12 Janvier 2018

Afrique: Environnement - Les vieux diesels polluent l'Afrique

Le flot des épaves de Renault, Golf, Mercedes, Toyota et autres marques de voitures continuent d'inonder les pistes et les routes sur le continent. Inquiet du phénomène, le Programme des Nations unies pour l'environnement prépare un rapport inédit sur l'explosion du marché des véhicules d'occasion.

La réalité est la même en Afrique, particulièrement en Afrique subsaharienne. Dans quelques années, c'est dans ce continent que se déverseront les millions de diesels dont l'Europe veut se débarrasser pour préserver l'environnement et donc lutter contre la pollution. Ils continueront à recracher leurs oxydes d'azote (NOx), ces gaz toxiques responsables de dizaines de milliers de morts chaque année et dont les constructeurs se sont évertués à dissimuler les vrais niveaux d'émission jusqu'au scandale du «dieselgate» et l'aveu du numéro un mondial du secteur, Volkswagen, en 2015.

Ce scénario préoccupe l'Organisation mondiale de la santé. « Ce qui nous inquiète, aujourd'hui, avec cette flotte de vieux véhicules diesel, c'est où ils vont finir. Et j'ai déjà une petite idée : le marché africain va être inondé », confie Maria Neira, directrice du département santé publique et environnement. Dans un rapport inédit sur les liens entre pollution et mortalité, "The Lancet" a classé le Kenya parmi les pays les plus touchés. Selon les décomptes macabres de la revue médicale britannique, pour la seule année 2015, la pollution, principalement de l'air, a provoqué près de 58 000 morts, soit environ 20 % de tous les décès. Depuis, les cas de décès, liés à la pollution de l'air, n'en finissent pas.

Un secteur en pleine croissance

La revente des voitures d'occasion en Afrique doit son succès à une filière de distribution automobile de plus en plus florissante. Selon la plupart des estimations, entre quatre et cinq millions de véhicules quittent chaque année l'Europe, direction l'un des cinquante-quatre pays qui composent le continent au sud de la Méditerranée.

Parmi celles-ci, quatre cent cinquante mille d'entre elles sont écoulées en Afrique de l'ouest. Le plus grand point d'entrée de quatre-roues d'occasion de cette région est le port de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Quatrième port d'Afrique de l'ouest, il voit défiler chaque année environ trois cent quarante mille automobiles, qui, de là, partent alimenter les marchés nigérian, burkinabé, nigérien, malien, togolais... Quatre-vingt mille autres arrivent par la ville de Douala, au Cameroun. Enfin, c'est le Sénégal qui se place en troisième position, avec soixante-dix-huit mille importations en 2014. Pour ce qui est des ventes, les voitures d'occasion prennent le dessus sur les voitures neuves. A titre de comparaison, seulement deux mille à trois mille autos neuves y sont vendues chaque année.

A la base de ce marché, le prix : les véhicules d'occasion étant toujours moins onéreux que les neufs. Mais également grâce à la particularité du système de distribution et au faible coût des taxes douanières, car plus une voiture est âgée, moins elle coûte. Au regard de ces avantages, les acheteurs font fi du facteur pollution.

Un nouveau créneau

Les géants du secteur peinent à s'approprier la plus grosse part du gâteau. Ce sont plutôt des particuliers qui vendent leurs marchandises sur le bord de la route qui trustent toute l'industrie. La raison ? Ils ne sont tout simplement pas soumis aux mêmes restrictions gouvernementales que les grands acteurs du marché, sont souvent bien connectés politiquement et disposent de filières d'approvisionnement moins chères. Une configuration pour le moins originale, dans un monde où le rachat de voiture profite rarement aux classes les moins privilégiées.

Quelles que soient les sources, et malgré des difficultés évidentes pour obtenir une estimation précise, les chiffres convergent vers une même réalité : avec quatre à cinq millions de voitures d'occasion arrivant chaque année en Afrique pour y être revendues. Le défi est ainsi tentant, pour les distributeurs officiels, de transformer cette potentialité en un marché effectif.

De plus, on pourrait imaginer qu'une ouverture au secteur de l'occasion permettrait aux professionnels de l'automobile, jusqu'à présent uniquement centrés sur le neuf, d'éviter ou d'amoindrir les conséquences d'éventuelles baisses dans leur marché principal. Les entreprises concernées par la distribution automobile peuvent donc légitimement se demander si l'occasion est véritablement un nouveau créneau ou si, au contraire, ce « défi » est en réalité un leurre.

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