Gambie: Traque judiciaire de Yahya Jammeh - Brody repart à la chasse

Photo: Le Pays
Le sulfureux Yahya Jammeh a quitté la Gambie pour la Guinée-Equatoriale, après une escale à Conakry.

Les victimes de Yahya Jammeh et leurs ayants droit le verront-ils un jour répondre de ses actes devant un tribunal ? Neuf mois après la chute du dictateur, aujourd'hui exilé chez son alter despote de Guinée Equatoriale, Obiang Nguema, sa traque s'organise. Une campagne dans ce sens a, en effet, été lancée le samedi 21 octobre dernier à Banjul après une rencontre entre les suppliciés du monstre de Kanilaï et ceux d'Hissène Habré, premier chef d'Etat africain à avoir été jugé par une juridiction du continent, les Chambres africaines extraordinaires en l'occurrence, qui ont condamné à perpétuité l'ancien président tchadien pour crimes contre l'humanité.

Et les langues commencent à se délier. Les témoignages, aussi atroces les uns que les autres, s'amoncellent. Un imam torturé et des enfants d'opposants disparus par-ci, une victime de faux traitement contre le Sida que Jammeh prétendait guérir à coups d'incantations par-là, le long chapelet des crimes de celui qui a dirigé d'une main de fer, pendant 22 ans, la Gambie s'égrène. Et si jusque-là chacun luttait comme il pouvait de son côté, le fait pour les plaignants de se retrouver constitue une avancée certaine. D'autant plus qu'ils peuvent compter, dans leur action, sur le célèbre chasseur de dictateurs américain Reed Brody. Celui-là même qui a poursuivi pendant 20 ans l'ancien maître de N'Djaména.

On aurait dit les agents du Mossad israélien traquant partout dans le monde les anciens criminels nazis qu'ils ont bien souvent fini par débusquer. L'intrépide avocat de Human rights watch (HRW) et ses nouveaux protégés auront sans doute besoin de cette même endurance car, comme dans le précédent tchadien, Dieu seul sait qu'il faudra encore une longue course d'obstacles pour espérer voir un jour Yahya Jammeh à la barre. Il faut aussi espérer qu'à 52 ans, l'incriminé aura la vie suffisamment longue pour se retrouver un de ces quatre matins dans le box des accusés avec le même boubou blanc immaculé que celui du « Pinochet africain », comme on surnommait Habré.

Certes, le petit service entre satrapes que Teodoro Obiang Nguema lui a rendu en l'accueillant lui a permis d'avoir une planque qui semble sûre, tout comme l'était le refuge sénégalais du prédécesseur d'Idriss Déby. La suite, on la connaît.

En deux décennies de règne sans partage, le Babili Mansa (le roi qui défie les rivières), un de ses multiples noms, a creusé une mare de sang : journalistes, activistes des droits de l'homme, soldats rebelles, tous ceux qui pouvaient l'empêcher de dormir tranquille étaient bons pour l'échafaud. Des victimes dont les plus emblématiques sont nos confrères Deyda Haïdara, assassiné le 16 décembre 2004 par la garde présidentielle, et Chief Mané, victime de coups de marteaux, un sac en plastique de couleur noire lui couvrant la tête et dont le corps a été jeté dans un puits.

Ce ne serait donc que justice si le « bourreau de Banjul » répondait de ses actes, car on ne peut pas massacrer tant de gens et espérer couler une retraite paisible. On ne peut donc que souhaiter une chasse fructueuse à l'infatigable Brody.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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