Sénégal: La Francophonie dévoile ses ambitions économiques à Dakar

Forum économique de la Francophonie
2 Décembre 2014

Le 1er Forum Economique de la Francophonie s'est ouvert le lundi 1er décembre au Centre Internationale de Conférence Abdou Diouf (CICAD).

Un moment fort pour tracer le chemin que les pays doivent suivre pour dynamiser les échanges dans l'espace francophone. Il est attendu des ces assises de deux jours une « Charte de Dakar » dont l'une des recommandations majeures réside dans la libre circulation des personnes et des biens au sein de l'espace francophone. Ce qui remet sur la table la résolution de la problématique des visas.

En plus des aspects culturels et politiques…la Francophonie considérera désormais l'économie parmi ses priorités. Les autorités de l'espace ont fait une esquisse de ce que doit être une « francophonie économique » dans l'échiquier international, à l'ouverture du 1er Forum Économique de la Francophonie. Le Secrétaire Général sortant de cette institution a partagé l'une de ses dernières réflexions avant son départ en fin 2014. La vision d'Abdou Diouf sur l'économie de la Francophonie prend son essence en Afrique qu'il qualifie de « continent de l'avenir ». C'est dans cette perspective qu'il s'interroge sur la pertinence d'avoir une croissance en l'absence d'un développement humain important. Selon lui, le lien entre la Francophonie et l’Économie est resté longtemps évident. Avant de relever que « si nous voulons être dans une Francophonie économique, il faut que l'on puisse circuler librement, échanger, innover… » Une opportunité saisie par la présidente de l'association des femmes d'affaires francophones qui s'est offusquée du fait que : « Aujourd'hui, il est plus facile de commercer avec Dubaï qu'avec la France ».

Un état de fait qui renvoie à la problématique des visas entre pays francophones, source de blocage de la libre circulation des personnes et des biens.

Jean-Marie Colombani, ancien Directeur du journal Le Monde, Cofondateur et Directeur de publication de Slate.fr souligne son enthousiasme de constater que « l'histoire de la Francophonie économique s'écrit à Dakar ». Pour lui, compte tenu des potentialités dont regorge l'espace, la Francophonie peut être un gisement de croissance. Une position qu'il éclaire avec l'analyse de beaucoup d'économistes estimant que « les pays parlant une même langue peuvent échanger jusqu'à 60% de plus que les autres ». Un constat relevé dans un espace francophone ou la croissance économique a été soutenue (+3.2% par an en moyenne) au cours des cinq dernières années, et ce malgré la crise de 2008. Ces chiffres illustrent à la fois la vitalité de l'espace francophone, ainsi que le potentiel en matière de développement économique.

Devant cette kyrielle d'atouts, M. Colombani suggère de sanctionner le Forum économique de la Francophonie par une « Charte de Dakar ». Une feuille de route qui, selon lui, va permettre de mieux structurer les forces de la zone en termes économiques.

Sur cette même lancée, le président Macky Sall estime que l'espace francophone ne peut prospérer que par une dynamisation du commerce, des investissements… Cette nouvelle vision d'une francophonie économique devra, selon le président de la République du Sénégal, s'appuyer sur un cadre juridique et commercial assuré par l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (Ohada). Il s'agit aussi, d'après celui qui assure la présidence de la Francophonie pour deux ans, d'imaginer des solutions pratiques et opérationnelles dont l'accès au crédit, assurer une garantie souveraine, régler les problèmes de visa, accorder une attention particulière aux Petites et Moyennes Entreprises…

M. Sall de souligner qu'avec la stratégie économique fixée lors du Sommet de Dakar, l'Organisation Internationale de la Francophonie fixe une nouvelle direction. Il appartient aux États de créer les conditions nécessaires et au secteur privé de l'accompagner. Avant de se réjouir du fait que dans le dernier classement du Doing Business, cinq des pays, meilleurs réformateurs du monde, sont francophones.

Sur cette lancée, Abdou Diouf invite à s'appuyer sur les réseaux francophones à l'image de celui des chambres de commerce, des groupements économiques comme l'UEMOA dont les pays ont un marché commun et une même monnaie, pour dynamiser les échanges.

Lutter contre la mauvaise perception de l'Afrique

Dans cette volonté d'aller de l'avant dans la constitution de la Francophonie économique, le fait que la Chine et la Turquie occupent les devants de l'investissement dans l'espace n'a pas laissé de marbre les autorités de la Francophonie. De l'avis de Macky Sall, cet état de fait est la résultante de la mondialisation et cela doit pousser les pays francophones à développer le culte du travail. « Si nos entreprises veulent être compétitives, il faut qu'elles se mettent à l'heure de la mondialisation… Il nous faut de la compétition, des partenariats gagnant-gagnant». Avant de poursuivre : « Il faut que les entreprises du Nord acceptent la compétition en Afrique. Beaucoup d'entre elles restent dans des conforts qui datent de longtemps ». Macky Sall aux investisseurs occidentaux de la zone francophone : « Le risque politique en Afrique n'existe pas ; ça a été mis en place pour rendre le loyer de l'argent plus cher. Il n'y a aucun pays africain qui ne paye pas ses dettes ». Pour lui, le premier combat à mener revient à lutter contre la bureaucratie, aller vers la dématérialisation des procédures pour sécuriser et aller très vite dans les échanges.

Makhtar Diop, Vice-Président Afrique de la Banque mondiale, pour sa part, met le doigt sur la perception du risque pays. « On a une perception qui n'a rien à voir avec la réalité en Afrique ». Face à cette situation, il suggère l'établissement d'instruments pour mesurer ce phénomène en Afrique.

Alain Juppé, Maire de Bordeaux et Président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, ancien Premier Ministre de la République française lui emboite le pas. Il estime que « l'espace francophone africain doit demeurer le fer de lance de la liberté malgré les menaces de Boko Haram, d'Aqmi», entre autres groupes terroristes. Avant de lancer : « je crois à la Francophonie, à l'Afrique et la nécessité de renforcer le partenariat entre le continent et la France. L'Afrique est sur le bon chemin et la France doit être à ses côtés». Sur ce registre, il appelle la France à surmonter le complexe de la Françafrique et être un partenaire de taille. Une invite qui s'impose du moment que l'Hexagone est fortement concurrencée sur le sol africain par les économies émergentes. C'est ainsi qu'il a émis le souhait de voir ce siècle être celui de l' « Eurafrique ».

Dans la même veine, Christian Paradis, Ministre du Développement international, Ministre de la Francophonie du Canada expose la bonne disposition de son pays à renforcer son partenariat et ses échanges avec les pays francophones surtout africains. Pour lui, il faudra favoriser la transparence, l'éducation et le libre accès aux marchés des pays francophones.

D'avantage de contenus français sur internet

Dans cette perspective, il est souhaité de « financiariser » la zone francophone avec les banques qui « peuvent être un accélérateur de l'intégration de l'espace francophone » en exploitant l'atout de l'Afrique, la forte pénétration de la technologie. Sur ce point, il est jugé nécessaire d'appuyer le digital en créant du contenu africain qui pourra être exporté sur le marché mondial. Un point appuyé par le fait que le français, 6e langue la plus parlée dans le monde, ne représente que 5% des contenus sur Internet. Ce qui fait dire aux initiateurs du forum économique qu'il est primordial que le français s'inscrive dans une réalité contemporaine marquée par le développement de la technologie. Le numérique est perçu comme un vecteur clé pour réaliser l'important potentiel de diffusion de la langue et de la culture française dans le monde, accessible au plus grand nombre, en visant surtout les jeunes.

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