14 février 2001
Afrique.com qui rit et qui pleure
"C'est l'histoire de deux portails Internet africains. Le premier, Africa.com, a finalement admis ce qui semblait évident depuis des mois et il est tombé dans l'oubli numérique vendredi 9 février. Il aurait pu survivre s'il avait suivi l'exemple de son concurrent, AllAfrica.com".
Cette "histoire" est racontée par le quotidien d'affaire sud-africain "Business Day". Tout commence en fanfare par l'ouverture, fin 1999, d'une diva de l'Internet. Car Africa.com avait "un patron flamboyant, Justin Beckett, un capital de 10 millions de dollars apporté par un fonds d'investissement américain, des bureaux en Caroline du Nord et à Johannesburg, en Afrique du Sud, et beaucoup de navettes en première classe entre les deux pôles".
Le "boss" avait même eu les moyens "de racheter le nom de domaine à une entreprise sud-africaine pour 1,8 million de dollars". Une paille. L'affaire fut rondement menée et, en quelques semaines, "le site employait déjà 60 personnes. Sur le papier, Africa.com avait tout pour réussir : "Un nom, les CV brillants d'une équipe internationale, de l'argent à dépenser sans compter. Tout. sauf une stratégie efficace." Le verdict vient de tomber : "Justin Beckett a été viré par ses financiers, et le site a été mis en 'hibernation'." Ce qui n'est pas sans humour pour un site africain.
Que s'est-il passé ?
La réussite de son concurrent direct permet de l'expliquer. Car, face aux paillettes d'Africa.com, il reste son concurrent, AllAfrica.com, et son PDG, Amadou Mahtar Ba. "Le problème avec ce genre de projet est que les investisseurs veulent gagner de l'argent vite. Ils veulent que vous ressembliez tout de suite à un gorille pour vous introduire en Bourse dès que possible. Le long terme ne les intéresse pas."
Or, le long terme, c'est justement l'affaire d'AllAfrica.com, qui "a pris soin de s'adjoindre les services de Reed Kramer, dont l'agence de presse, Africa News Service, opère depuis vingt ans aux Etats-Unis". Or Kramer est un africaniste reconnu et respecté. Petit à petit, le portail "a passé des contrats de coopération avec plus de 70 rédactions africaines, dont 'Business Day' et la PanAfrican News Agency, une agence de presse sérieuse".
De plus, "le site a développé son propre logiciel d'indexation, qui permet de gérer au quotidien plus de 400 articles". Enfin, "pas de Porsche sur le parking et une interface graphique faite pour que les pages Internet soient chargées rapidement". Le résultat est spectaculaire : "AllAfrica.com revendique 4,5 millions de pages vues par mois, dont 75 % de connexions depuis l'Amérique du Nord." Du coup, "10 investisseurs ont mis des fonds, dont 6 d'origine africaine". Le patron du portail peut donc voir l'avenir avec optimisme : "Nous ne sommes pas des philanthropes, mais nous voulons une entreprise solide assise sur des revenus réels. Nous comptons faire des bénéfices dans les trois ans à venir." Et le quotidien sud-africain de conclure : "Réaliste, efficace et engagée sur le long terme, AllAfrica.com a tout pour y parvenir."