Guinée Bissau: Paulo Gomes, candidat à la présidentielle - « Je veux faire de la Guinée-Bissau un pays prospère et un protagoniste dans la sous-région. »

Paolo Gomes, candidat à la présidentielle d'avril 2014 en Guinée-Bissau (Dakar, le 13-02-2014)
14 Février 2014
interview

Ancien Directeur Exécutif pour l'Afrique Sub-Saharienne de la Banque mondiale, Paulo Gomes brigue le suffrage des Bissau-guinéens pour la présidentielle d'avril 2014. Sûr de la longueur d'avance dont il dit bénéficier face à ses adversaires, M. Gomes ambitionne de mettre son pays sur les rails de l'émergence à travers un programme axé autour de quatre piliers. Une vision dont le socle est la bonne gouvernance et la stabilité. Une politique qui touche les secteurs sociaux de base, les infrastructures, l'énergie, la restructuration de l'armée bissau-guinéenne, sans oublier la paix en Casamance.

Vous avez annoncé votre candidature le 12 septembre 2013. Qu'est-ce qui a motivé votre décision de briguer le suffrage des bissau-guinéens ?

La Guinée-Bissau m'a tout donné. Elle m'a donné mon éducation, un environnement propice qui m'a permis d'analyser le monde, notre sous-région. J'ai représenté mon pays à de hauts niveaux et j'ai pu bénéficier des sacrifices que beaucoup de femmes et d'hommes ont consenti pour libérer notre patrie. Donc, il était temps pour moi de mettre au bénéfice de mon pays toute mon expérience nationale et internationale à un moment où la Guinée Bissau se porte le plus mal, d'après non seulement les analystes qui l'observent depuis très longtemps mais aussi sa population qui en a vraiment assez de cette instabilité chronique.

Je suis conscient que je ne me présente pas au meilleur moment. Mais il est important de le faire maintenant pour tourner la page de cette instabilité, de cette pauvreté chronique et de remettre le pays sur les rails, de recréer une Guinée-Bissau réformée, optimiste et prospère qui pourra être un protagoniste dans la sous-région.

La présidentielle a été repoussée à trois reprises. Actuellement, des lenteurs sont signalées dans le processus électoral. Est-ce que vous avez des assurances fermes sur avril 2014, nouvelle date retenue pour le premier tour de l'élection?

Oui, je pense que les conditions sont réunies sur le plan logistique et financier. Il faut reconnaitre que le gouvernement de transition aurait pu gérer cette phase d'une façon plus compétente et dynamique. Nous avions souligné à plusieurs reprises des risques organisationnels et aussi le manque de volonté de certains acteurs. Nous n'avons pas été écoutés. Maintenant, nous souhaitons être positifs, encourager et aider afin que cette élection puisse se tenir au mois d'avril 2014.

Je pense qu'elle se tiendra. Parfois en politique, il ne s'agit pas seulement d'être élu mais d'être bien élu. Si la logistique qui devra être mise en place dans  les prochains jours nous permet d'avoir une élection transparente et acceptée par tous je crois que nous devons tous nous mettre autour de la Commission nationale d'élection afin que ce scrutin se tienne la première quinzaine du mois d'avril.

Dans l'échiquier politique bissau-guinéen jusque-là dominé par des politiciens et des militaires, quelles sont les chances d'un technocrate comme Paulo Gomes ?

Elles sont très fortes. Ceux qui connaissent ou qui ont suivi ma candidature depuis septembre dernier ont pu voir que je suis le candidat le plus organisé. Celui qui a réussi à mobiliser les forces vives, la jeunesse et les femmes autour d'un projet présidentiel indépendant - parce que je suis un candidat indépendant, pas par mépris vis-à-vis des partis politiques mais parce que tout simplement la population est fatiguée d'être déçue par le système politique que nous avons eu jusqu'à présent. Notre constitution aussi encourage et recommande un indépendant pour qu'il puisse être un arbitre et se placer au-dessus des guerres de partis.

Les statistiques aussi vont dans ce sens, puisse que lors des dernières élections, plus de 40% des électeurs se sont abstenus. Ils souhaitent du nouveau, ils souhaitent un changement. Je crois que c'est ce qui motive toute la jeunesse, les femmes, les hommes et les acteurs du jeu politique, à soutenir ma candidature. Je pense que le momentum est là pour un indépendant qui, pourra aider le prochain Premier ministre à mettre en place un programme dynamique de gouvernance et de changement.

Quelle est aujourd'hui le rôle que joue l'armée dans ce processus et son positionnement dans le pays ?

Il y a beaucoup de spéculations sur l'armée mais je pense qu'elle comprend que le changement est incontournable. J'ai moi-même évolué dans le système des écoles paramilitaires donc je connais beaucoup d'officiers qui sont actuellement au sein de l'armée. L'armée comprend que c'est une opportunité pour elle d'avoir un nouveau leader qui puisse comprendre les enjeux régionaux, les équiper et leur donner les moyens de protéger le territoire. Je pense aussi que le momentum y est et nous suivons attentivement les différentes discussions en son sein. Je crois qu'ils seront un partenaire important dans la réforme qui devra avoir lieu après les élections mais aussi pour couper ce cordon ombilical entre les politiciens et l'armée qui a envenimé le paysage politique de la Guinée-Bissau ces 15 dernières années.

Quels sont les grandes lignes de votre programme qui vise à mettre la Guinée-Bissau sur la voie de l'émergence ?

Il y a quatre grands piliers et une fondation importante. Le premier c'est la paix et la stabilité. Ce qui se fera par le dialogue. Après les élections,  il ne s'agira pas d'avoir un gagnant. Je crois que c'est toute la population qui devra gagner. Donc il faudra ramener tout le monde autour d'une table pour mettre en place des mécanismes de dialogue. Ce pays a un fort déficit de dialogue et il est normal dans la construction d'un Etat, d'une nation qu'il y ait des tensions. Donc, il faut que ces mécanismes puissent être déclenchés quand il y a des incertitudes, des incompréhensions. Le pilier de la paix et de la sécurité inclura aussi la question de la réforme de l'armée, la formation des forces de sécurité en général.

Le deuxième pilier c'est le développement humain au sein duquel l'éducation sera une priorité. Il faut que le métier de professeur soit le métier le plus noble en Guinée-Bissau. Pour cela, il faudra investir dans la formation des professeurs mais aussi une prévisibilité dans le financement de l'éducation. Bien sûr, la santé sera aussi importante dans ce pilier.

Le troisième c'est la création d'emploi. Il faut créer des emplois en Guinée-Bissau et ça passera par toute une réforme. Il faudra que la question de l'emploi soit transversale et que l'administration puisse s'aligner pour améliorer l'environnement des affaires et que les investisseurs viennent en Guinée-Bissau.

Le quatrième pilier c'est les infrastructures. La Guinée-Bissau à moins de 20 Mwt installés. C'est un pays qui n'a pas de route dans des zones avec un fort  potentiel agricole. Nous n'avons pas de port, même pas un micro-port de pêche. Un port qui nous permet de commercer avec le reste du monde. Il y a un déficit d'infrastructures qui empêche la croissance.

Ces quatre piliers devront reposer sur une fondation très forte qui est la bonne gouvernance. Et là je voudrais être exemplaire avec le prochain Premier ministre pour que nous envoyions un signal fort. Faire comprendre que la gouvernance est un actif aussi important que les ressources dont nous avons besoin pour financer les quatre piliers. Donc une bonne gouvernance exemplaire avec un président qui exercera une magistrature d'influence mais aussi un Premier ministre qui donnera l'exemple dans la passation des marchés, dans la clarté des politiques publiques, dans la clarté d'exécution en matière budgétaire. Il s'agira d'un tandem que nous mettrons en place pour permettre de créer cet écosystème de bonne gouvernance devant soutenir les quatre piliers que j'ai présenté tantôt.

Dans une de vos déclarations vous disiez être dans une position exceptionnelle pour unir les Guinéens derrière une vision commune et mener leur pays vers un futur radieux. Comment comptez-vous réussir cette prouesse ?

Avec cette vision stratégique que je viens de présenter, mais j'ai aussi une expérience régionale importante où j'ai eu à être impliqué dans la reconstruction de certains pays. J'ai été associé à la relance du processus de reconstruction de la RD Congo, du Libéria, de la Sierra-Léone, du Rwanda… Donc j'ai une expérience que je peux mettre au service du Premier ministre dans la mise en place du programme gouvernemental. Il faut que le leader du pays ait une vision ambitieuse et qu'il puisse frapper à toutes les portes sur le plan international pour créer des partenariats avec la société civile mais aussi avec les investisseurs. Le pays aura besoin d'évoluer avec une croissance économique supérieure à 5%. Pour cela, il devra au moins investir 25 à 30 % de son Produit intérieur brut (Pib). Ça passera par le fait d'attirer plus d'investissements mais aussi utiliser la diaspora guinéenne qui est éparpillée à travers le monde, avec des compétences et des ressources. Il s'agit de mettre tout ça dans un ensemble cohérent et le Président de la République y aura un rôle important à jouer. Je promets à mon pays une vision ambitieuse. Je veux en faire un pays optimiste et prospère dans les dix ans à venir.

Sur le plan de la sécurité, quelle démarche comptez-vous adopter pour briser la logique qui fait de la Guinée-Bissau une plaque tournante du trafic de drogue ?

D'abord, il faut reconnaitre que nous avons un problème de crime organisé donc il ne faut pas qu'il soit tabou. A partir de là, il est plus facile de mettre en place des mesures sur le point de vue domestique mais aussi sur le plan régional. Le problème de la drogue est régional et difficile. Il ne peut pas être abordé uniquement au niveau de la plateforme bissau-guinéenne. Sur ce point-là, il faut que le Président et le Premier ministre soient exemplaires dans la façon d'aborder cette question. C'est ce que nous allons faire. Nous voulons renforcer notre capacité de protéger notre pays par la réforme de l'armée, de l'équiper, de la former, de la rajeunir, de la rendre plus efficace et agile pour servir la Guinée-Bissau qui est un océan. Nous avons un pays océan avec une économie exclusive très large. Nous avons aussi un potentiel important de ressources qui mérite d'être protégé avec une diversité environnementale qui a été  soumise à des pillages systématiques ces dernières années.

Comment comptez-vous contribuer à la résolution de la crise Casamançaise… ?

Je suis actuellement le candidat qui a le plus réfléchi sur cette question. J'ai proposé la création d'une zone de coprospérité avec le Sénégal. La Casamance a une population pratiquement équivalente à celle de la Guinée-Bissau. Il y a des synergies culturelles, économiques et infrastructurelles qu'il faudra créer, de la zone de Varela en Guinée-Bissau, jusqu'au Sénégal Oriental. Ça passera par des infrastructures que nous voudrions mettre au niveau du Sud du pays et qui pourront lier la Guinée-Bissau à Casamance Orientale. Il s'agira aussi d'impliquer un acteur, un pays aussi important que le Mali, dans toute cette approche régionale. C'est tout ça qui créera cet écosystème de coprospérité qui pourra aider à réduire les tensions séparatistes en Casamance. Je sais que le Président Macky Sall s'est engagé fermement pour des négociations avec les séparatistes. La Guinée-Bissau sera un pays partenaire dans ce processus. Nous ne serons pas un pays qui ramera dans le sens contraire de ces efforts parce que nous sommes conscients que nous avons besoin d'un Sénégal stable au Sud et prospère pour qu'aussi le Nord de la Guinée-Bissau puisse en bénéficier.  C'est le même peuple et nous pouvons donner l'exemple d'une accélération de l'intégration entre nos deux pays. Je suis certainement celui qui comprend le mieux ces défis et je pourrais rapidement proposer au Sénégal une façon de concevoir cette zone de coprospérité.

Votre dernier mot à l'endroit de la population Bissau - guinéenne et africaine

Nous devons garder le cap. Nous ne sommes pas sortis des moments difficiles, de la tempête, de la guerre froide. Nos nations sont encore en construction et elles ont besoin de réussite politique et économique. Je crois que du côté économique des progrès sont en train d'être faits. Du côté politique, il y a encore des efforts à faire. La bonne gouvernance est certainement la seule façon de permettre aux populations de se sentir partie prenante des résolutions des conflits qui peuvent exister dans n'importe quel processus de formation d'une nation. Ça demande aussi des leaders qui sont honnêtes, qui ont le souci de leur pays en premier et non le souci de leur propre réussite économique. C'est le message à envoyer à la nouvelle génération de politiciens qui va certainement émerger dans les prochaines années. Je crois que nous avons encore des défis mais le 21ème siècle sera le nôtre. Il l'est déjà mais il faut que nous soyons vigilants et cela demande plus d'intégration, plus d'échanges, plus de transparence et plus de bonne gouvernance.

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