14 Juin 2018

Tunisie: L'art de naviguer à vue

Aujourd'hui, plus de deux semaines après l'échec de la rencontre du 28 mai dernier censée voir les partenaires du Document de Carthage II avaliser la feuille de route élaborée par leurs experts, on navigue à vue et le pays patauge à la recherche d'une solution qui le sortira de sa crise.

La course aux initiatives-conseils bat son plein à l'adresse de Youssef Chahed qui refuse de démissionner, comme l'exigent l'Ugtt et Nida Tounès, et en direction aussi d'Ennahdha qui campe sur sa position annoncée le 28 mai dernier et réaffirmée à plusieurs reprises, considérant que la préservation de la stabilité exige le maintien de Youssef Chahed à son poste, tout en opérant un remaniement ministériel dans l'objectif d'insuffler un sang neuf à l'équipe ministérielle actuelle.

Dans le tumulte des déclarations et des contre-déclarations contraires et en suivant les développements quotidiens des positions des uns et des autres, on laisse entendre, consciemment ou inconsciennement, que la solution au blocage actuel existe et que les partenaires du paysage politique sont sur la voie d'en convenir. Sauf qu'ils n'arrivent pas à trouver la formule appropriée pour la promouvoir auprès de l'opinion publique, qu'ils peinent à s'entendre sur les détails de cette même solution et aussi à choisir le moment opportun pour l'annoncer, et aussi le lieu où la dévoiler et surtout la personnalité à qui reviendra le privilège de l'annoncer au peuple tunisien.

Autrement dit et pour user d'un langage clair et accessible à tous, loin des recoupements et des indiscrétions-ballons d'essai, on est en train d'attendre le retour de Rached Ghannouchi, président d'Ennahdha, des Lieux Saints où il est allé accomplir la Omra, pour qu'il livre la position définitive de son parti sur la dynamique de concertations et de pourparlers menés à l'heure actuelle par le SG de l'Ugtt.

Cela, dans le but de convaincre «les partenaires du Document de Carthage qu'il faut revenir à la table des négociations (probablement après les vacances de l'Aïd El Fitr) avec une position unifiée consistant à pousser Youssef Chahed à quitter La Kasbah de son propre gré ou par le biais du Parlement, c'est-à-dire en demandant aux députés de déposer à son encontre une motion de censure».

Quelles assurances et quelles garanties ?

En attendant que les vacances de l'Aïd contribuent à apaiser les tensions et à rapprocher les positions des uns de celles des autres, toutes les parties livrent une bataille serrée «d'amélioration des conditions des négociations en vue de tirer le maximum de dividendes quand sonnera l'heure de dévoiler les accords sur le départ ou le maintien de Youssef Chahed».

Ainsi, Noureddine Taboubi, SG de l'Ugtt, poursuit-il ses rencontres-promesses avec les parties prenantes du Document de Carthage II, tout en confiant la mission de chauffer les tambours à son lieutenant Sami Tahri, le plus prolifique en matière de phrases-menaces comme celle livrée à l'hebdomadaire «Al Charaa Al Magharibi» estimant que la révocation de Youssef Chahed est une affaire de vie ou de mort.

En parallèle, Imed Khémiri, porte-parole d'Ennahdha, se déplace d'un plateau TV à un studio radio pour répéter «qu'Ennahdha accorde toujours sa confiance à Youssef Chahed tant que son maintien à La Kasbah est synonyme de stabilité, ce dont la Tunisie a encore besoin», ce qui ouvre la voie pour comprendre qu'Ennahdha pourrait changer de position au cas où les partenaires du Document de Carthage arriveraient à convaincre le président du parti nahdhaoui que la révocation de Youssef Chahed ne portera pas atteinte à la stabilité du pays comme le conçoit Ennahdha.

Reste toujours à savoir en contrepartie de quelles assurances Ennahdha changera-t-elle de positions.

Idem pour l'Ugtt qui pourrait aussi opter pour une autre position contraire à celle que répandent ses responsables jusqu'ici au cas où les «hauts lieux promettraient à Noureddine Taboubi qu'il est possible de ranger certains dossiers avant même de les ouvrir».

Pour conclure, on peut s'interroger : Après les festivités de l'Aïd El Fitr, retournera-t-on à la case départ dans le sens que la crise va perdurer encore pour des mois ou parviendra-t-on à une solution qui pourrait rafraîchir une saison estivale qui s'annonce bien chaude.

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