13 Juin 2018

Afrique de l'Ouest: Le chef de l'humanitaire de l'ONU appelle à éviter le pire au Sahel

Photo: Unicef
Les visites mensuelles des dispensaires itinérants et les campagnes de sensibilisation figurent parmi les moyens mis en œuvre pour combattre la malnutrition.

Le chef de l'humanitaire de l'ONU, Mark Lowcock, s'est déclaré de plus en plus préoccupé par la situation au Sahel, où près de 6 millions de personnes au Burkina Faso, au Tchad, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Sénégal luttent pour subvenir à leurs besoins alimentaires quotidiens et où la malnutrition sévère menace la vie de 1,6 million d'enfants.

Il s'agit de la crise la plus grave que connaît la région depuis celle de 2012, et les mois les plus critiques sont encore à venir.

« Les gouvernements de la région ont réussi à surmonter la crise il y a six ans. Je suis encouragé par les efforts déployés par les partenaires régionaux pour intensifier leurs opérations à la suite des signes avant-coureurs. Mais la détérioration rapide de ces derniers mois révèle un besoin urgent d'un plus grand soutien des bailleurs de fonds », a dit Mark Lowcock, qui est le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, dans une déclaration à la presse publiée mardi.

Il a rappelé que la crise a été déclenchée par des précipitations rares et irrégulières en 2017, entraînant des pénuries d'eau, de cultures et de pâturages et des pertes de bétail. Les éleveurs ont dû entreprendre le mouvement saisonnier du bétail quatre mois plus tôt et beaucoup plus loin que d'habitude. Cela a également augmenté la probabilité de conflit avec les communautés paysannes en matière de ressources, d'eau et de terres.

Dans ce contexte, la sécurité alimentaire dans la région s'est détériorée. Les stocks alimentaires sont déjà épuisés pour des millions de personnes. Les familles réduisent les repas, retirent les enfants de l'école et renoncent à des traitements médicaux pour économiser de l'argent pour la nourriture. Les taux de malnutrition aiguë sévère dans les six pays ont augmenté de 50% depuis l'année dernière. Un enfant âgé de moins de cinq ans sur six a maintenant besoin d'un traitement urgent pour survivre.

Une mère caresse la tête de son bébé mal nourri dans le centre pour la mère et l'enfant de la ville de Diffa, au Niger.

Le nombre de personnes ayant besoin pourrait atteindre 6,5 millions

Pendant cette période de soudure sévère, qui devrait durer jusqu'en septembre, le nombre de personnes ayant besoin de soutien alimentaire et de subsistance pourrait atteindre 6,5 millions.

Mark Lowcock s'est dit surtout préoccupé par le Burkina Faso, le Tchad, le Mali et la Mauritanie. Au Burkina Faso, par exemple, le nombre de personnes confrontées à l'insécurité alimentaire a déjà presque triplé depuis l'année dernière. Au Mali, le nombre de personnes en « situation d'urgence » a augmenté de 120%. En Mauritanie, les taux de malnutrition aiguë sévère sont les plus élevés depuis 2008.

Avec le soutien de l'ONU et de ses partenaires, les autorités nationales ont élaboré des plans d'intervention axés sur les besoins pastoraux et de sécurité alimentaire. Une intensification des opérations pour atteindre 3,6 millions de personnes avec des interventions de sécurité alimentaire est déjà en cours. Les interventions critiques en matière de nutrition sont intensifiées dans les zones où les seuils d'urgence ont été dépassés. Un soutien technique continu aux gouvernements et aux organisations régionales aide à atténuer les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs.

« Si l'insécurité accrue a compliqué la fourniture de l'aide dans certaines parties de la région, la présence humanitaire au Sahel et la capacité à fournir des services sont plus fortes que jamais. Les organisations régionales, nationales et locales sont prêtes à renforcer leur aide et à répondre à des besoins exceptionnels », a estimé le chef de l'humanitaire de l'ONU.

Mais, Mark Lowcock a noté que les programmes d'intervention des Nations Unies dans les six pays touchés ne sont financés qu'à hauteur de 26%. La semaine dernière, il a débloqué 30 millions de dollars du Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF) pour aider à intensifier les efforts de secours dans la région. « J'appelle instamment les donateurs à fournir des fonds supplémentaires. Nous pouvons toujours éviter le pire », a-t-il conclu.

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