19 Décembre 2016

Afrique de l'Ouest: Parier sur l'avenir

La décision annoncée par les chefs d'Etat de la CEDEAO réunis en session extraordinaire samedi dernier à Abuja avec l'invitation faite à tous les présidents des pays membres à se rendre le 19 janvier prochain à Banjul, en Gambie, pour assister à la prestation de serment d'Adama Barrow, le président élu, constitue sans aucun doute un signal fort adressé à Yaya Jammeh sur leur volonté d'en découdre.

D'autant plus que s'y ajoute la précision sibylline selon laquelle ils allaient prendre les mesures idoines « pour faire respecter les résultats de l'élection présidentielle ». Il y a là un décryptage auquel est invité Yaya Jammeh, comme pour lui signifier qu'il lui revenait de faire la lecture qui sied vu que ses pairs parient quelque part, comme dans une négociation sous l'arbre à palabres, sur le fait que la raison finira par l'emporter.

Aidés en cela par les nombreux conciliabules qui ne manqueront pas de se poursuivre en coulisses en faisant intervenir les différentes franges de la société, les notabilités coutumières et religieuses notamment. L'idée étant d'aboutir à une solution convenable dans un esprit de tolérance, de pardon et de réconciliation.

A l'évidence on devine que les chefs d'Etat de la Cedeao veulent tout faire pour éviter une confrontation militaire et ses conséquences forcément désastreuses en termes de couts humains et matériels. Déterminés à ne pas laisser faire, ils semblent toutefois animés par le désir d'aménager une porte de sortie au dictateur de Banjul.

Ce faisant, l'organisation sous régionale est dans son rôle. Pour ce faire, il revient aux politiques de jouer pleinement leur partition différente de celle des organisations des Droits de l'homme. Même si ces dernières, critiquées vertement par certaines franges de l'opinion publique qui les soupçonnent d'avoir été à l'origine de la volte-face de Yaya Jammeh, n'auront pourtant été qu'en accord avec leur raison d'être.

Critiquer, interpeller, dénoncer tous les manquements et atteintes aux libertés et exiger que leurs auteurs soient trainés devant les juridictions compétentes afin que nulle place ne soit laissée à l'impunité. Qu'aurait-on voulu qu'elles disent sinon : que Jammeh a tué des gens et qu'il faut faire montre de magnanimité à son endroit. Voilà sans nul doute un mauvais procès qui leur est fait, d'autant plus que le dictateur de Banjul ne nous a nullement habitués à un comportement rationnel et cohérent.

Tombé de Charybde en Scylla Jammeh et ses sbires se retrouvent au contraire en face de leur fragilité, envahis qu'ils sont par la peur et le doute. Tenaillés par cette crainte irrépressible de mourir et qui fait que vous êtes prêts à tout pour sauver votre peau. Les Gambiens semblent en prendre la mesure. Aussi cela se traduit-il par une conscience sourde qui se donne sous la forme d'un face-à-face tendu de ni guerre ni paix avec des protagonistes qui s'observent en chiens de faïence.

On a comme le sentiment que le président Jammeh se sent irrémédiablement perdu mais ne veut pas aller à la potence et que le camp d'en face veut jouir de sa victoire sans pour autant marcher sur des cadavres. Cela donne forcément un espace de négociations possibles pour déboucher sur un modus vivendi qui puisse prendre en compte les intérêts contradictoires des deux protagonistes.

Il appartiendra au nouveau régime de veiller à neutraliser la capacité de nuisance de jammeh, d'imaginer comment faire en sorte de pacifier la société gambienne, de panser ses blessures en la réconciliant avec elle-même, tout en refusant de l'installer dans ce qui pourrait apparaitre comme une chasse aux sorcières.

C'est dire qu'il est des moments de l'histoire où il importe plus, tout en étant inflexible, notamment sur la victoire non négociable d'Adama Barrow, de s'essayer à contenir les rancœurs et les désirs de vengeance nés du parcours jalonné d'enlèvements, de tortures et de meurtres du dictateur de Banjul, pour contracter un bail avec l'avenir.

A ce titre, la pire des humiliations qui puisse être infligée au monstrueux Jammeh et a contrario le meilleur hommage qui puisse être rendu à ses victimes consistera, pour Adama Barrow et sa future équipe, de contribuer à asseoir une politique de bonne gouvernance respectueuse des droits de l'homme et des libertés.

Un gouvernement qui se mobilise pour trouver des solutions aux attentes des populations, lutte contre la corruption et l'impunité, milite pour l'éducation, la paix et l'unité africaine, en un mot un pouvoir respectueux de l'Etat de droit, participera à coup sûr à rendre plus difficile l'émergence de Jammeh en puissance.

Afrique de l'Ouest

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