20 Janvier 2018

Afrique: Et si Donald Trump était une opportunité « de merde » pour l'Afrique ?

Introduction

Dans sa lettre ouverte au peuple haïtien, Jean Fils Aimé conclut que « Donald Trump, [est] le trou-du-cul qui dit mal la vérité. Ne nous en déplaise ! Trump n'a fait que dire haut, ce que ces dirigeants occidentaux et même certains africains, considérés d'afro-pessimistes pensent tout bas. En 1962 déjà, René Dumont, prophète de mauvais augure, tirait la sonnette d'alarme au lendemain du « soleil des indépendances » : L'Afrique Noire est-elle mal partie ? (1962) Axelle Kabou, quant à elle, a été rayée de la géographie intellectuelle pour avoir osé poser une autre question dérangeante : Et si l'Afrique refusait le développement ? Parfois nous refusons cet examen de conscience, et préférons nous cramponner à un passé idéalisé au point d'oublier ou de négliger la préparation du futur. « Si on ne se regarde pas dans la glace au moins une fois dans l'Histoire, qu'on se taise à jamais et qu'on arrête d'accuser les autres [de nos malheurs], d'être toujours là à subir et être des éternels pleurnichards » déclare, à ce propos Armand Nanfack Ngoufack, spécialiste des questions de développement.

"Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici [aux USA] ?"

Cette déclaration « raciste » de M. Trump ne sera surement pas la dernière. Rassurez-vous, il nous en servira encore une dans les tous prochains mois voire semaine. La croissance exponentielle de la population d'ascendance africaine ou latine est une menace pour la communauté blanche aux USA. A ce rythme, les « Blancs » deviendront une minorité et les Noirs et « Latino » la majorité. Pour limiter cette croissance de la population étrangère essentiellement mexicaine et afro-descendante, Trump et ses partisans vont mettre en œuvre une série mesures discriminantes et racistes. D'où sa préférence pour l'immigration « blanche » vers les USA. Cette volonté de promouvoir une « identité racine » est une menace à l'avènement d'une Civilisation de l'Universel. Mais, toute esprit pensant sait qu'il est désormais impossible de prétendre à une quelconque pureté raciale, la race est une arme inventée pour dominer et justifier l'impérialisme. Au fond, seul le taux de mélanine nous différencie. Nous sommes à la fois semblables et différent et c'est ça qui fait la beauté du monde.

Or M. Trump aveuglé par sa richesse et son égo, refuse de voir les choses sous cet angle. En tant qu'économiste, seul l'intérêt prime. Il a d'ailleurs invité les présidents africains, en Septembre 2017, à s'inspirer de l'exemple du géant SASOL, l'une des grandes sociétés Sud-Africaine spécialisée en industrie pétrochimique, qui va construire une usine en Louisiane pour 9 milliards de dollars, ce qui créera des centaines d'emplois pour la main d'œuvre américaine. Et ce alors que les chefs d'Etat Africains s'attendaient à l'inverse. M. Trump ainsi n'est prêt à coopérer et à collaborer qu'avec ceux qui sont aussi puissants que lui. Vous ne l'écouterez jamais dire ou traiter de « merde » la Chine, la Russie ou l'Allemagne. Pourquoi ? Parce qu'il sait qu'ils possèdent une influence directe sur l'économie américaine. S'attaquer à eux serait de la folie car leur réaction serait immédiate. C'est donc parce que nous manquons cette puissance économique, militaire et surtout symbolique qu'il se permet de tenir des propos aussi « stupides ». Il n'est d'ailleurs pas le seul. M. Macron a effectué une série théâtrale de one-man-show durant sa tournée africaine, pendant laquelle il a insulté ouvertement la plupart des présidents africains francophones. A l'exception de celui du Ghana, qui a pu lui remettre assez subtilement les points sur les i.

Et ces scénarios se reproduiront toujours tant que le continent africain ne prendra pas les rennes de son destin. Et nous pensons que Trump assez indirectement pourrait créer certaines conditions pour y parvenir. Ses déclarations, qui échappent au cadre conventionnel de la diplomatie culturelle, sont assez clairs pour se faire comprendre. Voici donc quelques opportunités qu'on pourrait « exploiter » pendant le règne de Trump, qui j'en suis sûr va considérablement bouleverser la géostratégie et géopolitique mondiale.

Suspendre l'aide au (sous) développement.

Les USA à l'heure actuelle constitue les premiers bailleurs de fonds de la majorité des principales institutions internationales. Selon l'OCDE, en 2016, ils sont le premier pays donateur de l'Aide Publique au Développement (APD) avec 33,59 milliards USD, devant l'Allemagne (24,67 Mds), le Royaume Uni (18,01 Mds), le Japon (10,37 Mds) et la France (9,50 Mds). En tant que tel, il influence ainsi les politiques de développement des pays bénéficiaires de ces investissements. Car la main qui donne ordonne. Or depuis, l'avènement de Trump au pouvoir, ces investissements régressent progressivement. Bien que cela génère la critique, nous pensons qu'à long terme, cela est plutôt bénéfique pour les pays recevant ces aides au « développement ». En effet, ce système d'aide constitue dans le fond un poison injecté dans nos économies, pour contribuer à ce que Stephen Smith appela « un suicide assisté » du continent africain. Car l'aide, comme l'a démontré l'économiste hongrois Thomas Bauer, entraine la dépendance et pérennise la mendicité. La charité ou la philanthropie n'existent pas. Par un singulier paradoxe, les pays qui reçoivent le plus d'aide sont aussi ceux qui voient leur situation empirer le plus vite d'année en année. Ainsi en va-t-il d'Haïti, de la Somalie, du Soudan, de la Guinée... Et ce, parce que nos dirigeants locaux détournent cette aide internationale à leur profit et ne voient aucun intérêt à ce qu'elle diminue. La population

pauvre, s'habitue à être prise en charge et assistée, oubliant ainsi la nécessité de travailler. Et ce scénario est d'autant plus dramatique puisque cela convient aux organisations caritatives occidentales et à leurs donateurs qui y voient une raison de poursuivre leur action, un peu comme des pompiers qui se féliciteraient de la recrudescence des incendies. « S'il est vrai que, des décennies durant, les volumes de l'aide - tant publique que privée - ont été importants, il reste que la question se pose de savoir si les objectifs donnés à cette aide, les formes qu'elle a prises et les procédures qui l'ont régie jusqu'ici ont été ou non pertinents» souligne Moctar Ouane, ancien ministre des affaires étrangères du Mali.

Ce jeu de pyromane qui se transforme en sapeur-pompier, adopte une nouvelle dynamique depuis l'arrivée de la Chine dont l'expansion, au-delà des opportunités crées, constitue une menace croissante pour les économies locales en Afrique. Depuis 2008, nous continuons à observer béatement et candidement, leur nouvelle mission civilisatrice et colonisatrice sur le continent. Ils établissent progressivement les schémas d'un traité atlantique avec la complicité des dirigeants locaux afin de pouvoir s'accaparer non seulement des ressources naturelles mais aussi des secteurs stratégiques des économies africaines. Car ils sont parvenus en presque dix ans, à dépasser le million d'habitants en Afrique, dépassant largement la population européenne installée depuis le 19ème siècle sur le continent. Les entreprises chinoises mettent en coupe réglée nos économies intérieures - exploitation du sous-sol, création de grandes exploitations agro-industrielles, réseaux commerciaux, infrastructures - pour les orienter vers les besoins chinois. Et si nous ne sortons point de notre candeur pour contrôler et recadrer cette invasion, nous ouvrirons les yeux pour constater que nous sommes déjà dans la merde.

Limiter les migrations vers les Etats Unis.

La migration des hommes est un phénomène aussi vieux que le monde mais qui revêt une importance cruciale pour l'épanouissement de l'homme, et ce maintenant plus que jamais. « La question philosophique, esthétique et culturelle, mais aussi politique et économique du siècle en cours est celle de la mutualité, de la mobilité et de la circulation » nous rappelle Achille Mbembè, historien camerounais. S'il est vrai que son constat est éclatant par sa pertinence, il n'en demeure pas moins que le continent africain a prioritairement besoin non pas d'une mobilité sortante mais rentrante.

L'immigration est l'un des fléaux qui mine le continent avec la fuite des cerveaux vers les nations occidentales. Pays d'immigration par excellence dans le monde, les USA constituent l'une des destinations les plus prisées voire rêvée des africains.

2 Flux migratoires vers les USA via OECD.ORG, 2016

Ce fléau est d'autant plus tragique lorsqu'il se déroule dans la clandestinité. Des centaines de milliers d'Africains ont ainsi perdu la vie, noyés dans les eaux imperturbables et impitoyables de la Méditerranée, alors qu'ils essayaient de rejoindre ce « Paradis perdu ». Des dizaines de milliers vivent au quotidiens dans des conditions déshumanisantes, certaines deviennent des esclaves sexuels et d'autres des bêtes de travail. Les rares qui parviennent à y obtenir un travail doivent vivre et accepter d'être humiliés ou discriminés à tout moment. Avec le cas récent de la traite des jeunes noirs africains, vendus tel du bétail en Lybie, j'avais fini par m'interroger s'il la jeunesse africaine n'était pas sadomasochiste, éprouvant du plaisir à souffrir.

Or les USA sont l'un des premiers importateurs de la matière grise africaine. Et c'est la diversité culturelle qui est au cœur de la puissance américaine depuis sa fondation par les esclaves noirs africains. Ainsi, en limitant le flux migratoire de l'Afrique vers les USA, ou en ayant des propos « racistes » à notre égard, M. Trump va réduire la puissance symbolique (soft power) des Etats Unis. D'ailleurs, l'Administration Trump envisage stopper le programme de loterie américaine d'ici 2019, limiter la politique de regroupement familial et a mis fin au programme temporaire de résidence qui a permis à des milliers d'Haïtiens de se réfugier aux États-Unis à la suite du tremblement de terre de 2010. Le statut de protection temporaire prendra par ailleurs fin en 2019 pour 200 000 Salvadoriens établis aux États-Unis.

Cela va décourager certains à immigrer vers les USA, encourager d'autres à entreprendre sur le continent pour le rendre aussi puissant, et enfin convaincre certains africains vivant aux USA à retourner sur le continent pour y investir les savoirs et compétences qu'ils y ont acquérir. Le multimilliardaire sud-africain, Elon Musk, a clairement indiqué, que le continent Africain est le meilleur terrain d'opportunités et d'innovations pour de nombreux entrepreneur car le terrain y est encore en friche dans de nombreux domaines.

Conclusion

Soyons clairs ! Nous n'apprécions point Trump autant que ses propos xénophobes, ingrats et indignes au regard de sa position de président d'un pays admiré pour sa diversité culturelle. Tout comme vous, nous les condamnons. Mais au-delà de l'indignation, nous vous invitons, non pas à uniquement interpeller nos dirigeants mais les contraindre à prendre des mesures pour améliorer les conditions de vie de la population. Et au-delà de l'interpellation, l'action c'est-à-dire, chacun doit retrousser les manches, mettre de côté la fierté - inutile - des diplômes pour aller sur le terrain initier des projets à même de transformer la vie d'au moins une personne. Ensemble nous pourrons réécrire l'histoire de l'Afrique. M. Trump ne sera plus qu'un lointain souvenir. Et là, à toute personne qui osera nous traiter de pays de merde, on lui répondra fièrement « Va te faire foutre ! »

CEO De Africa Gawlo Et Bloggeur

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