27 Janvier 2017

Cote d'Ivoire: Loi de programmation militaire - Les enjeux et les objectifs d'une réforme

"La loi de programmation militaire». Le thème est revenu à maintes reprises, lors de la série de mutineries des militaires à Bouaké, Korhogo, Daloa et dans d'autres villes de Côte d'Ivoire.

Au cours des négociations avec les meneurs des soldats mutins, le ministre auprès du président de la République en charge de la Défense a expliqué que la loi de programmation militaire prenait justement en compte toutes les préoccupations soulevées par les mutins au cours de ces discussions.

« La plupart des préoccupations soulevées sont déjà contenues dans la loi de programmation militaire pour laquelle des moyens sont prévus pour l'année 2017.

Le président de la République fait confiance à l'ensemble des soldats pour la résolution des problèmes dans le calme », avait précisé le ministre de la Défense au sortir d'une séance de travail avec les mutins. Mais, que dit cette loi ?

Quels sont ses objectifs et ses enjeux ? Votée en décembre 2016, cette nouvelle loi sur les forces armées nationales vise non seulement à améliorer les conditions de vie et de travail dans les casernes. Mais aussi à bâtir une armée de métier plus professionnelle et plus efficace.

Conçue sous la supervision de conseillers ivoiriens par le cabinet américain Jefferson Waterman International qui conseille la Présidence, la nouvelle loi de programmation militaire inaugure un bouleversement de taille au sein des armées.

La loi de programmation militaire consiste, dans sa première étape, à aller vers un nouveau modèle d'armée plus adaptée aux réalités actuelles de la Côte d'Ivoire et à ses potentialités, de même qu'à ses ambitions de développement intégral et à son rayonnement sous régional. Le projet de loi de programmation militaire était indispensable.

En ce sens que la crise économique des années 1980 a eu des répercussions sur le secteur des forces armées qui ne disposaient plus de moyens pour faire face aux dépenses d'équipement et d'entretien des hommes.

Cette situation avait conduit à une mutinerie des soldats, en 1990, et avait amené les autorités à accéder aux doléances des mutins en fixant l'âge de la retraite à 55 ans pour l'ensemble des militaires jusqu'au grade de commandant.

La consé- quence de cette mesure a été l'augmentation et le vieillissement des effectifs, suivis de l'accentuation du déséquilibre budgétaire de la défense au détriment de l'investissement.

L'adoption de cette loi en décembre 2016 et le début de son application cette année prévoit une réduction de façon progressive, jusqu'en 2020, de l'effectif de la Grande muette de 4000 hommes en instaurant une prime de départ à la retraite comprise entre 3 et 20 millions de FCFA.

Désormais la carrière militaire prend la forme de contrats successifs de 5 ans, trois fois renouvelables.

Dans l'application de cette réforme, le Gouvernement prévoit d'investir 2 254 milliards F CFA sur la période de 2016 à 2020, contre 6,4 milliards de FCFA qui étaient consacrés par an à la Grande muette auparavant. 1453,6 milliards FCFA seront alloués au fonctionnement, à hauteur de 60%, et 800 milliards destinés aux investissements, à hauteur de 40% du budget alloué.

Il s'agit donc, pour cette loi, d'apporter des solutions concrètes fortes et durables aux difficultés constatées au niveau de la sécurité liées, par exemple, aux moyens humains, aux moyens matériels et financiers de la Police nationale, des Douanes, de la direction générale des Affaires maritimes et portuaire, des Eaux et forêts, de l'Office national de la protection civile, etc.

La loi s'inscrit dans l'approche de la nouvelle politique de Défense et de Sécurité de la Côte d'Ivoire définie à travers le document de stratégie nationale de sécurité sur lequel l'actuel ministre en charge de la Défense a durant plusieurs années travaillé en tant que secrétaire général du Conseil national de sécurité (CNS).

Il n'est donc pas étonnant de le voir aujourd'hui en maître d'ouvrage dans la mise en œuvre de cette réforme.

Le document de stratégie nationale de sécurité appelé aussi Réformes du Secteur de la Sécurité (RSS) détermine les mesures prioritaires permettant de doter le pays de forces de sécurité intérieure dignes des ambitions d'émergence affichées par le à l'horizon 2020.

Car dans la vision du président de la République, chef suprême des armées, l'armée doit participer à son ambition d'une Côte d'Ivoire émergente à l'horizon 2020.

L'enjeu est de faire de faire de la Grande muette une entité au service du développement de la Côte d'Ivoire, en dehors de sa fonction régalienne de maintien de la paix à l'extérieur, avec des bataillons projetables pour les missions extérieures.

Dans cette optique, des bataillons du génie sont en train d'être équipés dans chaque zone de défense afin que les forces de sécurité puissent contribuer au relèvement économique et au développement. Cette politique permettra de rapprocher un peu plus les forces des populations, de les réconcilier après les années de crise qu'a connues la Côte d'Ivoire.

A terme, il s'agit, d'une part, de recoller le lien affectif qui a toujours existé entre l'armée et le peuple, aujourd'hui mis à mal. D'autre part, d'instaurer une armée disciplinée et modèle pour rassurer les bailleurs de fonds et aux hommes d'affaires soucieux d'investir en Côte d'Ivoire.

Une étape nécessaire pour assurer des emplois à la jeunesse et résorber le chômage. La dernière série de mutineries des militaires vient pour rappeler qu'il urge de mettre véritablement en marche cette réforme pour donner toutes les chances à la Côte d'Ivoire de pouvoir continuer inexorablement sa marche vers l'émergence.

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