11 Décembre 2017

Congo-Kinshasa: L'attaque meurtrière de la base de la MONUSCO révèle l'ampleur des défis sécuritaires

Avec un pouvoir qui tient à retarder indéfiniment la tenue d'élections en RDC en usant de tous les subterfuges et une Monusco incapable, depuis près de vingt ans, à mater les groupes armés, il est illusoire de compter sur un processus électoral sécurisé sur l'ensemble du territoire national. L'attaque meurtrière de la base de la Monusco dans le Nord-Kivu révèle l'ampleur des défis sécuritaires dans le pays. Dès lors, l'insécurité piège dangereusement l'effectivité des élections au 23 décembre 2018.

Le monde entier s'émeut de la mort de 15 Casques et bleus et 5 soldats FARDC tués lors de l'attaque, menée jeudi 7 décembre, par des miliciens ADF contre une base de la Monusco installée sur le pont de Semiliki, sur l'axe Mbau-Kamango, dans la province du Nord-Kivu. Cette attaque révèle surtout l'ampleur des défis sécuritaires en RDC.

De vastes étendues du territoire de la RDC continuent encore à être occupées par des groupes armées. Le constat est triste mais cela reste une réalité que les dirigeants congolais doivent avoir la modestie de reconnaître. Des années passent et la RDC reste le terrain de prédilection des groupes armés dans la sous-région des Grands Lacs.

Au point qu'un groupe armé a eu le courage de s'attaquer à une base de Casques bleus. C'est dire que ces miliciens qui tuent de paisibles citoyens tous les jours restent une réelle menace pour la paix et la sécurité en RDC. Ce fait doit être une remise en question d'abord des Forces armées de la RDC (FARDC) à qui revient, en priorité, la mission de la défense et de la sécurité du territoire national. Mais, ce triste évènement doit aussi interpeller la Monusco qui est présente en RDC pour éradiques ces groupes armés et protéger les populations civiles.

Dans les deux provinces du Kivu, dans l'ex-Province Orientale, dans le Tanganyika et même au Maniema, des rebelles écument encore plusieurs contrées, créant l'insécurité parmi les populations qui sont victimes, tous les jours, d'horribles exactions perpétrées par ces bandits. Cette insécurité s'accompagne non seulement de tueries mais aussi de viols, violences de tous genres, de pillages, de kidnappings, de barrière pour le rançonnement des commerçants et bien d'autres actes répréhensibles perpétrés par ces miliciens.

Plus de 500 personnes ont été tuées et plus de 1 000 autres enlevées dans les deux provinces du Kivu au cours de six derniers mois de 2017, affirment l'ONG Human Rights Watch (HRW) et le Groupe d'études sur le Congo de l'Université de New York dans un rapport publié jeudi.

Les nébuleux groupes armés

Le comble est qu'il y a un flou autour de l'existence de ces groupes armés. Des rapports indiquent que certains de ces miliciens sont armés et entretenus par Kinshasa alors que d'autres sont soutenus et armés par des pays frontaliers dont le Rwanda et l'Ouganda. Ces pays constituent même une base arrière de certains groupes armés opérant en RDC, en violation des engagements internationaux.

Dans ce contexte, les questions sécuritaires deviennent complexes en RDC. D'un côté, les Forces armées de la RDC mènent une lutte acharnée contre certains groupes rebelles. De l'autre, des généraux des forces loyalistes, qui sont sur le théâtre des opérations, se compromettent en armant d'autres groupes armés qu'ils utilisent dans l'exploitation et le commerce illicite de minerais. Ce qui annihile tous les efforts d'éradication des groupes armés menés par les FARDC avec la force de la Monusco.

Autant dire que la défense et la sécurité du territoire national restent des défis intacts en RDC.

L'insécurité piège le calendrier électoral

La Commission électorale nationale indépendante a publié depuis le 5 novembre dernier un calendrier global des élections dont la présidentielle, les législatives nationales et provinciales sont prévues pour le 23 décembre 2018, soit environ une année. La tenue effective de ces élections dépend de la situation sécuritaire à travers le territoire national.

Le triste constat est qu'à une année de la tenue de ces élections, les défis sécuritaires n'incitent pas à un processus électoral apaisé. Partout où les groupes armés font la loi, il est difficile aux acteurs politiques de tenir des manifestations publiques. Or, en attendant l'organisation d'élections, les partis politiques et la Société civile devraient s'employer à former, éduquer et sensibiliser les Congolais sur le processus en cours. Ce qui n'est tout simplement pas possible au regard de l'insécurité qui sévit dans certaines contrées du pays.

Les FARDC et la Monusco ne sont pas à la hauteur des défis sécuritaires en RDC ! C'est un fait. Ce qui risque de compromettre la tenue d'élections dans le délai imparti. Il est notoirement connu que la majorité au pouvoir à Kinshasa ne veut pas d'élections. Le régime use de tous les subterfuges pour retarder le plus longtemps possible ces scrutins de manière à conserver le pouvoir indéfiniment, en violation de la Constitution. Dès lors, il serait chimérique de compter sur Kinshasa pour qu'il s'implique dans la pacification de l'ensemble du territoire national en vue de la tenue d'élections.

De même, la Monusco a montré ses limites dans la lutte contre les groupes armés en RDC, malgré les moyens mis à disposition par la communauté internationale. Présents dans le pays depuis 1999, les Casques bleus, bien qu'ils viennent en appui aux forces loyalistes, ne parviennent pas à éradiquer l'activisme des miliciens en RDC. Ce sont ces limites qui poussent même l'administration Trump à militer pour la réduction des subsides de la Monusco. Il ne sert à rien de continuer à financer une force qui ne fait pas ses preuves sur le terrain. Des civils continuent à être tués, parfois même sous la barbe de la Monusco.

Ces réalités sont la preuve que les élections sont piégées en RDC. Avec un pouvoir qui veut à tout prix retarder les élections et une Monusco incapable de protéger les civils, la tenue de scrutins au 23 décembre 2018 devient hypothétique. Seule la pression du peuple congolais et de la communauté internationale pourrait contraindre finalement Kinshasa à s'inscrire résolument dans le processus électoral.

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