Afrique: Vers quel système énergétique mondial allons-nous?

analyse

Savoir ce que sera le monde dans vingt à cinquante ans est un exercice périlleux. En outre l'énergie est généralement considérée comme une ressources stratégique autorisant les États à intervenir pour orienter, accélérer ou ralentir sur leur territoire le cours général des techniques au nom de la sécurité.

Le contexte général est celui d'une croissance démographique qui ralentit, mais qui oblige à répondre aux besoins d'un à deux milliards d'êtres humains supplémentaires. Il faut donc produire davantage et consommer mieux, en améliorant l'intensité énergétique de la croissance économique, c'est-à-dire en économisant l'énergie dans l'industrie, le commerce, les transports, l'habitat. D'autre part la lutte contre le changement climatique impose de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui sont produits par la combustion des sources fossiles, à commencer par le charbon, particulièrement polluant.

A la lumière des années récentes, on est tenté de rapprocher  deux phénomènes opposés : l'inertie des systèmes énergétiques et l'émergence rapide d'innovations radicales.  Le premier constat est fondé sur la permanence des énergies fossiles, le duel entre gaz naturel et  charbon et la part encore prépondérante du pétrole, omniprésent dans les transports. Le second procède du développement remarquable des sources d'énergie renouvelables modernes qui bouleversent les systèmes électriques.

La tendance est à la lente réduction de la consommation des fossiles et, en leur sein, au développement du gaz naturel au détriment du charbon, du moins si les moyens de transport du gaz le permettent. Cela pour souligner qu'en tout état de cause, des investissements massifs sont requis dans les prochaines années, à la fois pour répondre aux besoins nouveaux, notamment en Asie et en Afrique, et pour transformer les systèmes énergétiques.

C'est l'électricité qui mène la danse de cette transformation, car non seulement elle est produite aujourd'hui par une panoplie d'outils qui vont de la grosse centrale traditionnelle à la petite cellule photovoltaïque, mais elle se prête aussi au transport de données et à la digitalisation. Ainsi le réseau électrique peut devenir "intelligent", fonctionnant d'amont en aval, de la centrale au consommateur local, et d'aval en amont, recevant les électrons produits  localement par des installations décentralisées. De nouveaux acteurs pénètrent le monde de l'énergie,  les consommateurs eux-mêmes, qui captent sur leur toit des énergies renouvelables, autoproduisent tout ou partie de leur consommation, et offrent éventuellement le surplus.

Le stockage est donc l'une des clés du système électrique de demain, voire du système énergétique, si l'on considère que les avantages et la propreté de l'électricité devraient favoriser sa pénétration dans tous les usages de l'énergie.

Mais ces énergies renouvelables sont intermittentes, le réseau doit pallier cette intermittence par des moyens de production capables de prendre le relais à tout moment. Ce sont les sources conventionnelles : l'hydraulique, le nucléaire, voire le gaz, et malheureusement encore le charbon. On voit tout de suite que si l'on pouvait stocker l'électricité ce serait beaucoup plus facile. Le stockage est donc l'une des clés du système électrique de demain, voire du système énergétique, si l'on considère que les avantages et la propreté de l'électricité devraient favoriser sa pénétration dans tous les usages de l'énergie, comme l'automobile ou le chauffage, grâce aux progrès de la voiture électrique et des bâtiments bas carbone. En somme le système sera davantage décentralisé, décarboné, digitalisé et interconnecté.

Reste que les avions volent au kérosène et qu'il faudra encore des carburants liquides. A terme il n'est pas impossible que l'électricité produite aux heures creuses par les centrales nucléaires ou renouvelables  soit stockée sous forme d'hydrogène, de méthanol ou de diméthylmether,  l'hydrogène par électrolyse de l'eau apparaissant comme une étape indispensable des systèmes énergétiques propres d'après-demain.

De nombreuses recherches cherchent à utiliser l'énergie fatale produite par la nature ou dans les villes, par exemple la géothermie, la chaleur des égouts, les vibrations de la circulation, la fermentation des déchets organiques, la culture des algues ou de certaines bactéries. Les résultats sont encourageants. Ils vont dans le sens de la décentralisation de l'énergie, chaque lieu, chaque pays disposant d'un potentiel particulier. Car, en définitive, il n'y a pas de solution miracle, à moins d'une percée inattendue, mais un ensemble de techniques appropriées, selon les ressources locales et l'usage visé, car n'oublions pas que la gestion de la demande est aussi importante que celle de l'offre.

La politique de l'énergie devra jouer son rôle, les gouvernements, les collectivités et les entreprises sont appelés à concevoir des politiques stables et des objectifs de long terme. L'établissement de prix du carbone est une incitation indispensable. Le maître mot est celui de collaboration. Est-ce que le monde sera assez sage ?

Brice Lalonde

Brice Lalonde préside l'Académie de l'eau en France. Il est aussi le président fondateur du Sommet des entreprises pour le climat (Business and Climate Summit), un rassemblement annuel d'entreprises du monde entier engagées dans l'action contre le changement climatique. Il a été le conseiller du Pacte mondial des Nations unies à Paris et New York.

De 2011 à 2013, il a été sous-secrétaire général de l'ONU à New York, coordonnateur exécutif de la Conférence sur le développement durable Rio+20, après avoir été l'Ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique pour la France de 2008 à 2010. Auparavant il présidait la table ronde sur le développement durable auprès de l'OCDE. Il fut ministre de l'Environnement de 1988 à 1992, et maire de Saint-Briac-sur-Mer de 1995 à 2008. Il a été candidat à la mairie de Paris en 1977 et à la présidence de la République en 1981. Il a présidé l'association des Amis de la Terre de 1972 à 1982. Il a été le président de l'UNEF-Sorbonne en 1968.

Une publication originale du Blog des MEDays 2017:

(http://www.medays.org/fr/vers-quel-systeme-energetique-mondial-allons-nous/)

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