14 Décembre 2017

Burkina Faso: Affaire Norbert Zongo - La Ccvc et le Codmpp dénoncent « une complaisante soumission de la justice »

La Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l'impunité et pour les libertés (CCVC), en collaboration avec le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODMPP), après avoir déposé une gerbe de fleurs sur la tombe de Norbert Zongo, le 13 décembre 2017, a organisé une marche suivie de meeting à la Place de la Nation. Pour ces organisations, il est temps de faire la lumière et de juger l'affaire Norbert Zongo.

« Décembre, l'année 1997 s'achevait, un homme mourra avec elle : David Ouédraogo. Chauffeur de François Compaoré « presqu'un frère » pour son patron. David est accusé de vol ». C'est ainsi que commence le dernier article de Henri Sebgo, de son vrai nom Norbert Zongo sur l'affaire David Ouédraogo, paru dans son journal L'indépendant et repris dans un numéro spécial édité à la faveur de la commémoration des 19 ans de son assassinat sur la route de Sapouy. Dans cet article, Henri Sebgo, connu pour ses « écrits dérangeants » à l'époque, ajoutait que « ce vol n'est pas un simple fait divers parce que la présumée victime n'est pas un simple citoyen : c'est le petit frère du président Compaoré, celui que nous appelons « petit président », un homme puissant ». La suite de l'histoire, il l'a également plus ou moins dévoilée dans son article. David Ouédraogo sera porté disparu et tout porte à croire qu'il a été torturé jusqu'à la mort dans les locaux du Conseil de l'entente. « Comment ? Par qui ? Au nom de qui et pour quel motif ? ».

A ces questions, Norbert Zongo, journaliste d'investigation très célèbre pour ses prises de position contre l'oppression, voulait apporter des réponses. En effet, depuis la parution du premier numéro de son canard, dans un édito intitulé « Pourquoi L'indépendant ? », il avait prévenu que « Borry Bana ». Lui, Henri Sebgo, s'était engagé à ne plus fuir mais à rester fidèle à lui-même. Dans ce même article paru le 3 juin 1993, Norbert Zongo promettait aussi que « Sebgo fait le serment à ses lecteurs de ne jamais se laisser acheter avec la même devise qui permet d'acquérir la banane ou les arachides ». Dans cette affaire, affaire David Ouédraogo où le nom du « petit président » était constamment cité, Norbert Zongo n'a pas manqué de faire cas des nombreuses pressions qu'il subissait. Plusieurs personnes l'ont mis en garde à cette époque et parmi elles, sa mère, Augustine Zongo. D'ailleurs, dans le numéro spécial de L'indépendant, la rédaction est revenue sur la révélation que Henri Sebgo avait faite en son temps, dans son journal, suite à un entretien qu'il a eu avec sa mère. « « Mon fils, je suis venue te dire une chose : de nombreuses personnes sont venues me dire que tu écris encore des choses sur le président. Elles m'ont dit que ta vie est en danger parce que le président qui est au pouvoir ne se contentera pas de t'emprisonner comme l'autre avant. Mais celui-là va te tuer. Si ce qu'on dit est vrai, je viens te supplier de ne plus écrire. Si tu meurs... ». La suite de cette conversation que j'ai eue avec ma mère, je ne l'écrirais jamais dans un journal », écrivait Henri Sebgo. Mais, Norbert était engagé...

La Place de la Nation refuse toujours du monde

Un soir du 13 décembre 1998, son corps et ceux de ses trois compagnons sont retrouvés calcinés sur la route de Sapouy. Oui, Henri Sebgo a été assassiné il y a 19 ans, alors qu'il écrivait sur la disparition de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré. La suite on la connaît. Les tentatives de faire étouffer l'affaire en Justice se sont heurtées aux luttes des organisations de défense des droits de l'Homme, des OSC et des syndicats. Mais, jusqu'aujourd'hui, la justice tarde à se faire. Cette situation, pour le CODMPP et la CCVC, est inacceptable. Sortis par centaines pour manifester le 13 décembre dernier, l'ensemble de leurs militants et sympathisants ont estimé que depuis la réouverture du dossier en 2015 et l'annonce officielle de l'inculpation de trois éléments de l'ex-RSP, rien de bien consistant n'est à noter. La lutte, ils comptent donc la poursuivre. « Cette commémoration se tient dans un contexte marqué par le règne ambiant et persistant de l'impunité, du fait de la complaisante soumission de notre Justice au pouvoir exécutif, les menaces perpétrées contre les droits et libertés publiques », ont-ils dénoncé. En sus, il faut noter que cette commémoration de l'assassinat de Norbert Zongo intervient alors que la Justice française procède à la première audition de François Compaoré, dans le cadre de son extradition au Burkina. « Nous attendons de voir si François Compaoré sera extradé vers le Burkina afin que la Justice fasse son travail. Nous avons foi en Dieu », a souhaité Geneviève Zongo, l'épouse de Norbert Zongo, lors du meeting tenu à la Place de la Nation. Mais quid de la promesse faite par le président français, Emmanuel Macron, en ce qui concerne le respect des droits dans l'affaire de l'extradition de François Compaoré ? « Ce ne sont pas des semi-promesses de président français, venu à la rescousse d'un régime en panne d'actions contre l'impunité qui nous feront baisser la garde », a martelé Chrysogone Zougmoré, président du collectif.

Extradition de François Compaoré

Le dossier renvoyé au 07 mars 2018

La Chambre du contrôle de l'instruction de la Cour d'appel de Paris a tenu, ce jour 13 décembre 2017 à 14 heures 30 précises, l'audience de notification à François Compaoré de la demande d'extradition du Burkina Faso.

La Cour a d'abord statué sur la demande faite par le Burkina Faso pour intervenir à l'audience par le biais de Me Yves Sauvayre du Barreau de Lyon (France) et Me Anta Guisse du Barreau de Paris (France), tous deux spécialistes des questions d'extradition.

Après avoir rendu une décision autorisant le Burkina Faso à intervenir dans la procédure d'extradition, la Cour a présenté à François Compaoré et à son conseil, les avocats commis par l'Etat du Burkina Faso pour défendre ce dossier en son nom.

Après cette étape, la Cour a procédé à la vérification de l'identité de François Compaoré. A l'appel de son nom, François Compaoré s'est présenté à la barre de la Cour qui a vérifié son identité. A cette étape de l'audience et sur la question de sa nationalité, François Compaoré a acquiescé qu'il est bel et bien Ivoirien et Burkinabè.

Après cet interrogatoire sur son identité, la Cour lui a notifié l'ensemble des pièces envoyées par le Burkina Faso aux autorités judiciaires françaises pour obtenir son extradition et il a déclaré en avoir pris connaissance auparavant.

A la question de savoir, comme la procédure l'exige, s'il consentait à être remis aux autorités judiciaires du Burkina Faso pour y être jugé, François Compaoré a répondu « non ». Le dossier a alors été renvoyé au 07 mars 2018 pour être plaidé au fond et la Chambre du contrôle de l'instruction rendra sa décision après cette audience.

Direction de la Communication et de la Presse / Ministère de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique

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