22 Janvier 2018

Afrique: Repression meurtrière de manifs - Kabila sur les traces de Nkurunziza

Photo: Ph. John Bompengo
Des pneus brûlés par des manifestants en RDC (archive)

En République démocratique du Congo, le bras de fer continue entre le président Joseph Kabila et son peuple. Cette fois-ci, ce sont les confessions religieuses avec l'Eglise catholique en tête, qui semblent avoir pris la relève de l'opposition et de la société civile, dans la lutte pour le respect de la Constitution et surtout le départ de Joseph Kabila du pouvoir.

Mais, le dimanche 21 janvier dernier, la police a, de nouveau, violemment dispersé des manifestants descendus dans la rue à l'appel du Comité laïc de coordination pour dénoncer le maintien au pouvoir de Joseph Kabila en fin de mandat depuis le 23 décembre 2016, mais qui continue de jouer les prolongations à la tête de l'Etat. C'était la deuxième manifestation du genre, après celle du 31 décembre dernier à l'appel de l'Eglise catholique, qui avait laissé sur le carreau une dizaine de morts.

Kabila a choisi la méthode forte pour se maintenir au pouvoir

Cette fois-ci encore, la police n'a pas hésité et certaines sources font état d'une demi-douzaine de morts à l'issue de ces manifestations qui ont aussi entraîné de nombreux blessés ainsi que des arrestations. Comme on le voit, en réponse à ses contempteurs qui lui demandent de respecter la loi fondamentale de son pays, Kabila a choisi la méthode forte pour se maintenir au pouvoir, en marchant sur les cadavres de ses compatriotes.

Cela n'est pas sans rappeler le cas de son homologue burundais, Pierre Nkurunziza, qui a réussi à se maintenir au pouvoir par la force, par le règne de la terreur et de la répression sanglante de ses compatriotes. En cela, l'on peut dire que Kabila est sur les traces de Nkurunziza dont le troisième mandat querellé semble aujourd'hui renvoyé aux calendes burundaises.

Après avoir fait place nette, le satrape burundais est aujourd'hui en train de renforcer son pouvoir pour se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir. Déjà, il s'est dégagé le chemin par l'adoption, en octobre dernier, d'un projet de révision constitutionnelle devant lui permettre de briguer deux nouveaux mandats à partir de 2020. Et tout porte à croire que le maître de Kinshasa rêve aussi de pouvoir à vie, et n'a d'autre ambition que de s'engouffrer dans la brèche ainsi ouverte par le Néron burundais.

Autrement, l'on ne comprend pas sa réticence à appliquer l'accord de la Saint-Sylvestre 2016 censé sortir le pays de la crise politique dans laquelle il s'était englué et qui le mettait pratiquement dans l'impasse face à l'intransigeance de l'opposition qui demandait ici et maintenant son départ du pouvoir, à l'expiration de son deuxième mandat constitutionnel en 2016.

Pire, un an plus tard, non content de ne pas respecter la lettre ni l'esprit de cet arrangement des évêques, qui lui a quelque peu sauvé la mise, Joseph Kabila paie l'Eglise catholique en monnaie de singe, en abattant une répression féroce contre ses fidèles.

Cette escalade de la violence est d'autant plus inquiétante qu'elle s'accompagne d'une comptabilité macabre qui ne semble pourtant pas effrayer les manifestants, déterminés à continuer la lutte.

Et quand on sait que les autres confessions religieuses ont pris position contre le pouvoir de Kinshasa, l'on se demande comment Joseph Kabila compte s'en sortir en privilégiant le langage de la poudre et des gaz lacrymogènes au dialogue avec ses contempteurs.

La difficulté de Kabila à se prononcer sur la question de sa succession, traduit sa volonté de ne pas quitter le pouvoir

C'est pourquoi il y a lieu de croire que petit à petit, Kabila est en train d'être poussé à la faute et s'il n'y prend garde, il risque de ne plus bientôt avoir d'interlocuteur dans son pays. Est-ce l'objectif recherché ? Rien n'est moins sûr. Car, rien ne dit qu'en utilisant exclusivement l'argument de la force, Kabila aura les mains libres pour parvenir à ses fins.

Car, s'il faut à chaque fois tirer sur des manifestants aux mains nues, il y a une ligne rouge qu'il risque de franchir et qui pourrait bien précipiter les choses. Et à en juger par la détermination de ses compatriotes qui ne veulent rien lâcher non plus et qui sont en train d'organiser la résistance, il y a lieu de croire que Kabila aura fort à faire pour se tirer d'affaire.

En tout cas, l'on attend de voir par quelle acrobatie il voudra se remettre dans le jeu de la course à sa propre succession.

Car, l'échéance du 23 décembre prochain que s'est fixée la Commission électorale pour organiser les élections, si elle semble lointaine et ne pas faire l'affaire de l'opposition, risque, par contre, d'être difficile à repousser sans mettre le feu aux poudres.

Or, rien ne dit que le taiseux président congolais est dans des dispositions d'esprit pour respecter cette échéance.

Son silence prolongé est d'autant plus suspect que toutes ces manifestations de ses compatriotes ne visent ni plus ni moins qu'à obtenir son engagement ferme à passer la main de façon pacifique à son successeur, dans le strict respect des textes de son pays.

Aussi est-on porté à croire que sa difficulté à se prononcer sur la question, traduit tout simplement sa volonté de ne pas quitter le pouvoir. Mais jusqu'où ira-t-il ? Là, est la véritable question.

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