12 Décembre 2017

Gabon: Ali Bongo pourra-t-il redorer son blason?

analyse

Depuis sa réélection très contestée en août 2016, le président gabonais, Ali Bongo, n'a de cesse de faire le ménage dans son entourage. Sans doute, pour regagner le cœur de nombre de ses compatriotes, qui voient en sa gouvernance, la perpétuation d'une dynastie familiale.

On a souvenance qu'il a succédé à son défunt père Omar Bongo à la tête du pays, comme dans une monarchie, sous le couvert d'une démocratie de façade. Après s'être séparé de certains de ses proches collaborateurs, dont l'omniprésent directeur de cabinet Maixent Accrombessi, au lendemain de son nouveau sacre, l'homme fort de Libreville a promené le balai au sein du Parti démocratique gabonais (PDG).

Tenez, le 11e congrès du parti présidentiel, tenu du 8 au 10 décembre dernier, a donné lieu à une révolution interne, avec un renouvellement à 95% des membres du bureau exécutif. Une masse de ténors laisse désormais la place à une nouvelle génération de responsables, par la volonté du grand maître. Des figures connues, comme le très médiatique responsable des jeunes, Vivien Makaga Péa et la secrétaire générale de l'Union des femmes du PDG, Chrystel Limbourg Iwenga, ont été mis à la porte.

L'unité au sein de la formation a été aussi scellée, si on peut le dire ainsi, avec l'interdiction faite aux membres de créer des courants à l'interne. Le choix du renouvellement du parti au pouvoir depuis 50 ans est pleinement assumé par Ali Bongo, qui veut plus de démocratie et de concorde. «Nous devons nous renouveler, y compris dans nos effectifs. Ouvrir les bras à la société civile, aux jeunes, aux femmes. C'est une question de représentativité. Le parti démocratique gabonais doit être à l'image de la société gabonaise. En phase et non en décalage», a-t-il soutenu sans sourciller lors du congrès.

Si Ali Bongo se montre tellement attaché au changement dans son monde, c'est que les mauvais souvenirs de la dernière élection présidentielle hantent encore ses nuits. Des bastions de longue date du PDG sont passés dans l'opposition, affaiblissant du coup ses assises électorales. Il a du même coup joué serré face à son rival d'alors, Jean Ping pour rempiler. On a suivi les contestations, les irrégularités, les violences avec morts d'hommes et les rebondissements qui ont émaillé ce scrutin à haut risque.

Les séquelles sont toujours perceptibles d'ailleurs, puisque les Gabonais sont profondément divisés. Les partisans d'Ali Bongo et ceux de Jean Ping, qui ne reconnait pas la réélection de son « frère » devenu « ennemi », se regardent en chiens de faïence. L'élection d'août 2016 n'a fait que renforcer la fracture sociale gabonaise, causée par la précédente. En plus d'être confronté à un problème de réconciliation nationale dans le feu de l'action, Ali Bongo doit impérativement assurer ses arrières électoraux.

Dynamiser le parti présidentiel s'imposait alors à lui dans la perspective des futures échéances électorales, surtout que certains barons du parti sont accusés d'être de mèche avec l'opposition pour fragiliser le PDG. Mais est-ce suffisant pour se repositionner dans l'opinion publique ? Ce n'est pas évident. Au-delà des problèmes inhérents au parti, il faut reconnaître une soif de changement chez les Gabonais.

Bien vrai, que le chef de l'Etat ne gouverne pas comme son père, en prenant ses distances avec l'ordre établi, mais ses compatriotes ont ce ressentiment d'être dirigés depuis un demi-siècle par la même famille. Les fidèles du père sont restés à l'ombre ou aux côtés du fils, comme pour pérenniser un système. Ce qui ne plaît pas beaucoup dans les rues de Libreville. Alors que le Gabon, à ce que l'on sache, n'est pas un royaume, encore moins un bien familial. C'est certainement la raison pour laquelle, des fiefs du parti au pouvoir ont basculé dans l'opposition, au grand dam d'Ali Bongo.

Certes, il œuvre, tant bien que mal, à apporter sa pierre à l'édification du pays avec toutes les difficultés qu'on connaît. N'empêche, il doit pour autant tirer, sans posture partisane, les leçons du scrutin de 2016, en allant au-delà de sa propre famille politique et de ses intérêts égoïstes. Le Gabon n'est la propriété de personne, comme aiment à le dire ses adversaires politiques et le président Bongo en a certainement conscience. Il gagnerait, de toute évidence, à sortir de l'histoire par la grande porte que par la petite, comme d'autres dirigeants africains, travaillent à passer la main.

Même si quitter le pouvoir avec son prestige et ses privilèges n'a pas toujours été une chose aisée au sommet de l'Etat ou à l'échelle inférieure. Ali Bongo ferait mieux de préparer sa succession et déposer les clés du palais à la fin de son second septennat. Ce serait une bonne action pour son pays, où les esprits ne sont plus en odeur de sainteté. Au président gabonais, qui se réclame démocrate et patriote, de faire la part des choses, pour espérer un avenir radieux à sa chère patrie. Il faut à tout prix éviter la boulimie du pouvoir, qui conduit assurément au gouffre.

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