12 Janvier 2018

Congo-Brazzaville: Nzongo Soul - Puisse le « walla » survivre à son décès

L'artiste congolais a définitivement rangé sa guitare, le 10 janvier dans la capitale française, à l'âge de 63 ans.

Nzongo Soul a marqué son époque par l'audace de ses choix musicaux. En effet, bon nombre d'artistes congolais de sa génération se tournait vers la rumba et le soukouss, deux tendances musicales congolaises dominantes des années 1980, mais lui a choisi de jouer la carte de la variété. Il opte pour le rock, jazz, blues, la valse et le soul.

Pari réussi

Il sort du lot d'abord au Congo avec la sortie de son 45 tours Bolingo Somo. Dans le même sillage, son groupe professionnel nommé « Walla players » et lui se démarquent. Ensemble, ils font la promotion de la philosophie musicale de Nzongo et engendrent « afro walla beat », un nouveau style musical, qui fusionne les rythmes du peuple Kongo, la rumba congolaise, le soul, rock et funk. La formation, créée en 1977 à Brazzaville, remporta peu de temps après le prix du plus grand groupe d'afro soul d'Afrique centrale.

En 1979, Nzongo Soul sort un premier single sous le label Walla c'est ma musique. Le disque conquis le cœur des mélomanes d'ailleurs et de son pays (Congo), pour qui Nzongo est un marqueur culturel, une clé favorisant la réappropriation et la compréhension de la pensée bantoue à travers le chant.

D'autres succès viennent alors compléter sa discographie, notamment Nvaneno nlele en 1980 et Walla purification en 1983. Le Prix Découvertes RFI lui est attribué en 1984. Après ce couronnement, la carrière de Nzongo se projette à l'international. Il collabore avec Bernard Lavilliers sur l'album Noir et blanc, puis avec d'autres grands noms de la scène musicale africaine et de la comédie française comme Manu Dibango, Jacob Desvarieux, Pierre Arditi, Carole Bouquet, Catherine Deneuve et Annie Duperey...

La longue pause

Nzongo débute une carrière en France, malheureusement pour lui, rien ne se passe comme prévu. Il fait des concerts, enregistre des albums pour des maisons de disques de premier plan. « Ça ne marche pas, ça ne se sait pas », faisait-il savoir, il y a près de dix ans, au micro de la Radio France Internationale (RFI)

Le syndrome de l'artiste déchu avait eu raison de sa passion. A l'époque, il a le sentiment de ne plus avoir de visibilité. « J'avais loupé tous les projets et c'était le désert total, avec beaucoup d'angoisse dans le ventre. », confiait-il.

Il semblait être relégué au second plan dans le monde de la musique et devait l'accepter. « Je t'ai vu dans des stades et là tu joues dans un petit café. Dis-nous simplement que tu es fini », lui assène un de ses compatriotes.

La déception est grande, il pense alors repartir au Congo. Là encore, son élan est stoppé. La guerre civile a éclaté sur sa terre natale. Il ne peut donc pas rentrer. Persuadé qu'il peut encore mettre sa notoriété au service d'une action caritative, il rassemble ses compatriotes en studio pour enregistrer l'album Tribalité créatrice. Échec total, pire : il a perdu tout ce qui lui restait sur le plan financier.

Dégouté, il prend la résolution de ne plus enregistrer et de tourner la page. Pendant plus de vingt ans, ses soirées « musicosophie » et ses activités de coach vocal lui convenaient.

Mais l'envie a fini par revenir

Débarrassée de toute aigreur, motivée, entre autres, par un fils curieux de découvrir son papa chanteur, Nzongo Soul revient sur sa décision. Il constitue une équipe et un répertoire, l'heure du retour a sonné. Après plus de vingt ans d'absence, il sert au marché du disque un nouvel album intitulé Musicosophie.

Au cœur de ce dernier la pensée bantoue. L'opus résolument ancré dans la culture traditionnelle Kongo est une mosaïque de rythmes, qui reflète l'éclectisme de l'artiste. Il exprime sa vision du symbolisme Kongo, à travers des titres bruts d'afro walla beat comme Imeni, E walla, Yaya nzola, Fuki, Walla drive, ou encore la piste Brazzaville.

L'artiste laisse également transparaître sa créativité poétique, par le biais des chansons comme La parole rendue libre, Géométrie, Sois fidèle à toi, Le temps du changement, etc.

Figure atypique dans le paysage musical congolais, Nzongo Faustin, de son vrai nom, a été saisi par le monde des mélodies dans sa tendre enfance. Il assurait le lead vocal dans les mouvements de jeunes pionniers puis dans les chorales scolaires. Il n'avait que 14 ans, lorsqu'il a formé le groupe « Les Intimes », avant de créer l'orchestre « Djilamuley » en 1974, puis un peu plus tard les « Walla Players ». On se souviendra de son originalité et son style musical sommé d'un seul mot : « Walla ».

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