On n'en voit pas dans tout le pays », raconte Hector, un chauffeur de taxi.

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