12 Janvier 2018

Tunisie: Une pause dans les violences mais la grogne sociale ne faiblit pas

Une pause hier soir dans la grogne sociale qui perturbe la Tunisie. Depuis lundi, des manifestations contre la vie chère se déroulent dans de nombreuses villes tunisiennes. Un mouvement qui se transforme, une fois la nuit tombée, en affrontements avec les forces de l'ordre. La violence a baissé d'un cran ce jeudi mais le mécontentement est toujours bien présent.

Cette nuit a été plus calme que les trois précédentes. Quelques heurts ont tout de même eu lieu. A Siliana par exemple, dans le nord-ouest, et à Douz dans le sud dans pays, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé ce matin que 778 personnes avaient été arrêtées depuis le début des troubles.

Et les autorités semblent déterminées à faire taire les manifestants. Ainsi au sein de la campagne « Fech Nestannew » (« Qu'est-ce qu'on attend »), à l'origine du mouvement social, une dizaine de militants ont été arrêtés et sont toujours en détention.

Par ailleurs, trois cadres du Front populaire, un parti d'opposition de gauche, ont été arrêtés hier soir dans la région de Gafsa, dans le sud-ouest. Dans une déclaration mercredi, le Premier ministre Youssef Chahed n'avait pas hésité à accuser ce parti de soutenir les casseurs. Le gouvernement n'a pour l'heure montré aucun signe d'apaisement.

« Ces jeunes vivent dans des conditions difficiles »

A nos confrères de Monte Carlo Doualiya (MCD), Youssef Chahed a néanmoins confié faire la différence entre les manifestants pacifiques et les émeutiers et promet d'œuvrer à améliorer la situation : « Il faut qu'on fasse la différence entre les casseurs et les autres jeunes Tunisiens qui ont perdu ces dernières années. L'espoir naît avec la révolution. Ces jeunes vivent dans des conditions difficiles et n'ont plus confiance en la classe politique. Mais ils continuent à espérer en une Tunisie meilleure. Et même quand ils protestent, ils le font d'une manière pacifique. A ces jeunes gens, j'aimerais adresser un message : toutes les mesures prises par le gouvernement, même les plus difficiles n'ont pour but que d'améliorer la situation économique et sociale des citoyens. »

Mais le Premier ministre poursuit : « Quant aux émeutiers, c'est un autre sujet. Ceux qu'on a vus ces derniers jours en train de voler et de piller, ceux qui réapparaissent avec chaque protestation en Tunisie, et engagent des enfants pour casser et piller, ceux-là ne servent certainement pas l'intérêt de la Tunisie. »

Henda Chennaou, une des porte-paroles du mouvement « Fech Nestannew », dénonce également ces violences. Tout autant que l'attitude des gouvernements de ces dernières années, et en particulier, celui-ci qui cherche à discréditer les protestataires.

« Ce n'est pas du tout une surprise pour nous que le gouvernement et le pouvoir essaient de diaboliser et de criminaliser les mouvements sociaux. Cela a toujours été le cas. Ben Ali l'a fait, la troïka au gouvernement et les islamistes l'ont fait. Et après tous les gouvernements de transition. Cela montre tout simplement la faillite politique de ce gouvernement en particulier qui n'a aucune réponse convaincante aux demandes populaires qui concernent la cherté de la vie, le pouvoir d'achat. »

Ce vendredi, plusieurs manifestations contre la vie chère sont prévues dans l'après-midi, à Tunis notamment. L'une des porte-parole de « Fech Nestannew » confie à RFI s'attendre à cette occasion à une répression policière importante.

■ « Toujours en forme pour faire des bagarres »

Devant l'université Tunis El Manar, Issam en a assez. Fier d'étudier dans une école de commerce renommée, il se demande s'il trouvera un travail qui lui correspond : « On trouve parfois des ingénieurs qui travaillent comme des techniciens supérieurs, avec un salaire très bas. »

Quelques centaines de mètres plus loin, le quartier populaire Ibn Khaldoun, où chaque soir, depuis lundi, des groupes de manifestants affrontent la police. Leurs cibles : recettes des finances, postes de police, symboles de l'administration. Mehdi, les yeux rougis par quelques nuits sans sommeil, assume les violences : « Pas de travail, pas d'argent, qu'est-ce qu'on va faire ? Toujours en forme pour faire des bagarres et c'est tout. Ça, c'est la vie. Regarde ça, c'est la police qui m'a frappé avec une matraque. »

Mohamed, lui, n'est pas prêt à affronter les gaz lacrymogènes même s'il adhère à la contestation. Mais il a charge d'âme et a du mal à s'en sortir : « Moi je suis marié, j'ai deux enfants. Le salaire, c'est catastrophique. »

Amine, enseignant, profite de son jour de congé pour prendre son temps dans son quartier. Et sur la grogne sociale qui pourrait mener à une nouvelle révolution, il a un avis bien tranché : « Comme a dit Albert Einstein, en principe quand vous refaites la même expérience avec exactement les mêmes conditions, on ne va pas s'attendre à ce que ça marche la deuxième fois. »

Dimanche, des dizaines de milliers de Tunisiens descendront à leur tour dans la rue pour fêter le septième anniversaire de la révolution de jasmin.

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