28 Mars 2017

Afrique: Sexualité - De l'importance de parler du « cheval renversé » avec les parents

interview

Les plus importants des conseils sur la sexualité que la plupart d'entre nous aient jamais reçus de nos parents se résument à « ne tombe pas enceinte » ou « n'attrape pas le sida ». L'on n'aborde presque jamais la conversation sur les bonnes pratiques sexuelles et la sexualité sans risques. Cette situation peut conduire à des comportements sexuels à risque. Les conversations intergénérationnelles autour du sexe doivent être encouragées.

Je me souviens encore de la première fois que ma mère m'a parlé de sexe. Elle m'a fait une explication assez vague à propos d'œufs et se servait des bulles provenant de la baignoire pour écrire sur le mur.

Aujourd'hui, alors que je passe mon temps à inonder Internet d'articles positifs sur le sexe, elle en est au point où elle peut utiliser l'expression « ton biscuit » pour y faire référence sans que son visage trahisse un brin de gêne. Inutile de préciser que ma mère n'est pas très fan de tous mes articles.

Ce scénario est loin de m'être unique : l'incapacité à parler de sexe est un phénomène très répandu, surtout dans les contextes africains. Cela pose un énorme problème, étant donné que les écoles ne comblent pas exactement ce vide. À défaut, la meilleure source d'informations qui reste c'est soit des œuvres pornographiques soit les récits des escapades (parfois embellis) de vos amis.

Alors, en tant qu'Africains, où trouvons-nous l'information sur le sexe ? Et, plus important encore, pourquoi n'abordons-nous presque jamais la question sexe avec nos parents ?

L'incapacité à parler de sexe est un phénomène très répandu, surtout en contexte africain.

Qu'est-ce qui a changé notre culture pro-sexe ?

Il serait fallacieux de penser qu'en tant que continent, nous n'avons pas souvent veillé à ce que tout un chacun soit sexuellement épanoui. Des « écoles de sexualité » constituaient une partie intégrante de la structure sociale. Dans ces écoles, les jeunes recevaient des leçons sur la séduction, les techniques, les danses et les exhausteurs d'humeur, toute chose qui contribuait à une expérience époustouflante dans la chambre. Le sexe était une source de plaisir pour tout le monde et l'on s'en assurait dès le plus jeune âge. Depuis les techniques d'étirement des lèvres (qui pouvaient provoquer le giclement) à la révélation qui établit que le twerk original est né en Afrique de l'Ouest, nous avons toujours su nous y prendre.

Puis quelque chose s'est passé et les conseils ont changé : les religions occidentales sont entrées en scène. Le seul conseil quelque peu grivois que j'ai jamais entendu les anciennes générations donner à une fête de mariage c'est : « avec le mariage, vous serez toujours à genoux... en prière ».

Ce genre de conseil assez vague intervient également après des années de « ne parles pas aux garçons/n'embrasse pas de garçons/ne respire pas à côté des garçons » -- et l'on s'attend quand même à ce que nous ayons une vie sexuelle saine et heureuse une fois mariée !

Je n'arrive pas à saisir comment on s'attendait exactement à ce que je parte d'un point « A » à un point « B » sans conseils et en évitant comme la peste tout ce que j'étais censée emporter dans le foyer ? Les conseils sexe qu'on finit par recevoir des parents sont souvent très basiques et n'abordent, au mieux, que l'aspect biologique de la chose.

Parfois, ils y ajoutent une mention sur le sida, ainsi que la menace de la grossesse et le fait que Jésus est témoin des relations sexuelles hors mariage. À leurs paroles, on a parfois l'impression que notre Seigneur et Sauveur se tient littéralement à la fenêtre et forme des jugements sur votre corps dénudé.

Les conseils sexe qu'on finit par recevoir des parents sont souvent très basiques et n'abordent, au mieux, que l'aspect biologique de la chose.

L'école de l'éducation sexuelle alarmiste qui prévaut dans nos foyers engendre certaines idées extrêmement problématiques à propos du sexe, sans parler des expériences sexuelles affligeantes. Et ce malgré le fait qu'il existe dans notre histoire l'enseignement de pratiques sexuelles sans risques, saines et agréables au sein des communautés.

Aujourd'hui, nous avons renvoyé aux œuvres pornographiques et autres films la responsabilité de prodiguer des conseils sur le sexe.

En ce qui me concerne, certains de mes cris de « c'est si bon » d'autrefois n'étaient qu'une réflexion des femmes que je voyais dans les médias un peu osés que j'avais parcourus, jusqu'à ce que j'ouvre les yeux pour me rendre compte de ce que ces cris n'avaient aucun rapport avec l'expression du plaisir que je ressentais, moi.

Nous devrions avoir davantage peur des statistiques que des conversations

Cette situation présente un problème non seulement quand il faut s'engager dans les relations sexuelles dans le cadre du mariage, mais aussi quand on traverse l'adolescence. Nous ne pouvons pas nous soustraire au fait que les jeunes s'adonnent aux relations sexuelles, que le taux de grossesses précoces atteint des sommets et que le continent africain enregistre la plus forte hausse du taux des infections sexuellement transmissibles (IST).

Les statistiques sur le VIH sont claires : plus de 23 millions de personnes vivent avec le VIH/sida en Afrique subsaharienne. Et le fait que le nombre de personnes vivant avec une MST est estimé à 4 960 320 au Ghana et à 1 968 800 au Rwanda alors ? Sans compter le très grand nombre de personnes (à peu près 2 634 815) vivant avec une MST en Zambie.

Des études menées auprès de femmes enceintes ont révélé des taux d'infections à chlamydia allant de 6 % en Tanzanie à 13 % au Cap Vert. Quant à la gonorrhée, des études sur des femmes enceintes font état de taux d'infection allant de 0,02 % au Gabon, 3,1 % en République Centrafricaine à 7,8 % en Afrique du Sud.

En bref, selon l'Organisation mondiale de la santé, la plus forte hausse dans le taux de MST guérissables par 1 000 personnes a été enregistrée en Afrique subsaharienne. Cette tendance inquiétante ne concerne pas seulement ceux qui ont atteint l'âge de consentement, mais aussi le milieu scolaire. Des rapports émanant de nombreux pays indiquent que les enfants s'adonnent aujourd'hui à des rapports sexuels effrénés à un très jeune âge. Ce qui inquiète davantage c'est que ces rapports sexuels ne se passent pas toujours entre pairs et ne sont pas toujours consensuels - il sévit dans les écoles une énorme pandémie d'agression sexuelle.

En Afrique du Sud, selon un rapport de Human Rights Watch intitulé « La peur dans les écoles », le harcèlement sexuel et les abus constituent « une partie inévitable du milieu scolaire ». Un autre exemple vient du Mozambique, où des filles du lycée et même de l'école primaire ont parlé des enseignants qui exigent des rapports sexuels en échange de notes. C'est à ces idées et ces problèmes que nos jeunes sont confrontés vis-à-vis de l'acte sexuel, et qu'ils emportent avec eux dans l'adolescence, les relations et le mariage.

Nous devons commencer à favoriser une culture où l'on enseigne à nos enfants des pratiques sexuelles saines au lieu d'adopter la politique de l'autruche. Ne pas parler de sexe avec les enfants et entre nous-mêmes ne résoudra pas le sérieux problème auquel beaucoup font face jusqu'à l'âge adulte. Le silence retentissant qu'on oppose aux jeunes vis-à-vis de toute discussion sur le sexe crée plus tard des situations tendues, maladroites et parfois dangereuses. Nous devons donc commencer à engager des conversations franches et ouvertes afin de nous protéger, peu importe combien le fait parler de cunnilingus avec vos parents ressemble à vivre un enfer d'un genre tout nouveau.

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