Liberia: L'étau se resserre autour de Charles Taylor et Victor Bout

2 Mai 2005

Les Etats-Unis ont récemment entrepris des démarches en vue de poursuivre en justice des personnes soupçonnées d'avoir, au cours de la décennie écoulée, alimenté les conflits qui ont eu lieu au Libéria et en Sierra Leone.

Des Membres de la Chambre des Représentants ainsi que des hautes personnalités du Département du Trésor américain auraient en effet marqué un intérêt grandissant sur l'ancien président libérien Charles Taylor et Victor Bout, un homme d'affaires russe accusé de trafic d'armes en Afrique.

La révélation a été faite mercredi dernier à Washington conjointement par Juan Zarate, Secrétaire Délégué au Trésor et Ed Royce, Représentant de l'État de Californie lors d'une conférence de presse. Elle intervient un jour après que le Trésor américain ait annoncé que les Etats-Unis avaient identifié 30 sociétés de transport aérien ainsi que quatre personnes reliées à Victor Bout. Leurs ressources financières seront gelées, et il est désormais illégal de faire affaire avec elles.

Bout possède un réseau de compagnies de fret aérien et est soupçonné d'avoir utilisé ses avions pour des livraisons d'armes et de munitions dans des pays en conflit, dont certains sous embargo des Nations Unies.

Taylor a pour sa part été l'objet d'un projet de loi introduit le 12 avril dernier en Chambre basse, dans lequel les Etats-Unis demandent au Nigeria de le faire extrader vers la Cour Spéciale pour la Sierra Leone, où il est accusé de crimes de guerre.

Bout et Taylor auraient collaboré lors du conflit en Sierra Leone, fournissant illicitement des armes en échange des diamants dont regorge le pays. Le Libéria, à l'époque sous le contrôle de Taylor, aurait servi de plaque tournante pour leurs manoeuvres.

Le projet de loi, actuellement en d'étude au Comité chargé des relations internationales, a été introduit par Royce lui-même et quatre autres de ses homologues. Il interpelle le gouvernement nigérian à " transférer Charles Ghankay Taylor, ancien président de la République du Libéria, à la Cour Spéciale pour la Sierra Leone, afin d'y être jugé pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, ainsi que d'autres violations graves du droit humanitaire international. "

Royce a ajouté que Taylor, qui vit actuellement au Nigeria suite à un accord négocié par les États-unis qui mit fin à la guerre civile au Libéria en 2003, a jusqu'ici fait preuve de réluctance vis-à-vis de ses engagements sous le compromis qui permit de l'écarter pacifiquement du pouvoir. L'accord offrait à Taylor un exil au Nigeria sous condition de non-ingérence de sa part dans les affaires libériennes. Mais, selon Royce, " Taylor continue de s'ingérer ".

Taylor avait déjà été l'objet de dix-sept chefs d'inculpation issus de la Cour Spéciale pour son engagement dans la crise sierra-léonaise, où il aurait fourni des armes ainsi que du support logistique aux rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF).

Royce a ajouté que le procureur a réuni suffisamment de preuves à ce jour pour convaincre Olusegun Obasanjo, le président nigérian, de faire extrader Taylor.

" Avec l'influx de preuves, il sera plus facile de convaincre le Nigeria ", dit-il. " Les preuves sont là, et elles seront présentées au président Obasanjo. Il existe une liste claire de personnes ayant travaillé aux côtés de Taylor, et ces gens ont indiqué leur volonté de coopérer ".

Selon des documents issus de la Cour Spéciale et obtenus par le journal Financial Times, Taylor avait violé les conditions de son asile au Nigeria en février dernier lorsqu'il entreprit un voyage au Burkina Faso pour y rencontrer Francis Galawulo, un proche politique qui a récemment annoncé sa candidature à la présidence du Libéria. Taylor aurait également commandité l'attentat manqué en janvier dernier à l'encontre du président Lansana Conté de Guinée, d'après David Crane, procureur en chef de la Cour Spéciale.

Juan Zarate a précisé que bien que les crimes commis en Afrique de l'Ouest soient en dehors de la juridiction des tribunaux américains, les États-unis ont cependant des obligations en tant que membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies. " Et nous prenons ces obligations très au sérieux ", a-t-il ajouté.

Il a également indiqué que les démarches entreprises par le Trésor américain s'inscrivent dans le sens du décret présidentiel No. 13448, émis par George W. Bush en juillet 2004, dans lequel la crise au Libéria avait été désignée comme " un impératif national " pour les États-unis.

Selon des hauts fonctionnaires à Washington, ces démarches prouvent l'efficacité de la collaboration des agences du gouvernement américain sur l'identification des finances des réseaux criminels complexes.

L'empire commercial de Victor Bout comprend des compagnies aériennes basées dans divers pays africains, parmi lesquels figurent la Centrafrique, le Congo Démocratique, la Gambie, la Guinée Équatoriale, et l'Uganda. Selon Royce, ces compagnies servent de " facilitateurs " pour les activités illicites de Bout.

Zarate a par ailleurs indiqué que la Belgique et la Centrafrique ont chacune lancé un mandat d'arrêt contre la personne de Bout. Il a ajouté que les États-unis sont confiants en " une collaboration forte avec les Nations Unies et nos partenaires à l'étranger" dans les jours à venir.

Victor Bout, fournisseur en armes de l'UNITA durant le conflit angolais, représente pour Royce " un violateur de sanctions patenté ", dont les actes illicites avaient déjà fait l'objet d'une dénonciation par les Nations Unies.

Mais du fait de son habilité à opérer dans l'ombre, a expliqué Zarate, il est difficile de mettre au grand jour tous les pays vers lesquels Bout a fait parvenir des armes. Notant que le Russe a été relié à deux compagnies basées en Cote d'Ivoire et en Ouganda, le Délégué au Trésor a ajouté que la possibilité de son implication dans les conflits de ces deux pays n'était pas à écarter. "

Il demeure tout à fait plausible de suggérer son implication éventuelle dans ces conflits ", a-t-il conclu.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X