14 Juin 2018

Afrique de l'Ouest: Mamadou Ndiaye, président du Conseil régional de l'épargne publique et du marché financier - « Il est parfois plus intéressant de s'endetter pour financer son projet que d'utiliser ses ressources propres »

interview

Selon le président du Conseil régional de l'épargne publique et du marché financier (Crepmf), Mamadou Ndiaye, un Etat gagnerait plus à solliciter le marché financier parfois que de puiser dans ses ressources propres pour financer un projet de développement. Aussi, ajoute-t-il dans cet entretien, le fait pour un pays de solliciter le marché financier international avec succès montre que le pays émetteur est de bonne qualité, estime-t-il, pour relativiser une certaine idée selon laquelle des pays africains comme le Sénégal qui sollicitent le marché, s'endettent à un rythme inquiétant.

Le Crepmf était à Dakar du 04 au 05 juin 2018. Quel était l'objet de votre présence à Dakar ?

L'objet principal de notre séjour à Dakar était la tenue de la 75eme session ordinaire de notre organe. En marge de cette session, nous avons organisé une journée de sensibilisation et d'information sur le marché financier régional. Le Crepmf a saisi l'occasion de sa présence à Dakar pour s'entretenir, avec les étudiants du Cesag, des universités et grandes écoles de commerce sur l'organisation, le fonctionnement et les opportunités qu'offre le marché financier régional. Cette démarche s'inscrit dans la stratégie de sensibilisation visant l'amélioration de la culture financière dans la zone. Cette cible constitue un important relais dans ce processus. En effet, les étudiants de ces établissements constituent les futurs cadres, dirigeants, opérateurs économiques et potentiels investisseurs. A cet égard, je me réjouis de la forte mobilisation constatée durant cette journée de sensibilisation et d'information.

Au cours de ladite session, le Crepmf a examiné une trentaine de dossiers. Il faut noter que nous sommes dans un processus de réforme qui implique la mise à jour de certains textes internes régissant le fonctionnement de l'organe. Concernant les activités du marché financier régional, nous avons examiné et délivré des agréments à de nouveaux acteurs et autorisé de nouvelles opérations de levées de ressources sur ledit marché. En outre, le Crepmf a examiné d'autres dossiers relatifs à certains chantiers de reformes qui devraient contribuer à l'approfondissement et à l'attractivité du marché ainsi qu'à la protection des épargnants.

Comment remplissez-vous votre rôle de gendarme du marché financier ?

Cette mission peut être perçue sous trois angles. D'abord, il y a l'habilitation des acteurs du marché. En sa qualité de régulateur du marché financier régional, le Crepmf agrée les structures centrales du marché, les intervenants commerciaux. Il approuve également les commissaires aux comptes, les agences de notation et les garants. Il a un rôle de contrôle. A ce titre, le Crepmf dispose d'un pouvoir de contrôle et de sanctions pouvant aller d'une mesure administrative à une sanction pécuniaire ou disciplinaire.

Les missions d'inspection et de contrôle effectuées par les services du secrétariat général du Crepmf et le respect par les acteurs des règles déontologiques des acteurs du marché financier régional contribuent à assurer une certaine éthique au sein de notre marché. En outre, la mise en place des mécanismes de protection des épargnants et d'éducation financière contribuent à renforcer la confiance à notre marché. Le Crepmf assure enfin la gestion des contentieux. En vertu de sa mission de protection de l'épargne et de règlementation du marché financier régional, il dispose d'un cadre de saisine de ses services.

Au-delà des intervenants du marché, les épargnants (personnes physiques ou morales) sont également habilités à saisir le Crepmf, sur son site web ou par tous les autres moyens ou supports, pour toutes plaintes ou réclamations. Les recours reçus par les services du secrétariat général portent essentiellement sur des litiges entre intervenants commerciaux à l'occasion du dénouement d'opérations financières ; entre clients et société de gestion à l'occasion de transfert de titres ou d'événements sur valeurs ; entre clients et société de gestion collective sur la valorisation des portefeuilles ; entre les sociétés de gestion et les structures centrales. Ce qu'il faut retenir c'est que le Conseil régional a des pouvoirs étendus : un pouvoir de contrôle étendu (le secret professionnel peut être opposé au Crepmf), un pouvoir d'information (on ne peut pas nous opposer le secret professionnel), et un pouvoir de sanction. Tout cela est encadré par les textes avec des procédures et des possibilités de recours pour ceux qui sont sanctionnés.

Quelles sont les conséquences sur le marché financier de la faible culture boursière des pays de l'Uemoa ?

C'est un point sensible qui a motivé, en marge de nos travaux de la 75ème session, notre conférence avec les étudiants des écoles de commerce à Dakar. Pour que le marché puisse se développer, il faut des agents économiques qui ont cette culture boursière et qui sollicitent le marché pour faire des placements de leur épargne ou pour mobiliser des ressources. Le marché est le lieu de rencontre des offreurs et des demandeurs de ressources. Si ceux qui détiennent des épargnes n'ont pas cette culture boursière, le marché ne pourra pas aller très loin. Nous nous attelons à promouvoir la culture boursière. Cela se gère dans le temps, ce sont des habitudes, des comportements à avoir dès le bas-âge.

Quel est le potentiel du marché financier de l'Uemoa ?

En termes de mobilisation de l'épargne, qui est un des enjeux qui tenait à cœur les pères fondateurs de ce marché public, c'était d'abord de mobiliser l'épargne intérieur et plus tard l'épargne extérieur et la mettre à la disposition de l'économie. On peut mobiliser davantage d'épargne publique, mais pour cela, il faut proposer des produits attractifs. Seulement, cela demande des acteurs dynamiques qui ont des projets, des innovations financières. Nous, nous réglementons. Les principaux bénéficiaires du marché, ce sont les Etats ou émetteurs. Il y a des entreprises cotées mais l'essentiel des ressources est sollicité par l'Etat. Nous devons élargir notre base d'investisseurs mais aussi celle de ceux qui viennent solliciter le marché.

Récemment, la Senelec est venue solliciter le marché pour un peu plus de 30 milliards de FCfa pour financer un programme d'investissement. Si vous avez cette forme de besoin financier, vous pouvez solliciter le marché. Le potentiel du marché est insuffisamment jeune ; il a été créé en 1998. Au début, il y avait quelques balbutiements mais aujourd'hui, notre marché commence à vivre. Il y a beaucoup d'opportunités à saisir en termes de placements et de levées de ressources. Depuis ces deux dernières années, nous sentons un frémissement ; ce sont de nouveaux acteurs qui viennent. Nous sommes l'organe qui réglemente et qui donne des agréments aux acteurs.

Ces trois dernières années, nous avons eu 20 nouveaux acteurs agréés annuellement sous forme de Sgi (Société de gestion et d'intermédiation) ou de société de gestion de patrimoine ou les apporteurs d'affaires. Le marché est un écosystème où vous avez plusieurs catégories d'acteurs. Nous sommes aujourd'hui submergés par le nombre de demandes d'agréments. C'est un signe qui montre que le marché est très dynamique. Si nous parvenons à mettre en œuvre les réformes décidées par les ministres en mars 2016, cela approfondirait le marché en termes de montants à lever, d'acteurs, de nouveaux produits. Il y a une bourse où on peut acheter ou vendre (des titres) et reprendre sa trésorerie. Ainsi, on peut avoir des titres attractifs.

Par exemple, on n'a pas exploité suffisamment les soukouks, cela montre qu'on peut capter plus de ressources. Tous nos Etats sont engagés dans un processus de financement de leurs infrastructures. La participation des banques à ce financement n'est pas suffisante, car elles financent beaucoup plus les besoins à court terme. Le marché financier est plus indiqué si vous voulez financer des autoroutes par exemple avec des ressources à rembourser sur 5 à 10 ans.

Justement, il y a le problème des ressources longues indispensables au financement de nos économies. Est-ce ce parce que le marché régional est incapable de satisfaire les besoins de nos Etats en ressources longues pour financer le développement, qu'ils recourent au marché financier international à travers des émissions d'eurobonds ?

C'est une question intéressante. Mais tous les Etats utilisent divers types de financement. La nature du financement dépend de la nature du besoin. Pour certains investissements, il faut des ressources adaptées. Nous avons le marché financier, les banques, les institutions de micro finance. Les Etats ou les entreprises qui veulent lever des fonds ont la latitude de solliciter n'importe lequel de ces sources de financement. Généralement, les besoins des Etats sont importants, alors ils sollicitent le marché régional. Nous avons l'Agence Umoa Titres qui accompagne les Etats qui sollicitent le marché régional (bons du trésor, obligations du trésor).

Mais c'est souvent des ressources courtes...

Oui, les bons du trésor, c'est souvent sur deux ans, ce sont des ressources courtes. Mais certains Etats ont levé des ressources longues comme des obligations du trésor sur plus de deux ans, cinq, sept ans. Cela dépend du besoin à couvrir. Les Etats, parfois, sollicitent le marché parce que c'est justifié. Vous avez besoin, par exemple, de 100 milliards de FCfa, vous faites un arbitrage (sur le type de produit financier). Ce n'est pas que le marché régional qui ne peut pas absorber la demande tout de suite, il y a des contraintes de coûts à respecter. Quand on emprunte, on souhaite le faire au coût le plus faible. Si vous avez des conditions très avantageuses sur le marché international, la logique économique n'admettrait pas que vous laissiez des sources de financement nettement moins chères pour privilégier votre marché.

Les Etats empruntent auprès des banques, sur le marché régional et sur le marché international. Il n'est pas donné à tous les Etats de s'adresser au marché international, parce qu'il y a des critères. Il faut être transparent, avoir des règles de bonne gouvernance, une bonne signature, de bonnes performances économiques pour solliciter le marché financier international parce que, là-bas, ce sont des gens qui ne vous connaissent pas. Si vous voulez lancer un eurobond, assurez-vous de respecter tous les préalables. Ceux qui achètent les titres de l'Etat burkinabé ou béninois, sont des banques qui se trouvent par exemple aux Etats-Unis ou à Londres. Elles cherchent à fructifier leurs ressources, donc elles vont les investir sur la base de ces critères de sécurité, de rentabilité, de liquidité.

Quand un Etat veut aller sur le marché financier, il y a toujours une agence de notation qui présente sa carte d'identité (performances économiques, risques politiques, fondamentaux). Il faut s'assurer que le coût de cet endettement ne sera pas prohibitif. Lever 1.200 milliards de FCfa comme le Sénégal l'a fait dernièrement, ce n'est pas notre marché qui pourra répondre. Il y a la nature des ressources, la maturité (durée de remboursement), le taux et les autres conditionnalités. Tout cela est à intégrer dans la prise de décision. Le fait de solliciter le marché étranger avec succès est un autre signal, cela montre que les émetteurs sont de bonne qualité.

Les levées de fonds à l'international étant libellées en devises fortes telles que le dollar, n'y a-t-il pas un risque de change en retour ?

Si l'on émet dans l'Union (marché de l'Uemoa), l'avantage c'est que c'est en franc Cfa, la monnaie locale. Il n'y a donc pas de risque de change. Là, je suis tout à fait d'accord. Si vous vous ouvrez au marché financier international, il y a des risques de change à gérer. Mais tous les émetteurs qui empruntent dans une monnaie qui n'est pas la leur, s'exposent à ce risque de change.

Il y a des instruments appropriés pour couvrir le risque de change. Un risque se gère, l'essentiel est de le minimiser pour ne pas avoir à payer un coût supplémentaire. Le risque de change est inhérent à tous les marchés financiers.

La Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm), c'est seulement 45 sociétés cotées et 41 lignes obligataires pour huit pays. Comment comptez-vous pousser les entreprises à aller à la bourse ?

C'est un point extrêmement important. Le nombre de valeurs cotées est très faible. Mais il y a eu quand même une évolution ces quatre dernières années. Au début, les choses ont beaucoup trainé. La Brvm est une bourse régionale commune à huit pays, mais elle a démarré sur une base nationale, c'était la Bourse d'Abidjan avec des valeurs ivoiriennes. C'est pourquoi, il y a cette prédominance des titres ivoiriens, au-delà du fait que la Côte d'Ivoire est l'économie la plus puissante de l'Uemoa. Puisque nous sommes dans un espace communautaire, les Etats ont décidé de profiter de cet espace en le transformant en bourse régionale commune aux huit pays.

Quand on l'a ouverte aux autres pays, toute entreprise qui respecte les critères d'accès peut y intervenir, comme la Sonatel et Eti (Ecobank transnational incorporated) qui constituent des valeurs phares de la Brvm. Ces dernières années, les banques commencent à se positionner à la bourse. Sur les 45 entreprises cotées, 12 sont des banques comme Boa. C'est un moyen de lever des ressources, d'apprécier ses performances et de pouvoir assurer sa croissance.

Si vous êtes coté à la bourse, il vous est plus facile de faire une augmentation de capital ou de lever des ressources. Mais vous acceptez l'obligation de donner toutes les informations à ceux qui investissent dans votre titre de manière périodique, soit trimestrielle ou semestrielle. Vous avez une obligation de transparence mais aussi de résultat, parce que si les gens se rendent compte que le titre n'est pas rentable, les cours vont baisser parce qu'on ne va plus demander ce titre qui enregistre des pertes. On investit pour percevoir des dividendes.

Nous avons une stratégie pour augmenter le nombre de sociétés cotées. Au niveau des Etats, il y a des entreprises qu'on peut inciter à venir. Cela ramène encore à la culture boursière. On peut avoir des entreprises rentables et solides, mais si elles ne vont pas à la bourse pour se déployer davantage, on aura toujours des valeurs limitées. Il faut inciter les entreprises performantes et rentables. Par ailleurs, il y a des entreprises publiques en restructuration avec les programmes de privatisation partielle ou totale. On peut donc céder une partie du capital en passant par la bourse.

L'autre aspect, c'est inciter les banques et sociétés d'assurance à se faire coter. C'est un moyen de renforcer la gouvernance. Le troisième axe sur lequel on peut agir, c'est les Pme. Si vous regardez le tissu économique de nos pays, la grande majorité des entreprises est constituée de Pme. Les ministres ont accepté la création d'un troisième compartiment dédié aux Pme, qui sera différent du compartiment des grandes entreprises. Les critères sont allégés pour ces Pme, une dizaine de Pme ont été identifiées et seront encadrées pour venir sur le marché émettre des obligations, si elles veulent se faire coter. Si l'on combine toutes ces mesures, on devrait pouvoir, dans les deux-trois années à venir, relever sensiblement le nombre de sociétés cotées. Ce sera sous réserve qu'on puisse continuer le processus de sensibilisation à la culture financière auprès des opérateurs économiques. Si ces derniers n'ont pas confiance, il se posera toujours le problème d'approfondissement du marché.

Que gagne une Pme à aller à la Brvm, notamment en termes de taux d'intérêt, comparé aux produits bancaires ? Est-ce que vos taux sont plus alléchants ?

Oui, en principe. Normalement, si vous avez un système où il n'y a pas d'intermédiaire et un système où il y en a, logiquement le système sans intermédiaire devient moins coûteux. L'intermédiaire prend toujours sa marge. Le système bancaire est celui de l'intermédiation. Si vous allez sur le marché, c'est la finance directe, donc en principe les taux sur le marché devraient être beaucoup plus faibles. Ce qui intéresse une Pme pour son développement, ce n'est pas avoir un découvert pour gérer son exploitation, acheter des matières premières, payer ses salaires. Ce qui pose problème, ce sont les ressources longues stables qui lui permettent de financer son développement et d'accroître sa capacité de production puisqu'elle est en train de grandir. Si elle ne parvient pas à satisfaire son besoin sur le segment bancaire, elle a la possibilité de se financer sur le marché financier.

C'est un avantage très important parce que les Pme rencontrent beaucoup de contraintes lorsqu'elles sollicitent le secteur bancaire qu'elles ne rencontreraient pas si elles étaient sur le marché financier, en respectant certaines conditions. A leur décharge, ce n'est pas parce que les banques ne veulent pas financer, mais elles gèrent bien le risque en exigeant les états financiers. Même sur le marché financier, on retrouve les mêmes exigences en gouvernance, en transparence, en états financiers certifiés. L'entreprise gagne en termes de coûts et de visibilité. Pour une entreprise quelconque qui vient sur le marché, il y a des avantages certains, mais le problème, c'est à quel moment y aller, comment s'y maintenir. Il ne suffit pas d'entrer en ayant des performances en termes de rentabilité, de gestion qui puissent permettre de maintenir la confiance.

Que les banques exigent des états financiers, c'est tout à fait normal, parce qu'elles ne gèrent pas leur argent mais celui des déposants. C'est aussi normal qu'elles exigent une rentabilité, car ce sont les résultats réalisés par ces entreprises qui permettront de rembourser le crédit. Les banques sont donc dans leur logique de recherche de placements moins risqués. Nous allons travailler à alléger les critères d'accès au marché financier. Nos entreprises doivent faire un effort d'ajustement vers le haut en ayant une comptabilité qui retrace des états financiers fiables, une gouvernance satisfaisante si elles veulent prospérer dans un système économique moderne.

L'exigence de transparence ne va-t-elle pas constituer une entrave pour les Pme désirant aller en bourse quand on sait que, sociologiquement, nos entrepreneurs n'aiment pas souvent divulguer leur situation financière ?

Effectivement, sociologiquement, nous avons des Pme familiales où l'on se dit : j'ai créé mon entreprise, je ne vais pas partager mon patrimoine en ouvrant mon capital. Ce sont des réflexes conservateurs. Mais il faut savoir qu'une affaire vit. C'était un projet qui a dépassé certaines proportions, et si vous avez plus de moyens de le gérer quand il est petit. Quand l'affaire atteint une certaine taille, il faut changer d'approche. On ne peut pas être toujours une petite société où le personnel c'est vous, votre femme, votre enfant. Si l'affaire s'agrandit, il faut changer de style de gouvernance sinon vous ne pourrez pas vous déployer parce qu'aucun tiers ne voudra travailler dans ces conditions avec vous.

Même si vous conservez la majorité du capital, le management doit changer lorsque vous atteignez une certaine taille. Vous êtes obligé d'avoir une comptabilité transparente. On ne peut pas avoir un chiffre d'affaires de 500 millions ou un milliard et ne pas payer ses impôts auprès du fisc, jouer dans la cachotterie ou ne pas avoir de comptabilité fiable. Vous êtes obligé de pouvoir retracer les transactions que vous faîtes, il vous faut un conseil d'administration, un comité d'audit, selon le droit commun. Sinon la concurrence va vous pousser à le faire parce que personne n'acceptera de mettre son argent dans une société mal organisée. Les fournisseurs vont vous exiger un minimum d'informations. Il faudra corriger cette attitude de nos Pme. Ça évolue, nous avons des Pme qui se sont positionnées sur leur créneau et qui sont devenues très performantes.

Les obligations d'informations du public des sociétés cotées à la bourse sont-elles respectées ?

Je me réjouis de vous annoncer que le taux de diffusion des informations financières par les sociétés cotées est en hausse au fil du temps. Le Crepmf attache une importance particulière au respect des obligations des sociétés cotées, gage de l'équité et de la transparence du marché financier régional. Au titre de l'année écoulée, les taux de diffusion étaient de 100 % pour les informations annuelles, 87 % pour les informations semestrielles et 50 % pour les informations trimestrielles. La sensibilisation des sociétés cotées au respect des textes réglementaires en attendant la finalisation de la relecture des textes relatifs à la diffusion des informations financières sur le marché financier régional, se poursuit.

Est-ce que le niveau de l'épargne intérieur répond à vos attentes ?

On dit que l'épargne est là, il faut la mobiliser. C'est pourquoi les autorités ont pensé opportun de créer un marché financier pour mobiliser l'épargne et l'utiliser au sein de nos économies. Vous avez la possibilité d'emprunter sur tous les huit pays de l'Union. Il y a quand même des évolutions. En 2016, on avait mobilisé 1.200 milliards de FCfa sur le marché, en 2017 ce sont 1.386 milliards. Une partie peut être apportée par l'extérieur pour rentabiliser l'épargne. Mais l'essentiel de l'épargne qui est captée est locale.

Est-ce que les fonds de retraite sont actifs sur le marché financier régional ?

C'est un autre axe qu'il faut développer. Ça commence à venir, nous travaillons sur des textes qui vont encourager l'intervention sur le marché des fonds de retraite, des fonds d'investissement. Mais il faut un cadre réglementaire incitatif. Ce sont des investisseurs qui cherchent à placer et à rentabiliser leurs ressources. S'ils voient que notre marché est sûr et que nos taux sont intéressants, ils vont venir investir.

Comment analysez-vous l'intérêt que les fonds d'investissement portent à l'Afrique maintenant ?

De plus en plus, on se convainc de l'attractivité des marchés africains. Notre marché, depuis 2012, a des taux de croissance intéressants, qui dépassent 6-7% sur plusieurs années. Cela veut dire que sur le plan macroéconomique, les performances sont là et qu'il y a une création de richesses. L'autre aspect, c'est l'environnement de manière générale. Une zone qui a de l'avenir et un potentiel de croissance attire les investisseurs sous forme de prise de participation dans les sociétés ou sous forme d'émission de titre, d'obligation. Mais s'il y a un risque politique par exemple élevé, ils ne vont pas venir mettre leur argent. Ce n'est pas pour rien qu'on fait de la notation. Les agences de notation montrent que la situation est bonne, acceptable et que si cette tendance se maintient dans deux à quatre ans, les résultats seront satisfaisants. C'est un pari sur l'avenir avec sa dose d'incertitude. Celui qui investit intègre tous ces paramètres, sans oublier l'importance des potentiels en ressources minières.

Comment se comporte le Sénégal sur le marché financier ?

Nous faisons une analyse globale du marché, le régulateur s'assure que les textes, les règles du jeu sont respectés par les acteurs. Les Etats sont soumis à des obligations pour émettre des obligations. Le Sénégal est un élément dans un ensemble de huit. L'économie de l'Uemoa repose sur la Côte d'Ivoire et le Sénégal en grande partie. Il y a plusieurs pour apprécier la performance d'un pays (taux de croissance, taux d'endettement, recettes fiscales, fréquence sur le marché financier, etc.) Un pays peut ne pas venir sur le marché pendant un an parce qu'il a des besoins qu'il peut satisfaire par un autre canal ou parce qu'ils utilisent d'autres canaux (marché international, banques). Aujourd'hui, tous les pays sont présents sur le marché mais à des degrés divers. Notre objectif, c'est avoir un marché sain, bien régulé et attractif avec des ressources à moindre coût orientées vers le financement de nos économies.

Est-ce que notre marché financier est à l'abri des soubresauts du marché international, comme la crise de 2008 qui a plus ou moins épargné l'Afrique ?

C'est difficile de dire que nous sommes à l'abri. C'est le même environnement international. Nos banques ont leur maison-mère à l'étranger, nos entreprises sont des filiales. Nous sommes dans un monde unifié. Peut-être que les niveaux d'exposition ne sont pas les mêmes. La crise financière mondiale de 2008 a touché tout le monde mais nous avons été moins touchés grâce à un système qui ne nous expose pas autant avec la réglementation des changes. Notre système est fait de telle sorte qu'il sera difficile que nous puissions connaître les mêmes conséquences que peut rencontrer une économie intégrée au marché international. Sur notre marché, les acteurs sont de la sous-région. Et puis le niveau d'exposition est relativement bien maîtrisé.

Pensez-vous que nos pays s'endettent vite et trop comme l'estiment certains ?

Les macroéconomistes sont plus à l'aise pour répondre à votre question. En matière d'endettement, il y a deux paramètres. Le premier, c'est la capacité d'endettement. Ce n'est pas mauvais en soi de s'endetter. Mais il faut être en mesure de supporter le coût de cet endettement. Sur le plan macroéconomique, il y a un critère d'endettement dans l'Uemoa (ratio dette/Pib de 70 %). Si vous vous endettez pour accroître votre potentiel en investissant dans des projets porteurs, qui génèrent de la croissance, ce n'est pas prohibitif de dire que ce n'est pas un mauvais endettement. Parfois, il est plus intéressant de s'endetter pour financer son projet que d'utiliser ses ressources propres.

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