Niger: Le Président Issoufou prône un «développement accéléré» pour mettre fin à la famine

Le Président Mahamadou Issoufou du Niger
31 Août 2011
interview

Mahamadou Issoufou  a été  investi  président du Niger le 7 avril 2011 après une victoire au second tour de l'élection présidentielle.  Une figure emblématique de la vie politique nigérienne, il a été  Premier Ministre démissionnaire en 1995, opposant,  député puis  président de l'Assemblée Nationale jusqu'en janvier 1996. Il s'est présenté à quatre reprises aux élections présidentielles sur une période de vingt ans. Les dernières élection  organisées par  le régime militaire et jugées libres et démocratiques dans l'ensemble l'ont porté au pouvoir en 2011.

Depuis son accession au pouvoir, le président Issoufou ne manque pas d'ambition pour son pays et aborde dans cette interview avec allAfrica les questions de sécurité alimentaire, d'éducation et de terrorisme entre autres. Il travaille aussi à minimiser l'impact du conflit en Libye  sur le Niger. Depuis le début du conflit des milliers de libyens se sont refugiés au Niger et un nombre indéterminé de nigériens travaillant en Libye se sont retrouvés sans emplois.

Le mois dernier, il a  été parmi les quatre dirigeants d'Afrique francophone à rencontrer le président Obama.

Sur le plan de la santé

L'une des premières choses que j'ai eu à faire après mon accession au pouvoir a été de recruter 450 docteurs qui étaient au chômage. Dans un pays qui a une couverture médicale de 50 pour cent pour 350 docteurs, ma première option a été de remettre ces docteurs au travail et de recruter également 1000 infirmiers. Entre médecins et docteurs nous avons recruté plus de 1600 et nous allons poursuivre sur cette voie  afin d'augmenter la couverture des besoins de santé des nigériens.

C'est pour cela que nous avons besoin de mobiliser tous les moyens aussi bien à l'intérieur du Niger qu'à l'extérieur. Nous souhaitons que nos amis américains, que ça soit les ONG, l'Etat américain ou  l'USAID, qui intervient beaucoup dans ce secteur,  nous aident afin qu'il y ait un accroissement des ressources dans ce secteur en faveur du Niger.

Nous avons  aussi beaucoup d'ambitions en matière de réduction de la mortalité maternelle et infantile. Au Niger 7 femmes sur 1000 meurent en donnant la vie et  près de 200 enfants sur 1000 ne fêtent pas leur 5ème anniversaire. Nous voulons mettre fin à  cette situation et nous avons tout un programme pour cela.

Prenons l'accouchement assisté par exemple. Il y a très  peu de femmes qui accouchent de manière assistée au Niger. Toutes les dispositions sont entrain d'être prises pour accroître le pourcentage l'accouchement assisté par des sages-femmes. Et pour cela nous souhaitons mobiliser tous les acteurs pouvant nous apporter une assistance.


Sur le plan de l'Education

L'éducation est le secteur dans lequel nous allons investir le plus de moyens.  Nous avons prévu d'investir 3 milliards de dollars sur cinq ans soit un quart de nos ressources. L'école sera gratuite et obligatoire jusqu' à l'âge de 16 ans et nous mettront l'accent  sur la scolarisation  et le maintient de la jeune fille à l'école pour empêcher les mariages précoces.

Toujours dans le domaine de l'éducation nous avons décidé d'investir dans la formation professionnelle et technique car elle est très faible. Elle représente seulement 8 pour cent de l'ensemble de nos segments. Nous souhaitons porter ce taux  à 25 pour cent.

Nous avons décidé aussi de renforcer l'enseignement supérieur et développer la recherche scientifique et technique. Nous sommes convaincue que l'éducation, l'investissement dans le capital humain est extrêmement important pour la compétitivité et la productivité de l'économie. Surtout que le Niger est promis à un développement accéléré dans  les années à venir. Nous prévoyons un taux de croissance de 7 pour cent chaque année. Le FMI est d'accord pour dire que le Niger fait parti des pays qui auront les économies les plus performantes du monde dans les prochaines années.

Cette économie aura besoin des ressources humaines compétentes bien formées et c'est pour cela que nous faisons de l'éducation une priorité.


Sur l'agriculture et la sécurité alimentaire

L'agriculture fait aussi parti des priorités de notre programme. Nous avons une initiative appelée l'initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens) à travers laquelle nous allons investir un milliard 800 millions de dollars dans l'agriculture. Le Niger est un pays sahélien qui est soumis à des aléas climatiques. Nous connaissons des sécheresses récurrentes qui se transforment en famine chaque fois. Nous sommes déterminés à mettre le Niger à l'abri de la famine en prenant un certain nombre de mesures. La première porte sur la croissance des rendements des cultures pluviales, en donnant aux populations les entrants qu'il faut en semences, engrais, pesticide, produits phytosanitaires et en petits matériels agricoles.

Nous avons aussi comme objectif de promouvoir l'agriculture irriguée. Un peu partout dans le pays nous avons des terres irrigables, de l'eau de surface et de l'eau du sous-sol.
 Nous prévoyons la réalisation d'un grand barrage qu'on appelle le barrage de Kendadji qui permettra non seulement de produire de l'électricité mais aussi d'irriguer plus de 120 000 hectares de terres irrigables le long du fleuve.

Toujours dans le cadre de cette initiative nous allons promouvoir l'élevage. Vous savez  l'élevage est la seconde mamelle du pays. Nous allons améliorer l'organisation de l'élevage et créer les conditions de la transformation des produits de l'élevage notamment la viande, le lait, les peaux. Notre ambition est de faire de la famine au Niger un lointain souvenir.


Sur le développement des relations nord -sud

Il est clair qu'au regard du taux de croissance réalisé par l'Afrique, que c'est  le continent de l'avenir. C'est dans les pays du sud, en particulier en Afrique, qu'il faut que les pays développés aillent chercher les quelques point de taux de croissances qui leur manquent.

Et d'ailleurs si vous vous rappelez, c'est l'une des raisons qui a été à la base de la création du FMI dans les années quarante. Soutenir les pays à faible demande afin qu'ils contribuent à la demande globale mondiale et ainsi soutenir la croissance de l'économie mondiale.

Je demande aux investisseurs des pays développés et aux Etats de ces pays d'investir dans nos pays et d'accroître les investissements directs étrangers et l'aide publique au développement parce que c'est une question de nécessité économique pour les pays développés. Je rappelle d'ailleurs qu'après la deuxième guerre mondiale, les États-Unis ont investis 4,5 pour cent de leur Produit Intérieur Brut dans le cadre du plan Marshall. Cela a été bénéfique non seulement aux pays européens mais aussi aux États-Unis.

Sur le terrorisme et la sécurité

Le Niger comme les autre pays du sahel fait face à des menaces terroristes, des organisations criminelles, des trafics divers. Comme j ai eu à le mentionner au président Obama, ces  menaces ont été amplifiées par la crise libyenne. J'ai le sentiment que notre message a été bien entendu et reçu par rapport a tous ces différents points.

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