Afrique Centrale: Plaidoyer pour une aide humanitaire plus efficace et renforcée pour le Bassin du Lac Tchad

Un garçon pleurant à quelques pas de sa famille à Bama, un ancien bastion de Boko Haram, dans l’Etat de Borno, au Nigeria, où un camp accueille environ 25.000 Nigérians qui ont fui les villages voisins.
22 Février 2017

Un plaidoyer fort est fait pour la construction d’une aide humanitaire plus efficace et renforcée en faveur des populations du Bassin du Lac Tchad. Ce nouvel élan est ressorti du panel virtuel que Plan International Afrique de l’Ouest et le Groupe AllAfrica Global Média ont organisé ce mercredi 22 février, en collaboration avec le bureau régional de OCHA. Ceci en prélude de la grande Conférence humanitaire d’Oslo pour le Nigeria et la région du lac Tchad, qu’organisent ce 24 Février 2017 à Scandic Holmenkollen Park (Oslo), la Norvège, l'Allemagne, le Nigeria et les Nations Unies.

L’aide humanitaire destinée au Bassin du Lac Tchad qui, depuis des années est entre le marteau de l’action dévastatrice de Boko Haram et et l'enclume des changements climatiques, est appelée à être doublée et distribuée sur la base de nouvelles priorités. Ce souhait résume les grandes lignes d’un panel virtuel que l’équipe de Dakar de AllAfrica Global Media a organisé dans la matinée de ce mercredi 22 février, en partenariat avec les bureaux Afrique de l’Ouest et du Centre de Plan International et OCHA.

Les échanges qui se sont tenus sur le média social Viber de AllAfrica (Viber Public Chat) se sont, à l’unanimité désolés de l’ampleur du besoin humanitaire pour une crise qui touche quelque 17 millions de personnes dans les zones comme le nord-est du Nigeria, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, à l’ouest du Tchad et au sud-ouest du Niger. Un constat qui interpelle humanitaires et autorités mais aussi les populations des zones concernées.

Dans cette région, la puissance négative de Boko Haram a certes été mise à mal, mais les organismes qui y interviennent, après plusieurs échanges avec les populations du Nigeria, du Cameroun, Niger et Tchad, constatent que ce serait manquer de vigilance que de se fier uniquement à ces avancées militaires. Ce qui fait dire au point focal de Ocha dans le Bassin du Lac Tchad, Mme Bérénice Van Den Driessche qu’il faut profiter de cette « fenêtre d'opportunité » pour agir, aller plus loin et trouver les populations dans le besoin! Une invite d’autant plus pertinente que beaucoup de témoins que les humanitaires rencontrent sur le terrain mettent le doigt sur les causes profondes du malaise qui ont pour noms pauvreté, éducation etc.

Pourtant des progrès ont été réalisés dans ce sens par l’assistance humanitaire vu les données que Mme Van Den Driessche a partagé dans ce sens. Dans la gestion de cette crise, plus de 1,6 millions de personnes ont reçu un soutien alimentaire et nutritionnel, plus d’un million d’enfants y ont été vaccinés, sans oublier les 4,4 millions de personnes qui ont été aidées à accéder aux soins primaires. A cela, s’ajoutent les 1,4 millions de fermiers et pasteurs qui bénéficient d’aide, les 300 mille garçons et filles qui ont rejoint les chemins de l’école, les 2,3 millions de déplacés et leurs familles qui ont accès à l’eau potable, des sanitaires, 300 mille enfants compris entre 0 et 5 ans ont été traités contre la malnutrition y compris les 194 mille qui ont frôlé la mort à cause de pandémie…

Aleks" Krajczynska, responsable de programme au bureau régional de Plan International reconnait, même si et du cote du PAM, nous arrivons à présent à assister à plus d'un million de personnes au Nigeria, les chiffres montrent que ce n'est toujours pas assez.

La nécessaire implication des autorités et des populations bénéficières

Malgré ces efforts, la situation est toujours alarmante et les besoins place l’aide humanitaire jusque-là consentie dans la posture d’une goutte d’eau dans l’océan. Les besoins humanitaires restent énormes au vu de la complexité et de l’ampleur de la souffrance des populations du Bassin du Lac Tchad. D’où l’urgence d’une meilleure gestion de la crise

Selon l’équipe de Plan International Afrique de l’Ouest, « les femmes et les enfants demeurent les personnes les plus vulnérables et les besoins de secours d’urgence ne cessent d’accroitre au fil du temps ». Même si : « dans le but de pallier à cela les organismes humanitaires renforcent tant bien que mal leurs actions dans cette région ».

Le point focal de Ocha dans le Bassin du Lac Tchad, Mme Bérénice Van Den Driessche, pense que « les organismes humanitaires ont un rôle énorme à jouer vu l'ampleur de la crise dans les quatre pays ». Par ailleurs, a-t-elle précisé, « les enjeux auxquels nous sommes confrontés sont tellement énormes (changement climatique, pauvreté, éventuelle radicalisation, etc.) que seul le volet humanitaire ne peut pas résoudre ». Ce qui nécessite l’implication de nouveaux paradigmes dans la gestion de cette crise.

Pour confirmer ces propos, Mme Van Den Driessche a partagé le témoignage d’un pêcheur du nom de Douglas et qui s’active dans cette région : « De nos jours, le climat change. La météo est devenue plus fraîche, et maintenant il est très difficile de pêcher le poisson ».

Dans cette même veine, le Programme alimentaire mondial (Pam) de rappeler qu’en période d'urgence et de crises humanitaires prolongées, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et leurs ménages sont encore plus vulnérables et souvent moins équipés pour faire face aux chocs encourus. L'accès au traitement salvateur devient un défi majeur. Et avec la crise dans le Bassin du Lac Tchad, estime cet organisme international, les PVVIH doivent faire face à des centres de santé endommagés, un niveau de personnel de santé inadéquat, des perturbations dans la fourniture des antirétroviraux ainsi que l’insécurité globale touchant les infrastructures.

Sur cette même lancée, Sokhona Aly Niane du Mali pense qu’il faut surtout opter pour des solutions durables. Elle cite ainsi des études qui révèlent que « le Tchad est devenu le pays le plus chaud au monde qui atteint les 50 degrés. Le lac Tchad connaît de sérieux problèmes car l'un des principaux affluents a cessé de l'alimenter à savoir le Komadougou Yobé au Niger ». Un constat qui lui permet de dire que « les problèmes de l'agriculture, de l'élevage et de pêche ont également engendré d'énorme conflits et la famine. Je crois qu'une étude scientifique serait la bienvenue également ».

Mme Awa Faly Bâ du bureau Afrique de l’Ouest de Plan International y greffe les besoins alimentaires cruciaux notamment pour les enfants. Pour cela, souligne-telle, « il faut que les communautés puissent avoir des moyens de cultiver, vendre, entreprendre ». D’où son plaidoyer pour un soutien aux initiatives économiques avec plus de soutien aux nombreuses activités fondamentales.

Citant l’exemple du Nigeria, M. Ibrahim Mohamed Teme, ressortissant malien pense que, « même si des progrès ont été réalisés par les humanitaires qui ont réussi à accéder à des zones jusque là jugées dangereuses, beaucoup reste encore à faire car en plus de l'alimentation, l'éducation, les soins sanitaires et hygiéniques sont aussi à prendre en considération ».

Reprenant la balle au rebond, Sokhona Aly Niane du Mali de lancer : « les organismes humanitaires ont un grand rôle à jouer mais celui de la population est d’autant plus important surtout vis à vis du changement climatique qui d'ailleurs frappe le monde entier. Elle doit analyser et revoir l'impact de leur comportement sur l'environnement ».

Dans la gestion de la présente crise, Ibrahima Keïta IB, relève le caractère multiforme de la question. A son avis, « c'est en quelque sorte la germination des graines semées par la mauvaise gouvernance et la mauvaise justice ». Ainsi, pour y remédier, souligne-t-il, « les humanitaires seuls ne peuvent pas le faire. Il faut l'implication parallèle de tous les pays riverains du basin, appeler les rebelles au dialogue et à la réconciliation, avoir une justice équitable et indépendante ». M. Keïta estime qu’il faut sans doute avoir recours à des nombreuses inventions techniques et technologiques pour s'adapter aux différents facteurs du changement climatique.

Pour Awa Faly Ba, l'appui à la réinsertion des jeunes filles mais aussi les garçons victimes de Boko Haram est essentiel. « On sait que ce sont des cibles pour les insurgés. On doit investir dans l'éducation et dans la protection ». Ce qui, pour Ibrahima Keïta, montre l’énormité de l’urgence et des tâches à accomplir. « La situation demande beaucoup d'efforts aux humanitaires, vu l'étendu du territoire et l'accès souvent difficile ».

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