16 Janvier 2018

Cameroun: « Le Cameroun est en train d'en pâtir »

interview

L'explication

Jacquis Kemleu Tchabgou, secrétaire général de l'Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun.

A la suite de votre requête adressée au directeur général des douanes, celui-ci a demandé à ses collaborateurs de saisir les stocks d'huiles introduits frauduleusement sur le marché. En quoi la présence sur le marché local de ces huiles représente une menace pour vos activités ?

Nous avons constaté à un moment donné qu'on ne vendait plus. C'était à la fin de l'année 2017. Tout part toujours de là. On s'est demandé ce qui n'allait pas. Nous avons alors demandé à nos commerciaux dans les dix régions d'être vigilants. C'est ainsi que des images nous sont parvenues. En visitant les marchés, j'ai personnellement découvert des bidons jaunes qui y abondaient avec dessus, des marques très précises que nous avons pris la peine de transmettre au directeur général des douanes. L'Anor nous a également confirmé que ces huiles qui circulaient étaient non-conformes puisqu'elle ne leur a pas délivré de certificat. Nous avons également saisi les ministres en charge du commerce et de l'industrie qui ont rapidement pris des mesures avec la douane pour mettre un terme à cela. Pour ce qui est de la menace sur nos activités, notamment le fonctionnement des industries de transformation dans ce secteur de l'agroalimentaire qui est les oléagineux, c'est premièrement le chômage technique qui est visé. Si on ne vend pas, il est hors de question de continuer de produire. La deuxième menace se ressent sur la première transformation parce que nous achetons la matière première qui est l'huile de palme. Et si rien n'est rapidement fait, ces deux segments seront paralysés et les recettes fiscales que l'Etat attend ne seront plus disponibles. Nous payons tous les mois, sur la base du chiffre d'affaires hors taxes, 2,2% d'acompte sur l'impôt.

Quelle est la proportion de ces huiles par rapport à celles qui sont produites localement ?

C'est énorme. Nous avons été clairs. L'information qu'on avait au départ était qu'il y avait 300 containers de ces huiles en direction du Cameroun venant de l'Asie notamment de l'Indonésie, de la Malaisie et bien d'autres pays. La toute récente information, c'est ce sont les 50 containers stationnés au port de Douala tandis que d'autres étaient déjà entrés sur le territoire. Déclarés de quelle manière ? Cela, on ne le sait pas. Quand vous êtes une unité qui vendait entre 200, 300 à 1000 tonnes par semaine et qu'au bout de sept jours, vous n'avez toujours pas vendu 20 tonnes, c'est qu'un problème se pose. Les raffineurs se sont rendus tous compte qu'ils n'avaient plus la capacité de vendre la quantité mensuelle et on s'est rapidement concerté. En faisant des calculs, on s'est rendu compte qu'il y avait de grandes quantités d'huiles sur le marché et qui sont vendues par certains de nos propres clients. C'est ça le paradoxe. Pourtant, la communication dans ce secteur est faite de manière intense. Le ministre du Commerce a organisé des tournées régionales pour informer non seulement les importateurs mais également des consommateurs. On ne peut pas dire aujourd'hui que les distributeurs ne soient pas au courant de la norme.

Justement, que faites-vous à votre niveau pour combattre ces importations d'huiles non-conformes ?

C'est nous qui donnons l'information et l'information c'est le nerf de cette bataille. Nous avons la chance d'avoir les commerciaux sur toute l'étendue du territoire. La dernière information que nous avons reçu c'est des camions de ces containers qui ont été escortés par l'armée, ce qui est extrêmement grave. Et quand nous donnons les marques et les factures d'achat, je pense que c'est suffisant. Quand vous savez où vous avez acheté un produit, il est maintenant question que celui qui vous l'a vendu dise chez qui il l'a eu. Nous remontons ces informations au niveau des administrations en charge de ce secteur. Le Cameroun est en train d'en pâtir. Nous sommes dans une période de résilience et si cette filière qui est bonne en termes d'exportation depuis deux ans s'écroule, je pense que ces devises dont le pays a besoin pour rééquilibrer sa balance commerciale vont disparaîtres.

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