4 Décembre 2017

Sénégal: Le clin d'œil de Macron à Felwine Sarr est-il le signe d'une véritable rupture dans la « politique africaine de la France » ?

Mardi 28 novembre 2017, le président français Emmanuel Macron a prononcé un discours à l'université Ouaga 1 au Burkina Faso. Largement commenté ces derniers jours, ce discours a fait rêver certains Africains.

Mais pour d'autres, certains propos de Macron sont déshonorants pour les dirigeants Africains. Au delà des annonces ou esquives, certains signes ont suscité l'attention.

Entre autres, la citation par Macron à la fin de son discours, des propos de l'économiste et écrivain sénégalais Felwine Sarr : « l'Afrique n'a personne à rattraper, elle ne doit plus courir sur les sentiers qu'on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu'elle se sera choisi ». Signe d'une rupture ?

Il n'y a plus de politique africaine de la France, et en même temps ... .

C'est une des déclarations fortes de Macron face à la jeunesse burkinabé : « je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France comme d'aucuns le prétendent. Parce qu'il n'y a plus de politique africaine de la France ! »

Cependant, à peine les acclamations estompées dans l'amphithéâtre, Macron égrène un certain nombre d'actions et de mesures à destination de l'Afrique dans les domaines de la culture, de l'éducation, de la mobilité ou encore de la télémédecine.

Le tout dans un package intentionnellement confectionné sous l'impulsion ou la facilitation de deux conseillers Afrique à l'Élysée et d'un conseil présidentiel pour l'Afrique (CPA).

La présidence française a-t-elle également mise en place des organes similaires pour peser sur d'autres parties du monde telles que l'Asie ou encore l'Amérique du Sud ?

L'indéniable réalité est que ces différentes actions annoncées par Macron sont reliées et ficelées dans une intention stratégique bien définie et qui vise à redresser l'image abîmée de la France en Afrique, à rehausser son influence et à faire des affaires prospères.

Ne pas appeler cela une « politique africaine de la France » relève plutôt d'un choix sémantique avec pour objectif de peser sur les esprits simples et les rallier à la cause défendue par le président.

Qu'on ne se trompe pas, la France a une intention et une stratégie pour reconquérir l'Afrique. Et c'est ce que traduisent les actions structurantes annoncées par Macron.

L'avenir de l'Afrique par les Africains

L'Afrique doit déterminer son propre chemin, le suivre et choisir qui devra l'y accompagner. C'est l'un des messages de Felwine Sarr, cofondateur avec Achille Mbembé des « ateliers de la pensée », un nouvel espace de réflexions sur le devenir de l'Afrique.

Quelques jours avant le discours de Macron, les deux promoteurs d'une Afrique pensée et construite par les Africains ont publié un document au titre évocateur : « Africains, il n'y a rien à attendre de la France que nous ne puissions nous offrir à nous-mêmes ! ».

Dans ce document, ils indiquent entre autres, que l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron coïncide avec une période d'accélération du processus de décolonisation de l'imaginaire africain se traduisant par un rejet viscéral des survivances du pacte colonial et de toutes les expressions d'un colonialisme latent par une majorité de la jeunesse.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Macron n'aurait pas convaincu cette majorité de la jeunesse africaine qui serait hostile[1] à la France. Car celle-ci attend désormais, plus qu'un discours, des actes.

Les Africains ne doivent attendre de personne ce qu'ils peuvent s'offrir à eux-mêmes. C'est ce que soutient Achille Mbembé qui ajoute que « les rapports entre la France et ses ex-colonies changeront le jour où le corps politique africain aura atteint un degré de puissance tel qu'il sera à même de poser des limites à ce que la France peut se permettre et à ce qu'elle ne peut plus se permettre en Afrique »[2]

Macron et l'Afrique : un mouvement de fond ?

En s'appuyant sur le postulat de base selon lequel « l'Afrique est le continent central, global, incontournable où se concentrent tous les défis et se jouera le basculement du monde », Macron a eu l'intelligence de s'adresser à la jeunesse du continent.

Il n'a pas manqué de souligner que la solution réside dans cette jeunesse-là, dans sa capacité à prendre en mains son destin sans attendre des recettes de l'extérieur.

Et ceci, dans un style particulier, parfois familier. Selon Francis Kpatindé, maître de conférences à Sciences Po Paris, c'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'un président Français s'adresse à la jeunesse du continent presque d'égal à égal.

Une sorte de rupture avec les habitudes du passé ? Macron serait-il en train d'engager un changement de fond concernant la politique africaine de la France ?

Dans tous les cas, pour Felwine Sarr et Achille Mbembé, plusieurs facteurs tels que le renouveau de la pensée critique ainsi que les grands déplacements culturels qui s'annoncent dans le paysage mental pour les années à venir, offrent une fenêtre de tir historique au président Macron s'il veut sortir la politique africaine de la France des marais du militarisme, du mercantilisme et du paternalisme.

Mais, saura-t-il saisir cette opportunité pour matérialiser un basculement qui puisse profiter autant à la France qu'à l'Afrique ?

Sénégal

La Fondation BOA va équiper les régions pour le dépistage du cancer du col de l'utérus

La Fondation BOA-SENEGAL va davantage équiper les centres de santé qui sont dans les régions. Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.