Afrique: Assia Sidibé, Responsable Engagement Pays à la Capacité Africaine de gestion des Risques – « A la recherche de fonds afin d'investir dans l'adaptation aux changements climatiques »

22 Octobre 2014
interview

Le Kenya, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, et le Sénégal sont membres de la mutuelle panafricaine de gestion des risques et recevront pour la première fois un déclenchement de fonds de l'ARC (Capacité Africaine de gestion des Risques) à la fin de cette année. L'information a été donnée par Mme Assia Sidibé, Responsable Engagement Pays de cette Institution spécialisée de l'Union africaine. Dans l'interview accordée à allAfrica, elle revient de fond en comble sur cette opportunité offerte aux pays africains pour une meilleure gestion des risques liés aux changements climatiques.

Plusieurs États africains viennent d'annoncer le lancement à partir de 2016 des obligations pour financer la gestion de catastrophes liées aux changements climatiques dont les sécheresses ou les inondations. De quoi s'agira-t-il exactement ?

L'émission de ces obligations intervient dans le cadre de la nouvelle initiative ''Extreme Climate Facility'' (XCF) de l'African Risk Capacity (ARC), Institution spécialisée de l'Union africaine. L'objectif d'XCF est de créer un mécanisme de financement long-terme qui permettrait aux pays africains d'avoir des fonds afin d'investir dans l'adaptation aux changements climatiques.

Le principe est assez simple, on se base sur un logiciel de gestion de risques que nous utilisons déjà au sein de l'ARC, et sur les 30 années de données climatologiques pour définir un indice de Climat Extrême.

Cet indice suivra les fréquences et les intensités des évènements climatiques dans les différentes régions du continent, en les comparant à une base de référence pour chaque région du continent. Sur des fenêtres de cinq années consécutives, à chaque fois que l'indice dépassera un certain seuil lié à la survenance d'un évènement climatique extrême, les échéances des obligations catastrophes qui seront donc émises sur le marché financier seraient allouées aux pays des régions affectées.

Les pays éligibles auraient donc des fonds pour faire face aux évènements climatiques extrêmes, dans le cadre des changements climatiques.

Les acteurs sont-ils bien initiés à ce type d'obligations ?

Pas encore, il s'agit justement pour nous de stimuler le marché des obligations catastrophes (CAT bonds), qui sont des obligations à haut rendement généralement émises par une compagnie d'assurance ou de réassurance. Dans le cas où survient un sinistre (tremblement de terre, raz de marée, ouragan..), le détenteur de l'obligation perd tout ou une partie des intérêts, voire du nominal de l'obligation. Ce produit permet aux compagnies d'assurance et surtout de réassurance de faire supporter par des tiers une partie des risques liés à ces événements exceptionnels et donc réduire leurs risques

Quelles seront les conditions d'accès à ce mécanisme ?

Pour avoir accès à ce mécanisme, les pays devraient être membres de l'ARC et soumettre leur plan d'adaptation climat, qui devra être validé par le Conseil d'Administration de l'ARC.

Institution spécialisée de l'Union africaine qui soutient les pays en cas de crise liées aux évènements climatiques, l'ARC est déjà opérationnelle à travers son secrétariat et ses 24 pays signataires du traité portant création de l'ARC depuis 2012.

La première entité financière créée par ARC est ARCICL, la mutuelle panafricaine de gestion des risques. Son principe est simple et transparent : Les pays qui le souhaitent souscrivent une police d'assurance paramétrique, basé sur un indice de sécheresse. Si l'indice est atteint, les pays reçoivent un déclenchement de fonds à la fin de la saison agricole, ce qui leur permet d'assister les populations dans des délais beaucoup plus courts que les délais traditionnels des mécanismes d'aide d'urgence existant. Cinq pays, dont le Kenya, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, et le Sénégal, sont déjà membres de cette mutuelle, et certains d'entre eux recevront pour la première fois un déclenchement de fonds de l'ARC à la fin de cette année. C'est donc un mécanisme de mutualisation des fonds de ces cinq pays du continent, et de transfert du risque aux marchés internationaux, puisque la mutuelle de l'ARC se réassure auprès de réassureurs, qui aujourd'hui, ont de l'appétit pour le risque climatique, même s'ils ne souhaitent pas assumer l'ensemble du risque.

Quel sera l'instrument qui va supporter cet outil de financement innovant ?

Les obligations catastrophes, qui seront indexées sur l'indice des évènements climatiques extrêmes en cours de développement. Dans notre cas, les coupons des obligations seraient financés par les bailleurs. Si au bout de la fenêtre de 5 ans, il y a eu des évènements climatiques extrêmes, les échéances des obligations seraient allouées aux régions ayant souffert des évènements climatiques extrêmes.

Les obligations catastrophes initiales seront d'une valeur totale de plusieurs centaines de millions de dollars, avec l'objectif de distribuer plus d'un milliard de dollars d'obligations de changements climatiques en Afrique sur une période de 30 ans.

Est-ce que des projections ont été faites pour mesurer la viabilité d'un tel instrument en Afrique?

Nous sommes au stade des études, même si nous savons que le mécanisme est tout à fait viable, car nous utilisons la même technologie que celle nous permettant de définir l'indice de sécheresse dans le cadre de la mutuelle de l'ARCICL. Comme vous le savez, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, Ministre de la Coordination de l'Economie et des Finances du Nigeria, a annoncé le lancement de l'initiative Extreme Climate Facility au dernier Sommet des Nations Unies sur le Climat à New York. XCF sera opérationnel en 2016.

Vu l'ampleur de la sécheresse et des inondations, est ce que les besoins de l'Afrique seront couverts dans un temps bien déterminé ?

L'Afrique est la région la plus vulnérable aux risques climatiques, aujourd'hui, les désastres liés au climat impactent très négativement la croissance, et surtout celle du secteur agricole, pilier de nombreuses économies du continent. Les besoins sont énormes. On parle beaucoup des sommes nécessaires pour les mesures d'adaptation aux changements climatiques, et des financements innovants nécessaires pour y arriver. Mais les pays les plus avancés, dans le cadre des négociations sur les changements climatiques, sont hésitants à transférer des fonds à l'Afrique, citant l'absence d'une mesure objective de l'impact climatique, et demandant comment les africains répartiront les fonds. A l'UA, on a donc développé le projet XCF, qui est basé sur des données objectives et transparentes, et que l'Afrique va porter d'une voix commune, pour essayer de faire avancer les choses. XCF, de par sa structure financière novatrice, permettra de capitaliser sur les ressources du marché financier international à travers l'émission des obligations catastrophes. On utilise très peu de capital public, et on capitalise d'avantage sur l'appétit du marché financier international

En quoi « les obligations catastrophes » peuvent donner plus de garanties aux investisseurs ?

Les obligations catastrophes ont été initialement développées par les réassureurs, afin de partager le risque avec le marché financier international. C'est donc une manière de désengager son bilan. L'idée de partager le risque climat avec d'autres investisseurs est très attractive, et de là vient l'idée de l'XCF.

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