19 Janvier 2018

Congo-Kinshasa: Prenant ses distances avec la MP - Gizenga dénonce des « tueries barbares » lors des marches

Allié de taille du président Joseph Kabila depuis 2006, le doyen de la classe politique congolaise, le patriarche Antoine Gizenga, a décidé de prendre ses distances de la Majorité présidentielle (MP).

Le Palu n'a pas digéré la forte répression des marches pacifiques du 31 décembre 2017 par les forces de sécurité et de défense. Tout en condamnant également les attaques contre des militaires et des policiers, le Palu se sent trahi par la majorité au pouvoir dont les agissements ne cadrent pas avec les idéaux du « lumumbisme » dont se réclame le Palu.

"Je regrette que l'exercice de la liberté démocratique occasionne des pertes en vies humaines et condamne avec la plus grande fermeté ces tueries barbares dirigée contre des population innocentes et contre les éléments de la police nationale et les forces armées. Le Palu a été victime de ces "horreurs", martèle le patriarche Gizenga. Prenant ses distances avec les positions actuelles de la MP, Antoine Gizenga note que le Palu appelle à la protection des valeurs qui "fondent la démocratie et la succession au pouvoir qui doit se faire de manière démocratique et de façon pacifique par le biais des élections".

Ce qui contraste, s'indigne-t-il, d'avec des positions ambiguës de la MP sur l'alternance, consacrée dans la Constitution de la République.

À la MP qui use de la violence pour contrer ceux qui exigent la tenue d'élections, Antoine Gizenga avertit sur un ton sans équivoque: "Tout bras de fer pour retarder les échéances (électorales) est inadmissible".

Réaliste et pragmatique, le patriarche en appelle à des discussions techniques, d'autant plus que, souligne-t-il, le consensus autour de la tripartite Ceni-gouvernement-CNSA exclut un pan important de l'opposition.

Prenant une fois de plus à contre pieds la MP, Antoine Gizenga estime que des mesures de décrispation ne sont pas suffisamment appliquées comme l'avait voulu l'accord de la Saint Sylvestre, mettant sous haute tension l'environnement politique du pays. Ce qui ne contribue pas à la tenue d'élections crédibles."Il est donc plus que temps de poser des actes de décrispation souhaitée", écrit-il. Parce que, enchaine le patriarche, "entretenir un environnement actuel aussi crispé serait une encre rouge utilisée par le pouvoir en place pour effacer ses propres pages positives de l'histoire"

Rejoignant une frange de l'opposition sur les reproches formulés contre la loi électorale révisée, le patriarche Gizenga estime que cette loi consacre "une discrimination sociale fondée sur le capital, c'est-à-dire l'argent"

Désormais en déphasage avec la MP, le patriarche Gizenga déclare, sans ambages, œuvrer pour voir « le Palu assumer l'impérium du pouvoir". Aussi, annonce-t-il que le Palu présentera des candidats à tous les postes, y compris le président de la République.

Son offre de création d'un grand parti de gauche n'ayant pas trouvé un écho favorable auprès du président Joseph Kabila et sa majorité, le Palu se fixe un idéal : "fédérer autour de lui". Il n'est plus question, dit-il, pour le Palu de rester à la traine de la MP comme ce fut le cas en 2006 et 2011. « Sa base ne le lui avait pas pardonné en 2011 », laisse entendre le patriarche.

Ci-dessous, l'intégralité du message du patriarche Antoine Gizenga, à l'occasion de la célébration de la mort de Patrice-Emery Lumumba, le tout premier chef du gouvernement de la RDC, et de la mort de M'Zée Laurent Désiré Kabila.

Message des vœux de l'année 2018 du Secrétaire Général, Chef du parti, le camarade Antoine Gizenga, à la Nation et aux militants du Palu du 17 janvier 2018

Chers compatriotes, Militants du Palu,

En ma qualité de doyen des hommes politiques en République Démocratique du Congo et d'un des pères de l'indépendance de notre cher pays, je me donne le devoir de m'adresser au peuple congolais, en ce moment où la République Démocratique du Congo traverse une période décisive qui consiste à sauvegarder la souveraineté du peuple chèrement acquise, et pendant ce mois de janvier où se cristallisent les souvenirs de nos martyrs de l'indépendance et de la liberté démocratique qui reçoivent l'hommage constant et répété du peuple congolais, particulièrement le 04, le 16 et le 17 janvier.

Souvenons-nous alors de nos martyrs qui sacralisent la lutte pour l'indépendance et pour la liberté démocratique, Patrice Emery LUMUMBA, Maurice MPOLO, Joseph OKITO et plus tard de Laurent Désiré KABILA.

Au début de l'année 2018, il m'est un réel devoir de présenter mes vœux, les meilleurs, de paix, de bonne santé et de prospérité à l'endroit de toutes les congolaises et de tous les congolais, en général et des militants de PALU en particulier.

La République Démocratique du CONGO a vécu une année douloureuse 2017, puisqu'elle a été durement touchée par plusieurs calamités et plusieurs tueries, faisant plusieurs victimes et des dégâts matériels. Je présente mes très sincères condoléances aux Familles des victimes et je transmets ma profonde sympathie aux blessés.

Je reste directement ou indirectement aux côtés de tous ceux qui ont été et qui sont encore dans -les deuils et dans les souffrances.

Le PALU regrette que l'exercice de la liberté démocratique occasionne des pertes en vies humaines et condamne avec la plus grande fermeté toutes ces tueries barbares dirigées contre des populations innocentes et contre les éléments de la Police Nationale et des forces armées. La liberté d'expression est définie par la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 qui dispose que" tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas âtre inquiété pour ses opinions". La liberté d'expression fait partie des valeurs pour lesquelles j'ai sacrifié toute ma vie et toutes mes luttes, et pour lesquelles tant des camarades ont perdu leurs vies en martyrs.

Dans le passé, à plusieurs reprises, le Palu a été victime de telles horreurs, notamment le 29 juillet 1995, dans une marche pacifique organisée à partir du Rond-point, Kimpwanza vers le Palais du Peuple, pour faire pression sur le Gouvernement afin d'organiser les élections. Les militants du Palu, scandant les slogans du Parti, étaient fauchés et massacrés par la répression du Gouvernement de l'époque.

Nous pensions qu'avec le début du processus démocratique au Congo, la violence en politique était révolue, malheureusement, nous regrettons que le pays revive encore aujourd'hui les images macabres que nous déplorons.

Trop de morts, trop de destructions, trop des pertes en vies humaines par des attitudes extrémistes.

Usant de ma qualité sus évoquée, je conseillerais aux détenteurs de pouvoirs de féliciter la sincérité du piment et de se méfier de l'hypocrisie du sucre.

Car, celui qui vous dit que ça ne va pas, n'est pas votre ennemi, mais un compagnon avec qui il faut réaliser les rêves d'un Congo meilleur et prospère, par contre l'homme qui vous flatte vous tend un filet sous les pieds.

Le PALU appelle à la protection des valeurs qui fondent la démocratie et la succession au pouvoir doit se faire de manière démocratique et de façon pacifique par les biais d'élections libres. Le PALU condamne toute « provocation ou incitation à la haine» par les appels d'actes malveillants. Tout appel à la haine constitue une incitation à la violence ; et cette forme de revendication est à bannir dans les actions politiques, surtout de la part de ceux qui veulent défendre la cause de la démocratie et d'un Etat de droit.

Et, en ce moment de turbulence politique et face aux difficultés économiques et sociales, le peuple a le droit de revendiquer la protection et les services de l'Etat. Par contre, le Gouvernement de la République a les devoirs envers les citoyens pour leur garantir le bien-être, l'éducation, la justice, la liberté d'expression, la sécurité personnelle, le développement socio-économique.

N'oublions pas que le développement du pays reste tributaire de la cohésion nationale, fruit de la recherche constante des solutions consensuelles à toutes nos divergences.

Car, culturelle ment et socialement, nous les congolais, nous sommes emphatiques, compréhensibles et audibles, et nous sommes appelés à nous entendre.

En ce qui concerne le Calendrier électoral, vous vous rappellerez que le 19 Août 2017, lors de mon enrôlement, j'ai dit que l'action de voter mettait le citoyen, c'est-à-dire le gouverné, en contact direct avec l'action politique des gouvernants. Les élections restent l'unique voie d'accès au pouvoir d'Etat. Sans élections, toutes les autres actions de lutte contre la pauvreté sont inefficaces.

Chers compatriotes, Militantes et Militants du Palu,

Comme vous le savez, avant la publication du Calendrier électoral par la CENI le 05 novembre 2017, j'avais reçu la Délégation de la CENI et je leur avais donné quelques conseils en ces termes :" J'espère que la date qui sera communiquée par la CENI sera la dernière, te peuple congolais n'a que trop attendu".

Qu'est ce que j'ai voulu dire par ces conseils? J'ai voulu leur faire comprendre que mon Parti, le PALU et moi-même, n'acceptons le Calendrier qu'à condition que celui-ci soit le dernier et qu'en conséquence, nous ne pourrons supporter une autre prolongation éventuelle, qui ramènerait notre pays 50 ans en arrière.

A travers mes propos, j'ai regretté surtout que ce calendrier n'ait pas été fait plus tôt afin que les préparatifs soient réalisés selon la volonté du peuple congolais pour leur éviter de plonger dans une désastreuse crise politique.

Malheureusement, j'observe que depuis plusieurs mois, le climat redevient tendu. A cet effet, le PALU, mon Parti, est profondément inquiet et préoccupé par la détérioration continue de la situation politique.

L'opinion doit savoir que le PALU a toujours été avec et du côté du peuple et il est évident que le Parti estime que ce que le peuple est en train de demander est plus que légitime. Le PALU a toujours fait de la démocratie et des élections son cheval de bataille, car comme dit précédemment, c'est l'unique voie pour accéder au pouvoir d'Etat. Ainsi, la demande du peuple congolais d'aller aux élections le plus rapidement possible est constitutionnellement légitime. Tout bras de fer pour retarder les échéances est inadmissible.

C'est la raison pour laquelle, Je demande à la CENI de gérer les contraintes qu'elle a soulevées dans le but ultime de respecter les délais communiqués. Les contraintes ne doivent pas s'ériger en obstacles dans le processus de la réalisation des élections. Il est conseillé à la CENI de faire harmoniser et valider chaque étape de l'organisation des élections avec les différents intervenants (Gouvernements, Partis Politiques, Parlement, Société Civile) et partenaires (MONUSCO et Pays amis).

Je formule le vœu que l'année 2018 soit celle des élections libres et apaisées, celle de la fin de querelles politiciennes, la fin des promesses sans lendemain. Quelles que soient nos opinions, quels que soient nos désaccords, cultivons la tolérance.

Chers compatriotes, Militantes et Militants du Palu,

Dans un passé récent, les calendriers électoraux assortis de plusieurs contraintes, qui avaient fait l'objet de plusieurs tiraillements, ont fini par être non-exécutés, avec comme conséquence le renvoi des élections aux calendes grecques, nonobstant le payement des cautions et les dépôts des candidatures. C'est ce que le PALU ne pourra plus tolérer.

Après la publication du dernier Calendrier électoral par la CENI, le 05 novembre 2017, plusieurs acteurs politiques et sociaux ont émis des observations diverses.

En fait, le PALU ne peut s'éloigner ni de ses positions politiques prises dans le passé ni de sa mission en tant que Parti socialiste cinquantenaire, mais il y reste rigoureusement fidèle comme l'ainé des Partis Politiques en République Démocratique du Congo.

En ma qualité sus évoquée, tout en restant fidèle à l'Accord de Saint Sylvestre, le PALU et moi-même, constatons que la Tripartite instituée par cet Accord, comme cadre d'évaluation de processus électoral, n'inspire plus confiance pour certains partenaires issus de l'opposition politique.

C'est pourquoi, dans la recherche de solutions aux questions soulevées par le Calendrier publié par la CENI, étant donné que la CENI a, en son sein, un mécanisme traditionnel de concertation avec les parties prenantes, le PALU demande à la CENI de convoquer dans un bref délai ce cadre de concertation avec les parties prenantes en vue d'obtenir de chacun un engagement ferme (Gouvernement, Parlement, Partenaires

techniques et financiers, Partis Politiques, Société Civile).

Reconnaissons qu'une élection crédible et apaisée est fonction d'un environnement politique décrispé. Il est donc plus que temps de poser des actes de décrispation souhaitée. Entretenir un environnement actuel aussi crispé serait une encre rouge utilisé par le Pouvoir en place pour effacer ses propres pages positives de l'histoire.

En ce qui concerne la loi électorale, plusieurs avis ont été émis. Le Palu, Parti de gauche, constate que la loi érige une discrimination sociale fondée sur le capital, c'est-à-dire l'argent. Mais, le PALU s'incline devant la volonté du législateur. Car cette loi étant votée et publiée elle a le mérite d'être là pour nous amener enfin aux élections attendues par notre peuple.

Toutefois, comme actuellement, les ressources financières des Partis politiques ne proviennent essentiellement que des cotisations des membres, des contributions et des dons faits par des personnes physiques ou morales, le PALU proposera la révision de la loi sur les partis politiques concernant les dispositions relatives à leur financement. Ce financement sera accordé en fonction des critères cumulatifs basés sur le seuil électoral et les résultats aux élections législatives.

Chers compatriotes, Militantes et Militants du Palu,

Nous allons aux élections. Comme j'ai eu à le dire dans les messages précédents, je serais comblé de voir le PALU assumer l'imperium du Pouvoir, de mon vivant, afin de faire de la République Démocratique du Congo non pas U'1P forêt vierge où règne la jungle, où les gros arbres s'accaparent de toutes les eaux de pluie, mais plutôt un jardin botanique où toutes les plantes ont la même chance d'être arrosées".

Comme vous le constatez, le PALU a de grandes ambitions. Le Palu présentera les candidats aux élections à tous les niveaux, comme je l'avais dit le 22 Aout 2015.

Ceci appelle au niveau interne du Parti, la redynamisation de nos activités du Parti à travers la revitalisation de nos cellules de base, la collecte des cotisations y compris la cotisation spéciale élections, dont je décrète aujourd'hui son lancement officiel sous la supervision du Secrétariat Permanent du Parti. Sur ces points, j'enjoins à chaque conseiller général dans sa zone d'influence de se mettre réellement au travail, car nous évaluerons chacun sur base des résultats qu'il fera obtenir au Parti.

Par ailleurs, dans la matérialisation de sa vision d'une démocratie bipartite (Gauche - Droite) et du regroupement des forces de Gauche, le PALU va, à dater de ce jour, consulter en vue de fédérer autour de lui, les Forces vives de la Nation, les syndicats des travailleurs, les associations des paysans, les associations des jeunes, les associations des mamans et les forces politiques de Gauche pour faire triompher le socialisme aux prochaines élections.

Je termine mon propos en réitérant mes hommages aux combattants de la liberté, à Patrice Emery Lumumba et à ses compagnons d'infortune, Maurice MPOLO et Joseph OKITO, tous victimes de l'intolérance politique, assassinés sauvagement le 17 janvier 1961. J'émets les vœux que la jeunesse congolaise s'approprie de l'idéal lumumbiste pour bâtir l'avenir du Congo, toujours plus beau.

* Que Vive la République Démocratique du Congo

* Que Vive la gauche congolaise

* Que Vive le Palu

* Le peuple vaincra.

Le Secrétaire Général Chef du Parti (PALU)

Antoine GIZENGA

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