20 Décembre 2017

Sénégal: Mamadou Ndiaye - « La Chine pourrait accompagner le pays dans la mise en place des zones économiques spéciales »

Entre 2005 et 2017, les financements publics consentis par la Chine en faveur du Sénégal sont estimés à 1.156 milliards de FCfa. Selon son excellence Mamadou Ndiaye, récemment nommé ambassadeur en Chine, le Sénégal intéresse beaucoup le secteur privé chinois et la Chine pourrait accompagner notre pays dans la formulation et la mise en œuvre de sa politique d'industrialisation, notamment dans le volet relatif à la mise en place des zones économiques spéciales.

Le gouvernement provincial de Sichuan a annoncé sa coopération avec deux pays africains, à savoir le Soudan et le Sénégal. En ce qui concerne le Sénégal, que peut-on retenir de cette coopération ?

Effectivement, le Sénégal et la Province du Sichuan ont décidé d'établir une coopération à la suite d'une recommandation de la Commission nationale de réforme et de développement de la République populaire de Chine. Ce partenariat fait encore l'objet de discussions entre les deux parties pour en déterminer les programmes et les objectifs mais, d'ores et déjà, nous avons identifié neuf domaines dans lesquels nous souhaitons collaborer. Il s'agit des infrastructures, de l'énergie, des mines, de l'industrie, de l'agriculture, du tourisme, des Tic, de l'éducation et de la culture.

Ces neuf domaines ont déjà fait l'objet d'un consensus et nous envisageons de tenir une réunion très bientôt pour arrêter les projets que nous comptons mettre en œuvre. Je dois préciser que ce type de partenariat est actuellement à la mode du fait de la taille considérable des provinces chinoises et de l'immensité de leurs potentialités économiques. Pour ne citer qu'un exemple, la ville de Chengdu, qui est la capitale du Sichuan, a une population de 16 millions d'habitants et son aéroport reçoit près de 46 millions de passagers par an.

Sichuan est une province touristique par excellence et le tourisme fait partie des piliers du Pse. Est-ce que, dans le cadre de la coopération avec cette province chinoise, il est prévu quelque chose concernant le tourisme ?

« Le tourisme fait partie des secteurs dans lesquels nous allons collaborer avec Sichuan. Dans les discussions que nous avons eues avec les autorités de la Province, beaucoup d'idées ont été agitées comme, par exemple, le lancement d'une ligne aérienne entre Dakar et Chengdu, la capitale du Sichuan. Il va de soi que c'est un projet à long terme mais sa réalisation pourrait contribuer au développement du tourisme entre la Chine et le Sénégal. Nous avons aussi évoqué avec les autorités de la province la participation aux foires et expositions qui se déroulent au Sénégal et au Sichuan. Cela pourrait également avoir un effet considérable sur le tourisme.

De façon plus générale, comment se porte à l'heure actuelle la coopération avec la Chine ?

La coopération entre le Sénégal et la Chine se porte très bien tout comme l'amitié entre les peuples sénégalais et chinois reste très solide. D'ailleurs, depuis l'année dernière, les deux pays ont décidé de porter leurs relations au niveau d'un partenariat stratégique global. Sur le plan politique, les hauts dirigeants sénégalais et chinois se rencontrent régulièrement et entretiennent des relations privilégiées que conforte une parfaite convergence de vues sur la plupart des questions d'intérêt commun.

Sur le plan économique, la Chine est devenue l'un des principaux partenaires du Sénégal. Entre 2005 et 2017, les financements publics consentis par la Chine en faveur de notre pays sont estimés à 1.156 milliards de FCfa qui ont servi à mettre en œuvre des projets de développement dans une diversité de secteurs comme les infrastructures, l'énergie, le transport routier, les Tic, l'agriculture, la santé, etc.*

Je peux dire la même chose en ce qui concerne les échanges commerciaux qui se sont nettement développés. C'est ainsi que la Chine est devenue le 5ème client et le 2ème fournisseur du Sénégal avec une forte augmentation de nos exportations vers le marché chinois.

Par ailleurs, la multiplication des échanges humains représente aussi un indicateur qui témoigne de l'excellente qualité des relations bilatérales. En effet, de plus en plus des Sénégalais se rendent en Chine dans le cadre de leurs activités professionnelles tout comme les ressortissants chinois sont davantage présents au Sénégal.

La Chine tient beaucoup à l'Initiative de la ceinture et la route (Obor). Comment le Sénégal profite-t-il concrètement de cette politique chinoise ?

Comme les autorités chinoises elles-mêmes l'ont bien précisé, l'initiative « la ceinture, la route » est une plateforme de coopération qui vise à développer le commerce et l'investissement, notamment dans les infrastructures, en rétablissant les anciennes routes de la soie. Vue sous cet angle, l'initiative ne concerne qu'un nombre limité de pays qui étaient sur l'itinéraire des anciennes routes de la soie et le Sénégal n'en fait pas partie. Toutefois, beaucoup de pays africains, y compris le Sénégal, ont exprimé leur intérêt pour cette initiative et lancé un appel pour qu'elle soit davantage élargie. Si l'on tient compte de ces manifestations d'intérêt et des objectifs poursuivis par l'initiative, notamment en matière d'échanges commerciaux, il est permis d'espérer un élargissement ultérieur de cette plateforme par l'intégration d'un plus grand nombre de pays africains. Il faut également souligner que l'intérêt de cette initiative de la Chine est qu'elle encourage les entreprises chinoises à aller à l'étranger et à nouer des partenariats. Par conséquent, c'est une plateforme de coopération qui est par essence ouverte et porteuse de nouvelles opportunités.

Lors de sa visite au Sénégal, le vice-président chinois s'est rendu au parc industriel de Diamniadio. Qu'est-ce qu'on peut attendre de la Chine, pays pionnier dans ce domaine, pour la réussite de ce parc ?

Le parc industriel international de Diamniadio est l'une des plus belles réalisations de la coopération sino-sénégalaise. Pour cette raison, c'est d'abord à la Chine et à ses entreprises que le Sénégal pense pour occuper et animer ce parc même s'il reste ouvert à tous les investisseurs étrangers quelle que soit leur nationalité. D'ailleurs, l'entreprise chinoise qui a construit le parc, Cgcoc, est l'un des premiers investisseurs qui ont décidé de s'y installer.

À mon avis, en plus de l'installation de ses entreprises sur le site, la Chine pourrait partager son expérience en matière de gestion de ce type d'infrastructures. La Chine pourrait aussi accompagner le Sénégal dans la formulation et la mise en œuvre de sa politique d'industrialisation, notamment dans le volet relatif à la mise en place des zones économiques spéciales où le modèle chinois est l'un des plus réussis au monde.

Le second forum dénommé « Investir au Sénégal » s'est récemment tenu dans la ville de Yiwu, comment jugez-vous cette initiative ?

Ce forum a été organisé par le groupe Crestone que dirige notre compatriote Sourakhata Tirera, en collaboration avec l'ambassade du Sénégal à Beijing. C'est une belle initiative qui a permis de présenter au secteur privé chinois le Sénégal, son environnement des affaires et ses opportunités économiques et commerciales. Vu le niveau de la participation des entreprises chinoises et la présence des autorités locales, il est incontestable que le forum a été un grand succès et a permis de constater que le Sénégal intéresse beaucoup le secteur privé chinois. L'initiateur de ce forum, Monsieur Tirera, mérite des félicitations et des encouragements non seulement pour les efforts consentis en vue de la réussite de l'évènement mais aussi et surtout pour l'exemple qu'il montre à la diaspora sénégalaise en Chine et dans le reste du monde.

De plus en plus on parle de diplomatie économique. Qu'est-ce que le Sénégal fait sur ce plan pour mieux profiter de la croissance chinoise ?

La diplomatie économique, c'est essentiellement la promotion des investissements étrangers vers le Sénégal et le développement des exportations de nos produits. Sur ces deux tableaux, le Sénégal a réalisé de bonnes performances avec la Chine. Les investissements directs chinois au Sénégal ne cessent de progresser tandis que nos exportations vers le marché chinois sont passées de 10 à 74 milliards de FCfa entre 2013 et 2016. Dans les années à venir, notre objectif est de maintenir cette tendance aussi bien pour les investissements que pour les exportations en ciblant les entreprises prêtes à investir en Afrique et en misant sur la diversification de notre offre de produits d'exportation. Les entreprises chinoises sont actuellement dans un régime de « Going out » et pour tirer profit de ce contexte et les orienter vers le Sénégal, il n'y a pas de meilleure stratégie que de faire connaître les arguments qui fondent la compétitivité de notre pays, notamment les réformes subies par notre environnement des affaires et les mesures incitatives prises par l'État en faveur des investisseurs. Nous comptons aussi multiplier les occasions de rencontres, d'échanges d'informations et d'établissement de partenariats entre les entreprises sénégalaises et chinoises. De même, nous allons davantage encourager les entreprises chinoises à s'intéresser aux partenariats public-privé pour la réalisation de certains projets contenus dans le Plan Sénégal émergent.

Les Sénégalais de la Chine n'ont pas voté lors des dernières élections législatives, certains parmi eux ont souhaité l'érection d'un bureau de vote dans ce pays. Peut-on s'attendre à ce que leur vœu soit réalisé ?

C'est une doléance que les Sénégalais de Chine ont soumise, à plusieurs reprises, aux autorités de notre pays. Au stade actuel, je peux dire que la faisabilité de l'ouverture de centres de vote en Chine est en train d'être examinée, dans un sens très favorable, par les services compétents de l'État et la décision finale dépendra d'un certain nombre de facteurs dont la taille de la communauté sénégalaise et les dispositions de la législation chinoise en cette matière.

Que peut-on dire de la diaspora sénégalaise de Chine ? Combien de Sénégalais sont enregistrés auprès de vos services et dans quels secteurs d'activités sont-ils ?

La communauté sénégalaise en Chine est composée d'environ 300 personnes qui sont en majorité des étudiants, des commerçants et des chefs d'entreprise. C'est une communauté tranquille et généralement respectueuse des lois et règlements chinois. Par conséquent, elle fait la fierté de notre pays et l'ambassade ne rencontre presque pas de difficulté dans la gestion de ces compatriotes. Je voudrais signaler que parmi ces Sénégalais se trouvent des chefs d'entreprise qui travaillent dans l'import-export et arrivent même à employer d'anciens étudiants sortis des universités chinoises.

Le Sénégal a ouvert un consulat à Guangzhou qui est sans doute l'une des villes de concentration de la diaspora. Est-ce qu'il est prévu, dans le futur, d'ouvrir des consulats dans d'autres villes qui accueillent beaucoup de Sénégalais ?

C'est mon souhait de voir les relations entre les deux pays se renforcer et donner lieu à des échanges économiques, commerciaux et humains de plus en plus soutenus. D'ailleurs, si la tendance actuelle se poursuit, on assistera dans les années à venir à une plus grande présence de ressortissants sénégalais dans d'autres villes chinoises comme Yiwu. Cela entraînera certainement un surcroît d'activités et de responsabilités pour l'Ambassade du Sénégal mais pour le moment, il n'est pas prévu d'ouvrir d'autres représentations consulaires. Je dois ajouter que la gestion des missions diplomatiques et postes consulaires à l'étranger requiert beaucoup de moyens que l'Etat ne peut pas tout le temps mobiliser parce qu'il a des obligations à remplir dans d'autres secteurs aussi importants que la diplomatie. Par conséquent, je suis d'avis qu'il faut rationaliser les moyens et faire en sorte que l'ambassade à Beijing et le Consulat général à Guangzhou soient dans des conditions optimales pour remplir leur mission.

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