13 Juin 2018

Afrique: Une rencontre, des avancées indéniables

Le sommet de Singapour était attendu depuis longtemps. C'était un moment fort du calendrier de l'actualité internationale.

D'autant plus fort qu'au-delà de la question de la dénucléarisation de la Corée du Nord, et du désamorçage du danger qu'elle représentait pour ses voisins -- Corée du Sud et Japon en tête, mais pas seulement -- quelque chose de plus large se jouait. Les négociations avec Pyongyang peuvent donner le la par rapport à un programme qui toucherait d'autres pays, dans la perspective finale de la suppression de cette épée de Damoclès que les hommes se sont installés un jour au-dessus de leur tête.

Mais, pour attendu qu'il fût, ce sommet n'a pas manqué de faire planer le suspense autour de sa tenue. La raison essentielle à cela étant la conduite du président américain qui, lors de la réunion du G7 au Québec, c'est-à-dire deux jours avant le sommet de Singapour, a encore donné un exemple de sa conduite imprévisible et hors norme, par laquelle il a montré le peu de cas qu'il faisait de ses propres alliés traditionnels... Engagé désormais contre eux dans une guerre douanière, il a en revanche regretté l'absence de Poutine, contre lequel il a pourtant été à deux doigts du clash militaire sur le sol syrien en mi-avril, à l'occasion du bombardement des sites soupçonnés d'abriter des armes chimiques dans la ville de Homs. A-t-on vu comportement aussi changeant de la part d'un dirigeant éminent ? Mais il est devenu presque incongru de s'en étonner, tant Donald Trump semble s'en soucier comme d'une guigne, ou en jouer gaiement comme d'une technique de brouillage des pistes dont on aurait peine à trouver l'équivalent dans les annales de la diplomatie.

«Ferme et inébranlable»

Une autre raison qui alimentait le scepticisme, c'est le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord nucléaire avec l'Iran. Il y avait, et il y a toujours un problème de crédibilité des Américains en tant que négociateurs, dès lors qu'ils se permettent de revenir sur un accord qu'ils ont signé, qui a été de plus validé par l'Organisation des Nations unies et par rapport auquel il n'existait aucune raison juridique valable pour le dénoncer.

Du reste, ce problème se pose désormais dans ces termes : comment les Etats-Unis s'engagent dans un accord nucléaire avec un pays qui, par le passé, a rompu ses engagements clairs en matière de dénucléarisation -- en 1994 et en 2005 -- alors qu'ils viennent eux-mêmes de se désengager d'un accord dont le partenaire s'est montré jusqu'à présent irréprochable dans son application ? Il y a là un problème de double standard qui ne passe pas inaperçu et qu'on ne saurait ignorer.

Mais bon, les faits sont là : Donald Trump et Kim Jong-Un se sont rencontrés, se sont donné une longue poignée de main, ont eu un tête-à-tête d'une quarantaine de minutes, une longue séance de travail par la suite et ils se sont accordé un déjeuner en commun. Ils ont signé, pour finir, un document, l'accord de Singapour ! Le tout dans une ambiance de bonne humeur. Après quoi, Kim Jong-Un étant reparti chez lui, le président américain l'a gratifié d'adjectifs flatteurs : «Très bon négociateur», « très talentueux »... On apprend par ailleurs que les deux hommes se sont échangé les invitations à se rendre visite dans leurs capitales respectives, et que le dirigeant nord-coréen a d'ores et déjà accepté de venir à Washington. Qui s'en plaindrait dès lors que, à la clé, il y a la promesse d'un monde plus sûr !

Même si on est en droit de se montrer prudent sur le contenu précis de l'accord, il est indéniable que la tonalité générale est celle d'une évolution très réelle de la situation. La Corée du Nord, contre toute attente, en avait donné un signe éloquent le 25 mai dernier à travers une opération de destruction d'un site nucléaire pour laquelle des journalistes avaient été invités. Les mécontents dans cette affaire sont surtout les militants des droits de l'Homme, qui voient d'un mauvais œil une sorte de réhabilitation internationale d'un «dictateur» dont les opposants croupissent encore aujourd'hui dans les prisons et qui mène chez lui une politique liberticide sans merci. D'autres attirent cependant l'attention sur le fait que l'accord signé ne prévoit rien de nouveau par rapport à d'anciens accords existants et que Pyongyang, nous le disions, n'a pas respectés. Ils soulignent que le texte ne mentionne pas les termes «vérifiable» et «irréversible» à propos du processus de dénucléarisation. Il y est question de «dénucléarisation complète de la péninsule», et d'un engagement « ferme et inébranlable » de la Corée du Nord dans ce sens : formulation qui est jugée plus vague... Enfin, on indique que le calendrier des opérations de démantèlement n'est pas précis...

Un autre sommet en vue

Ces remarques, toutefois, sont peu convaincantes dans la mesure où la rencontre de Singapour est, comme dit le Premier ministre japonais, un « premier pas ». De nouvelles négociations sont d'ailleurs prévues dès la semaine prochaine. En outre, on fait remarquer côté américain que l'ensemble des sanctions imposées à la Corée du Nord sont maintenues et ne seront levées que le jour où la dénucléarisation sera effective. Le président américain affirme pour sa part qu'il y aura vérification sur le terrain, sans toutefois préciser de quelle façon... Mais l'élément le plus important, c'est l'engagement de Kim Jong-Un qui, avec le soutien de l'allié chinois, a décidé de ne pas y aller à reculons : dans la foulée du site nucléaire détruit le 25 mai, il est question d'un autre site, celui-là d'essai balistique, qui sera détruit prochainement.

Bref, tout le monde attend que le train de la dénucléarisation avance sur ses rails et que, à partir de la péninsule coréenne, il gagne d'autres parties du monde... On parle déjà d'un sommet Trump-Poutine qui porterait sur la même question. Que le président américain fasse le trublion tant qu'il voudra, qu'il bouscule les convenances à sa guise, qu'il heurte par certaines de ses décisions mêmes : si au final, en toute fin de parcours, cela peut se traduire par des avancées substantielles, ici ou ailleurs (et on l'attend ailleurs, dans un Orient plus proche !), que le spectacle continue...

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