Zimbabwe: Au Zimbabwe comme ailleurs en Afrique, tout pouvoir a son "point de bascule"

Au Zimbabwe, les derniers événements rappellent ceci aux Africains : tout pouvoir, aussi puissant soit-il, atteint un jour ou l'autre, son point de bascule.

En limogeant son vice-président ce 6 novembre pour déloyauté, Robert Mugabe savait probablement qu'il engageait un nouveau bras de fer. Il ne se doutait certainement pas que cet acte matérialiserait un point de rupture avec l'armée auquel s'est adossé son pouvoir. Au moment où son retrait du pouvoir au profit de son ex-vice-président serait acquis, le limogeage Emmerson Mnangagwa résonne comme son dernier acte d'autorité. Au Zimbabwe, les derniers événements rappellent aux Africains une vérité simple: tout pouvoir, aussi puissant soit-il, atteint un jour ou l'autre, son point de bascule. Et, c'est plutôt rassurant!

Le choix de Grace Mugabe contre Emmerson Mnangagwa, point de bascule du vétéran Mugabe

Au Zimbabwe, Mugabe rêvait d'une présidence à vie. Il a toujours réussi à se débarrasser de ceux qui constituaient une menace directe ou indirecte sur le chemin de son "destin". Plusieurs de ses anciens lieutenants ou potentiels successeurs sont tombés en disgrâce. C'est le cas par exemple de l'ancienne vice-présidente Joice Mujuru limogée en 2014.

Son intention de briguer la présidence à nouveau en 2018 était restée intact ces derniers mois. Cependant, la montée en puissance de Grace Mugabe sur fond de rivalités avec son vice-président Mnangagwa a poussé le vieux Bob à commettre une erreur stratégique: le limogeage du puissant vice-président, préparant ainsi la voie à une possible candidature et très probable prise du pouvoir par son épouse. A la lumière des derniers événements, cette décision traduit un manque de lucidité du doyen des chefs d'Etat de la planète qui semble avoir mésestimé la force de la faction de son vice-président au sein de la Zanu PF.

Car, tout comme le précise Liesl Louw-Vaudran, spécialiste de l'Afrique australe à l'Institute for Security Studies (Pretoria, en Afrique du Sud), "Emmerson Mnangagwa est de très loin, après Robert Mugabe, peut-être, la personne la plus puissante du pays"[1].

En tout cas, comme on a pu le constater, la décision de Mugabe a suscité un enchaînement quasi prévisible d'événements, allant de la mise en garde du Chef des armées qui réclame la fin de la purge au sein du parti, à « la prise du pouvoir » par les militaires. Certaines sources affirment d'ailleurs que l'ancien vice-président serait le cerveau du coup d'Etat, rebaptisé « transition assistée par l'armée ». Aussi, apprend-t-on que l'après Mugabe serait en préparation depuis plus d'un an, notamment par le vice-président limogé et l'opposition.

Il était probablement temps que le long règne de Mugabe s'achève. Cependant, dans sa tour, le vieux Bob se croyait encore invincible et continuait crânement ses manœuvres pour livrer sur un plateau d'or, le pouvoir à qui de droit, son épouse. Mais, avec le limogeage de son vice-président, il a atteint le point de rupture qui le sort brusquement de son doux rêve pour le propulser dans une réalité qui lui aurait échappé pendant un moment.

Le cas de Blaise Compaoré du Burkina Faso encore vivace dans les mémoires

Au Burkina Faso, l'élément clé ayant inversé le cours du destin de Blaise Compaoré a été, selon jeuneafrique.com, le dévoilement de son intention de modifier la Constitution afin de briguer un nouveau mandat en novembre 2015. Il s'en est suivi un divorce avec certains piliers de son régime, entre autres Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré, Salif Diallo. Ce divorce vécu au palais présidentiel comme une trahison, a radicalisé le premier cercle du président. La suite des évènements, on la connaît. Après vingt-sept ans de pouvoir, c'est un Blaise usé qui fuira le pays un 31 octobre 2014 sous la pression des vaillantes populations du Burkina Faso.

Avis aux dirigeants africains qui s'accrochent au pouvoir

Au Zimbabwe, la situation "vient rappeler une fois de plus la problématique des dictateurs qui s'adossent sur l'armée pour s'imposer durablement à la tête des Etats, comme c'est le cas au Burundi de Pierre Nkurunziza, au Congo de Denis Sassou Nguesso, en RD Congo de Joseph Kabila ou encore au Togo de Faure Gnassingbé qui ne sont que des démocraties de façade", omme le rappelle un article publié par Le Pays,.

Au Zimbabwe, la fin de règne de Mugabe confirme que le fait de s'adosser à l'armée ne peut constituer une garantie éternelle de l'exercice du pouvoir par un seul individu. Et le cas du Burkina Faso encore vivace dans nos mémoires le confirme bien. Il y a toujours un point de rupture, qui fait basculer ceux qui s'imposent au pouvoir contre les aspirations populaires quelles que soient leurs forces et la puissance de leurs réseaux. La seule inconnue, c'est le moment où cela interviendra.

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