19 Janvier 2017

Mali: Attaque d'une base militaire mixte à Gao - Quel avenir pour l'accord d'Alger ?

Photo: RFI/David Baché
Un véhicule de l’armée malienne dans les rues de Gao.

L'attaque d'une base militaire à Gao, le 18 janvier dernier, qui s'est soldée par le bilan macabre revu à 70 morts, porte la signature du groupe djihadiste Al-Mourabitoune de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). C'est, en tout cas, ce groupe qui en a revendiqué l'attaque, sur le site d'information mauritanien Al-Akhbar, un de ses canaux habituels de transmission.

En effet, le camp attaqué regroupait des soldats de l'armée malienne et des éléments de la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA) dans le cadre des patrouilles mixtes prévues dans l'Accord d'Alger. C'est donc tout un symbole qui a été attaqué et au-delà de l'horreur suscitée par cet attentat-suicide, la question qui taraude les esprits est la suivante : quel avenir pour l'Accord d'Alger ? Déjà, les deux principales parties prenantes se rejettent mutuellement la responsabilité des failles du dispositif sécuritaire qui ont rendu possible le carnage.

Cette guéguerre pose l'épineux problème de la confiance entre partenaires de l'accord et au-delà, de leur sincérité. On le sait, le cordon ombilical qui lie les groupes terroristes aux groupes armés de la CMA, n'a jamais été véritablement rompu et l'on pourrait se demander si ce flou artistiquement bien entretenu, n'a pas permis des infiltrations et autres complicités qui ont rendu possible l'attaque. La question que l'on se pose en pareilles circonstances est de savoir : « à qui profite le crime ? » De toute évidence, on peut indexer les auteurs directs de l'attaque -suicide et au-delà, tous les autres loups non signataires de l'Accord d'Alger comme Iyad Ag-Ghali, qui sont exclus du processus de paix. Mais, sans prendre parti, on peut croire que la CMA a intérêt dans l'affaire car la situation d'insécurité généralisée au Nord-Mali, sert à couvrir toutes les contrebandes et autres trafics illicites.

L'attentat de Gao met à nu les difficultés pratiques de la mise en œuvre de certaines dispositions de l'accord d'Alger

Lorsque l'on sait que la CMA n'a véritablement jamais renoncé au projet d'indépendance du septentrion malien, elle ne peut être à l'abri du soupçon de torpiller l'Accord d'Alger qu'elle a difficilement signé. De ce fait, les chaudes larmes qu'elle verse ne pourraient donc être que des larmes de crocodile. Mais au-delà de la sincérité des différents acteurs, l'attentat de Gao met à nu les difficultés pratiques de la mise en œuvre de certaines dispositions de l'accord. Le cantonnement dans les camps de regroupement, devrait passer nécessairement par le désarmement des groupes armés et la prise de dispositions strictes de sécurité autour de ces camps. Puisque cela n'a pas été fait, les armes continuent de circuler dans des espaces ouverts, rendant possible le genre d'attaques qu'il a été donné de constater.

De ce qui précède, il faut craindre que cette attaque du 18 janvier qui est une première par son lourd bilan et par la spécifité de sa cible, ne fasse voler en éclat ce qui reste de la feuille de route définie à Alger. Si l'attaque ne suffit pas à le faire, elle peut donner un prétexte à tous ceux qui, contre mauvaise fortune, avaient fait bon cœur en y adhérant. Mais « à quelque chose malheur est bon ». Car, l'occasion serait belle pour la communauté internationale en général et la France en particulier, de se rendre à l'évidence que cet Accord d'Alger ne saurait être la solution au problème malien.

La seule et vraie solution à ce cancer qui menace la stabilité de la sous-région, est de former et d'équiper l'armée malienne de façon à ce qu'elle puisse entreprendre la conquête de l'intégrité du territoire national et le nettoyer de toutes les bandes armées en rupture de ban avec la République.

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