Afrique: Interview exclusive - Le président Barack Obama parle de l'Afrique

A l'image du Ghana, le Président Obama risque d'être accueilli par une liesse populaire à Dakar avec les appels à mobilisation lancés à l'endroit des populations
5 Juillet 2009
interview

Barack Obama va effectuer sa première visite en Afrique subsaharienne en tant que président des Etats-Unis, après son voyage en Russie et en Italie où il prendra part au sommet des pays industrialisés connus sous le nom de G8. A la veille de sa visite en Afrique, Charles Cobb, Jr., Reed Kramer etTami Hultman de AllAfrica sont allés à la Maison Blanche recueillir son point de vue sur l'Afrique. L'interview s'est déroulée dans la «Blue Room». Les questions ont été posées par Charles Cobb.

Nous avons demandé aux visiteurs de notre site, allAfrica.com, ce qui les intéresserait de votre politique. Comme vous pourriez l'imaginer, les réponses sont partout les mêmes : la résolution des conflits, les questions de développement, le commerce, etc. Mais nous avons avec eux une question d'actualité commune : Qu'est ce qui vous a amené à choisir le Ghana pour votre première visite en Afrique subsaharienne ?

Une des raisons est que le Ghana a organisé avec succès deux élections qui ont permis une alternance pacifique, même si ces élections ont été serrées. Je pense que le nouveau président, le président Mills, a montré son engagement à respecter l'état de droit, le genre d'engagements démocratiques qui assurent la stabilité d'un pays. Et je pense qu'il y a un lien direct entre la gouvernance et la prospérité. Les pays qui sont bien gouvernés, qui sont stables, où les dirigeants savent qu'ils sont comptables devant le peuple et que les institutions sont plus fortes que toute personne, sont sur la voie de faire des résultats pour leur peuple. C'est cela que nous voulons mettre en exergue.

J'imagine que vous aimeriez voir beaucoup plus de "Ghana" en Afrique et je présume que votre politique est d'encourager cela.

Absolument !

Comment ?

Une partie de ma politique est de magnifier les modèles couronnés de succès. Ainsi, en nous rendant au Ghana, nous espérons valoriser l'efficacité de la gouvernance que le pays a mise en place.

Nous ne nous attendons pas à ce que tous les pays fassent ce genre de transitions de la même manière et au même moment, mais nous voyons des progrès en terme de démocratie, de transparence, de respect de l'état de droit, de protection des droits de la propriété et de lutte contre la corruption. Nous voyons des progrès depuis plusieurs années bien que dans certains cas nous assistons à des reculs. Concernant le Kenya, le pays de mon père, je suis préoccupé par le fait que les partis politiques ne semblent pas aller dans le sens d'une réconciliation définitive qui aiderait le pays à avancer. Cependant, le Kenya ne fait pas figure d'exception en terme de crises pré-électorales ou post-électorales comme celles qu'il a vécues récemment.

Nous voulons simplement faire en sorte que les gens ne pensent qu'il s'agit-là de notions abstraites que nous essayons d'imposer à l'Afrique. Il y a une conséquence très pratique et pragmatique sur l'instabilité et la corruption s'il arrive que les gens ne puissent pas nourrir leurs familles, éduquer leurs enfants et nous pensons que l'Afrique est à la fois un continent de promesses et de défis extraordinaires. Nous ne serons pas capables de tenir ces promesses sans une meilleure gouvernance.

Avez-vous des priorités en terme de pays ou de régions ? Par exemple, l'Afrique de l'Ouest est extrêmement importante concernant le pétrole et l'Afrique de l'Est reste une préoccupation stratégique pour les Etats-Unis ?

Je pense que le continent tout entier est important. N'oubliez pas que même si je vais visiter le Ghana au cours de ce premier voyage, j'ai déjà reçu (le Premier ministre) Tsvangirai du Zimbabwe dans le Bureau ovale. J'ai également reçu dans mon bureau (le président) Kikwete de la Tanzanie. Et chaque fois j'essaie de délivrer le même message. Vous avez vu le très bon travail que le gouvernement de la Tanzanie fait en se concentrant sur les services concrets qu'il rend à la population. Partout où les gens veulent se prendre en charge, nous voulons être là-bas comme partenaires. Je pense que nous avons en Afrique un leadership très fort qui est prêt à aller de l'avant et nous voulons être à ses côtés.

Sur le front économique, cela signifie l'ouverture de meilleures opportunités commerciales. Cela veut dire que nous ne sommes pas seulement intéressés à l'aide étrangère, mais aussi au moyen de renforcer la capacité de développement intérieur de ces pays et nous voulons travailler dans un contexte multilatéral en cherchant également à renforcer les relations bilatérales avec beaucoup de ces pays.

Mais comme vous l'avez souligné, nous pensons que ce continent est important pour des raisons de stratégie, de sécurité nationale, économiques et d'environnement. Et à part la raison que nous avons évoquée, bien que cette fois-ci nous n'irons que dans un seul pays, je pense vraiment qu'il est raisonnable de lier le voyage au Ghana à celui que je vais effectuer auparavant pour le G8. Pendant le sommet du G8, en Italie, nous rencontrerons un certain nombre de représentants de pays africains, avant cela à une réunion en Russie, pour montrer que l'Afrique est directement intégrée dans l'approche globale de notre politique étrangère. Ce n'est pas un fait isolé que de se rendre en Afrique tous les six mois pour voir comment les choses évoluent, mais il faut plutôt une grande discussion permanente sur les moyens de relever ces défis internationaux.

L'aide au développement sera sans doute un aspect important de votre politique africaine. Maintenant l'aide au développement est réduite, soit en ce qui concerne les Etats-Unis, soit de façon générale, dans ce sens que les pays ont des approches différentes. Maintenant, vous, plus que tout autre président, vous etes associé à l'utilisation des nouvelles technologies, et je ne peux m'empêcher de penser que vous allez faire recours à la technologie pour apporter de la cohérence, si vous voulez comme pour savoir comment fonctionne l'aide ou où elle va, etc. 

Voyez-vous, Je pense que vous soulevez là un point très important et même simplement au sein du gouvernement américain, nos politiques d'aide ont été réparties entre plusieurs agences, différentes théories soutenues par différentes personnes en fonction des administrations qui ont été au pouvoir à un certain moment. Il sera très important d'essayer de créer quelque chose de solide et de ciblée en fondant nos politiques sur ce qui marche et non sur des positions idéologies passées.

La technologie peut jouer un rôle important dans la rationalisation de notre aide aux pays en nous permettant de savoir comment cette aide est utilisée et si elle arrive aux personnes sensées en bénéficier. L'une de mes préoccupations concernant notre politique d'aide globale est que les consultants et les administrations occidentaux prennent un grand pourcentage de cette aide. De mon point de vue, nous devrions minimiser notre empreinte et maximaliser la capacité des gens à se prendre en charge eux-mêmes. Ainsi, je pense qu'il est important d'utiliser l'Internet, les logiciels, la technologie moderne pour améliorer les systèmes d'administration.

Maintenant, je pense aussi qu'il est d'une importance vitale que nous puissions utiliser sur le terrain des technologies simples, pas des technologies de pointe, pour améliorer la production alimentaire de beaucoup de ces pays. Je suis encore gêné par le fait qu'en 2009 nous n'avons pas pu introduire en Afrique la révolution verte que nous avons menée en Inde dans les années 60. La production agricole a baissé dans certains pays africains, ce qui n'est pas raisonnable. Nous n'avons pas besoin d'ordinateurs sophistiqués pour résoudre ces problèmes. Nous avons besoins de méthodes agricoles prouvées et de technologies efficaces et à moindre cout mais qui peuvent avoir un grand impact sur le bien-être quotidien de la population.

Il y a quelques instants, vous avez mentionné l'importance de l'investissement et pas seulement de l'aide. Quel est l'équilibre entre l'aide et l'investissement ? Beaucoup de sociétés obtiennent un retour sur investissement plus grand en Afrique que toute autre partie du monde. Cela mérite-t-il qu'on y mette l'accent davantage ? Selon vous, quelle sorte d'équilibre existe-t-il dans l'aide au développement ?

J'aimerai souligner deux points. Premièrement, on ne peut pas obtenir de l'investissement sans une bonne gouvernance. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous le mettons en exergue. Encore une fois, c'est une approche très pratique et réaliste de notre façon de voir les améliorations dans la vie quotidienne des populations africaines. Si les hauts fonctionnaires demandent des commissions de 10, 15, 25 pour cent, les sociétés ne voudront pas investir là-bas. C'est le point numéro un.

Deuxièmement, je pense que quand mon père quittait le Kenya pour les Etats-Unis, au début des années 60, le PIB du Kenya n'égalait pas celui de la Corée du Sud. En réalité, celui du Kenya était supérieur. Que s'est-il passé pendant cette période de 50 ans ? Ce que nous avons vu c'est que la Corée a su combiner l'investissement étranger à l'intégration à l'économie mondiale avec une stratégie raisonnable de certaines industries pour promouvoir l'exportation, accorder une grande importance à l'éducation pour avoir une main d'œuvre qualifiée tout en insistant sur le fait que l'investissement soit accompagné d'un transfert de technologie qui a permis aux industries locales de prospérer.

Ainsi nous avons des modèles qui viennent de là-bas. Nous savons ce que cela pourrait prendre. Ce que nous n'avons pas vu c'est une application constante et rigoureuse sur le temps en Afrique et je pense que maintenant le temps est venu de commencer.

Cela est-il un échec de la politique américaine ou un échec de la gouvernance en Afrique ?

Je voudrais dire que la communauté internationale n'a été aussi stratégique qu'elle devrait l'être, mais en définitive je crois ferment que les Africains sont responsables de l'Afrique.

Je pense que ce qui a entravé le développement de l'Afrique est en partie lié au fait que pendant plusieurs années nous avons trouvé des excuses à la corruption et à la mauvaise gouvernance, que cela était d'une certaine manière la conséquence du néo-colonialisme, que l'Occident était oppressant ou le racisme. Je ne crois pas aux excuses.

Je devrais dire que je connais probablement l'histoire de l'Afrique autant que toutes les personnes qui ont occupé mes fonctions. Je peux vous donner un chapitre et un discours sur la manière dont les cartes coloniales qui ont été dessinées ont aidé à encourager les conflits et les termes du commerce illégal issus du colonialisme.


Maintenant le fait est que nous sommes en 2009. L'Occident et les Etats-Unis ne sont pas responsables de ce qui est arrivé à l'économie du Zimbabwe au cours des 15 ou 20 dernières années. Ils ne sont pas non plus responsables de certaines politiques désastreuses que nous voyons ailleurs en Afrique. Je crois qu'il est important pour les dirigeants africains d'assumer leur responsabilité et d'être tenus pour responsables.

Et je pense que le peuple africain comprend cela. Le problème est qu'il n'a pas seulement toujours l'occasion d'organiser et de donner son avis sur les moyens de parvenir à de meilleurs résultats.

Dans les derniers instants de notre entretien, bien que vous venez à peine de prendre fonction, je me sens obligé de vous poser une question sur votre héritage. (Rire). La voici : quand vous aurez quitté la présidence quelle marque aimeriez-vous que votre politique laisse sur l'Afrique ? Que pensez-vous qu'elle sera ?

A la fin de mon mandat, j'aimerais être capable de dire que les Etats-Unis ont été un partenaire efficace des pays africains dans le domaine de la création d'institutions politiques, civiles et économiques qui ont permis d'améliorer le niveau de vie et une plus grande sécurité pour le peuple africain, que nous les avons mis sur une trajectoire qui les insère dans l'économie mondiale et qu'une jeune personne qui grandit à Johannesburg, Lagos, Nairobi ou au Djibouti puisse se dire : je peux rester ici en Afrique, je peux rester dans mon pays et y réussir et que mon pays et mon peuple seront plus forts à travers mon succès.

Ce serait un bon héritage. Je ne m'attends pas à ce que nous y arrivions dans quatre ou huit ans, mais je pense que nous pouvons nous engouffrer dans cette voie. Et les Etats-Unis sont un partenaire crucial dans ce processus.

J'ai besoin d'une autre heure ou plus. (Rire). Mais je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu nous accorder.

Merci beaucoup.

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